Qu’aucun individu n’échappe à une surveillance plus efficace que ce qu’aurait pu rêver le KGB en son temps, c’est tout autre chose.
Que ça ne soit pas agréable, c'est clair. Ce qui fait peur, c'est le potentiel du système. Mais quelle est la différence avec une vague technophobie conservatrice, du genre "c'était mieux avant"? Avant, un flic devait planquer 24/24 pour suivre un type suspect. Maintenant, le flic peut suivre 50 types suspects d'un coup. Ça a un nom, ça s'appelle un gain de productivité. C'est équivalent aux robots dans les usines d'assemblage automobile.
Alors oui, on pourrait vouloir que la police et la justice soient des administrations à part qui n'ont pas le droit de chercher des gains de productivité : une base de données d'empreintes digitales, par exemple, est aussi liberticide qu'un fichier ADN, ou que le fichier des condamnations passées. Les informations collectées par la DCRI pourraient très bien être manuscrites et ne pas être croisées avec les fichiers de police. Mais voila, il y a quand même des arguments à la fois budgétaires et administratifs pour admettre que l'efficacité des services de l'État dépend de l'informatisation des données et du traitement automatisé de toutes les informations reçues par la police, la justice, et le renseignement. En tant que citoyen, on est tous doublement confrontés à ce problème : à la fois à la présence des caméras, mais aussi au manque d'efficacité des services de l'État.
Le jour où tu auras besoin que la police fasse une enquête pour telle ou telle raison, tu ne vas pas aller dire aux flics de ne pas utiliser les images de surveillance : ça fait partie des outils disponibles pour la police et la justice, ce n'est pas un outil magique, mais le fait qu'il existe et surtout que sa généralisation est inéluctable rend toute lutte complètement stupide. Le vrai combat, c'est celui qui consiste à encadrer les croisements des données : assermentation des agents autorisés, enregistrement de toutes les consultations, besoin de l'autorisation du juge pour interroger la base, etc. On pourrait par exemple imaginer un système fermé où les caméras publiques tournent, enregistrent, mais ne sont consultables que de manière centralisée et seulement dans un cadre légal bien défini. Si la démocratie était mise en danger par l'évolution technologique, c'est qu'elle ne serait pas bien solide.
[^] # Re: Peur de son ombre?
Posté par arnaudus . En réponse au journal Des webcams ouvertes. Évalué à 3.
Que ça ne soit pas agréable, c'est clair. Ce qui fait peur, c'est le potentiel du système. Mais quelle est la différence avec une vague technophobie conservatrice, du genre "c'était mieux avant"? Avant, un flic devait planquer 24/24 pour suivre un type suspect. Maintenant, le flic peut suivre 50 types suspects d'un coup. Ça a un nom, ça s'appelle un gain de productivité. C'est équivalent aux robots dans les usines d'assemblage automobile.
Alors oui, on pourrait vouloir que la police et la justice soient des administrations à part qui n'ont pas le droit de chercher des gains de productivité : une base de données d'empreintes digitales, par exemple, est aussi liberticide qu'un fichier ADN, ou que le fichier des condamnations passées. Les informations collectées par la DCRI pourraient très bien être manuscrites et ne pas être croisées avec les fichiers de police. Mais voila, il y a quand même des arguments à la fois budgétaires et administratifs pour admettre que l'efficacité des services de l'État dépend de l'informatisation des données et du traitement automatisé de toutes les informations reçues par la police, la justice, et le renseignement. En tant que citoyen, on est tous doublement confrontés à ce problème : à la fois à la présence des caméras, mais aussi au manque d'efficacité des services de l'État.
Le jour où tu auras besoin que la police fasse une enquête pour telle ou telle raison, tu ne vas pas aller dire aux flics de ne pas utiliser les images de surveillance : ça fait partie des outils disponibles pour la police et la justice, ce n'est pas un outil magique, mais le fait qu'il existe et surtout que sa généralisation est inéluctable rend toute lutte complètement stupide. Le vrai combat, c'est celui qui consiste à encadrer les croisements des données : assermentation des agents autorisés, enregistrement de toutes les consultations, besoin de l'autorisation du juge pour interroger la base, etc. On pourrait par exemple imaginer un système fermé où les caméras publiques tournent, enregistrent, mais ne sont consultables que de manière centralisée et seulement dans un cadre légal bien défini. Si la démocratie était mise en danger par l'évolution technologique, c'est qu'elle ne serait pas bien solide.