J’ai déjà largement répondu dans le cadre strict du débat, avec patience et sans provocation. La flexibilité du travail est un facteur pro-cyclique et susceptible de provoquer d’autres crises. Du point de vue de l’économie orthodoxe, c’est une aberration totale. Je ne fais que mettre à contribution mes connaissances tirées du Stiglitz Principes d’économie moderne et des causes de la crise actuelle.
Ici ce qui m’intéressait c’était de voir à quel point les gens sont incapables de faire des recherches actives pour voir où sont leurs intérêts, mais gobent assez facilement le discours officiel produit par les médias. Mise à part la vulgate complotiste qui a cours (y compris chez certains de gauche) : de manière très grossière, la propagande officielle n’est efficace que parce qu’elle n’entre pas en contradictions trop explicites avec les conditions matérielles de la vie des gens. Sur un forum d’informaticiens, qui bénéficient d’une relative protection économique de fait, cela ne m’étonne pas trop1. L’argument qui consiste à dire “on retrouvera un emploi” marche parce que l’informatique n’est pas un domaine sinistré. Évidemment il est facile de se faire donneur de leçon lorsqu’on a 25 ans et qu’on sort tout frais émoulu de l’école. À 50 ans, avec d’autres préoccupations, une famille à charge, des connaissances dépassées — malgré vos efforts pour rester à jour, croyez-moi —, votre discours aura changé.
le marché de l'emploi est profondément inefficace
Cette affirmation n’est pas scientifique, encore moins économique, elle est totalement politique. L’efficacité chez les économistes, c’est l’efficacité au sens de Pareto. Grosso modo et de souvenir c’est la maximisation des échanges. Un accident de voiture, de par les flux de richesse qu’il va impliquer, va faire croître le PIB. Comme je l’ai déjà dit : je ne bande pas sur les chiffres de croissance du PIB. Je m’en contrecarre même. Tout ceci vient d’injonctions, sociales & économiques, qui voudraient que l’économie d’un pays soit “efficace” sans jamais interroger ce qu’est cette efficacité, ni le bénéfice tiré pour la population. Pour revenir à la question de l’emploi : chez une économiste, parler d’efficacité a une définition précise, c’est maximiser les échanges, pour que la situation approche celle de Pareto : plus aucun agent économique ne veut plus changer d’emploi ni changer son statut actif/chômeur. Autrement dit, l’hypothèse de base contient elle-même le résultat : flexibiliser le marché. Bizarrement, je suis à peu près certain qu’ici, 99 % des gens comprennent comme “efficace” une économie qui donne un emploi à tous, or le maximum de Pareto et l’efficacité d’une économie ne statuent pas là-dessus. Autrement dit, au bout de la logique, l’efficacité implique de créer des job journaliers, salaires versées au jour le jour, tout impôt, toute taxe, toute cotisation, toute politique de redistribution réduisent l’efficacité économique au sens de Pareto. La question est : quand est-ce qu’on s’arrête ? Quand le nombre de suicide explose ? Quand les gens se retrouvent à la rue ?
Sans réclamer à ce que tous soient de dangereux communistes totalitaires, je crois qu’on peut aussi se donner pour but d’avoir une économie stabilisée, qu’on peut arbitrer entre l’inflation et le chômage (leur volatilité plus précisément), etc. La stabilité est une objectif tout à fait louable et appréciable de l’économie. Au lieu de cela certains utilisent dans leurs commentaires un terme péjorativement connoté : sclérose. C’est de la manipulation de la langue pure et simple. Mais en avez-vous conscience ?
À minima il faut que les gens comprennent qu’il y a bien des arbitrages à faire entre groupes sociaux en conflit. Il ne s’agit pas seulement du capital et du travail (qui reste tout de même la contradiction primordiale). Il peut très bien s’agir des droits & devoirs des propriétaires et des locataires, de la répartition des richesses entre actifs et retraités, etc. Malheureusement, sans formulation explicite des contradictions de classes dans l’espace public, alors on se dirige vers une situation politiquement explosive où les gens ne savent plus mettre les bons mots à des réalités quotidiennes (“les retraités sont des arnaqueurs”, “les enseignants sont des privilégiés” — mais l’État éprouve des difficultés à attirer dans ce boulot, allez comprendre —, ou pire… montée du racisme&co).
Mais garde tes œillères, elles te vont bien.
Sauf que j’intègre dans mes axes de réflexion aussi bien du Stiglitz que du Naomie Klein, aussi bien du Lénine que du Tocqueville. Alors question œillères, ne vous en faites pas pour moi : elles sont certainement plus larges que les vôtres. Les gauchistes jusqu’au-boutiste, j’en soupe assez sur Mediapart pour en avoir une expérience. À côté de ça mon commentaire c’est du pipi de chat.
si l'on continue sur le chemin actuel on va droit à la faillite ou à la misère.
Bouh, j’ai peur.
Me sortir une telle phrase en réponse à un commentaire qui cite La stratégie du choc, prouve objectivement et indéniablement que vous êtes un con. Mais ça se soigne. La stratégie en question consiste précisément à instaurer un climat de peur dans une population. Stratégie qui est en fait vieille comme le monde. Ce genre de phrase y participe. C’est ce que Bourdieu appelle de la violence symbolique, très largement relayée par les médias. Malheureusement pour vous, c’est ce genre de phrase qui me fait penser que vous n’êtes pas capable de réfléchir sur le monde qui vous entoure, et sur la nature des arguments qu’on vous présente : plus qu’une phrase avançant un argument rationnel, c’est une vision à instaurer un climat de peur qui ne repose sur aucun fait, aucune analyse sérieuse. La stratégie du choc par contre est extrêmement factuel et repose sur une analyse historique solide.
Aux chiottes les prédicateurs de malheurs.
———
Sur la lutte des classes. La citation de Warren Buffet (un gauchiste notoire) : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ». Voir plus généralement le travail des Pinçon-Charlot, des sociologues. Comme je l’ai déjà dit, tout économiste qui ne tient pas compte des analyses sociologiques n’est pas un scientifique, seulement un charlatan au même titre qu’un astrologue rejette les résultats astronomiques d’une main dédaigneuse.
Sur l’aspect extrêmement concentré du capital, je renvoie au Capitalisme, stade suprême de l’impérialisme de Lénine (je suis en train d’étudier le truc, et je peux vous dire que le capital actuel, en particulier financier, est tout autant concentré sinon plus, c’est la Banque de France qui le dit — d’affreux gauchistes de bien entendu). Pour l’impérialisme, c’est un peu plus ambiguë (de manière préliminaire les investissement direct, de la France à l’étranger et de l’étrangers en France, présentent une asymétrie à partir des années 90), mais les multiples guerres néo-coloniales laissent peu de place au doute.
D’une manière générale, l’économie orthodoxe travaille à l’équilibre et/ou en petite fluctuation. Pour ceux qui ont fait un peu de physique, l’équilibre instable est une bonne métaphore de la réalité ; les orthodoxes sont incapables de comprendre qu’une société est profondément dynamique, en mouvement, et que sa stabilité n’est qu’une illusion qui né d’une relative stabilité des rapports de force à un instant t. Un peu comme un gaz où toutes les molécules sont en mouvements désordonnés mais dont on peut établir des variables macroscopiques (température, pression) pour le décrire. Mettons deux gaz, l’un qu’on appelle travail, l’autre qu’on appelle capital, séparés par un piston (les revenus de chacun) qui se positionne à l’équilibre de pression. Si l’on chauffe un des gaz (agitation par des manifestations et des revendications sociales), alors le piston se déplace…
Sur l’aspect de domination des idées et d’accaparement du débat public, voir le travail de Bourdieu, et les articles de l’association Acrimed. Ce qui implique de savoir se désolidariser des idées dominantes pour faire des recherches par soi-même.
Sur les stratégies de lutte, je renvoie encore une fois à La stratégie du choc : corruption et répression syndicale (les États USA sont en train de passer un ensemble de loi contre les syndicats d’ailleurs), on peut jeter un œil aussi, pour finir en beauté et histoire de bien achever de passer pour un dangereux rouge couteau entre les dents : un entretien de Lacroix-Riz (qui pour le coup est marxiste-léniniste).
—
1 Par contre, c’est assez rigolo de voir des gens attachés au logiciel libre se battre pour une autre forme de la propriété intellectuelle, dans une “économie de la connaissance”, c’est-à-dire une économie où le capital n’est plus celui des usines et des machines, mais celui emmagasiné lors de la formation des travailleurs et restitué par l’écriture de codes. Tout le combat autour de la forme de la propriété intellectuelle est une lutte des classes, marxiste au sens strict du terme, c’est-à-dire autour de la propriété d’un capital : celui de la connaissance. C’est juste que la plupart des gens qui font du logiciel libre n’en ont pas conscience et n’ont pas les mots pour l’exprimer (à la base le socialisme est un mouvement spontané, dont Marx apportera une analyse théorique plus tard), mais ils font du marxisme sans le savoir.
[^] # Re: Petit coup de gueule/provocation...
Posté par Pierre Roc . En réponse au journal Le CDI doit disparaître. Évalué à 6. Dernière modification le 06 janvier 2013 à 13:50.
J’ai déjà largement répondu dans le cadre strict du débat, avec patience et sans provocation. La flexibilité du travail est un facteur pro-cyclique et susceptible de provoquer d’autres crises. Du point de vue de l’économie orthodoxe, c’est une aberration totale. Je ne fais que mettre à contribution mes connaissances tirées du Stiglitz Principes d’économie moderne et des causes de la crise actuelle.
Ici ce qui m’intéressait c’était de voir à quel point les gens sont incapables de faire des recherches actives pour voir où sont leurs intérêts, mais gobent assez facilement le discours officiel produit par les médias. Mise à part la vulgate complotiste qui a cours (y compris chez certains de gauche) : de manière très grossière, la propagande officielle n’est efficace que parce qu’elle n’entre pas en contradictions trop explicites avec les conditions matérielles de la vie des gens. Sur un forum d’informaticiens, qui bénéficient d’une relative protection économique de fait, cela ne m’étonne pas trop1. L’argument qui consiste à dire “on retrouvera un emploi” marche parce que l’informatique n’est pas un domaine sinistré. Évidemment il est facile de se faire donneur de leçon lorsqu’on a 25 ans et qu’on sort tout frais émoulu de l’école. À 50 ans, avec d’autres préoccupations, une famille à charge, des connaissances dépassées — malgré vos efforts pour rester à jour, croyez-moi —, votre discours aura changé.
Cette affirmation n’est pas scientifique, encore moins économique, elle est totalement politique. L’efficacité chez les économistes, c’est l’efficacité au sens de Pareto. Grosso modo et de souvenir c’est la maximisation des échanges. Un accident de voiture, de par les flux de richesse qu’il va impliquer, va faire croître le PIB. Comme je l’ai déjà dit : je ne bande pas sur les chiffres de croissance du PIB. Je m’en contrecarre même. Tout ceci vient d’injonctions, sociales & économiques, qui voudraient que l’économie d’un pays soit “efficace” sans jamais interroger ce qu’est cette efficacité, ni le bénéfice tiré pour la population. Pour revenir à la question de l’emploi : chez une économiste, parler d’efficacité a une définition précise, c’est maximiser les échanges, pour que la situation approche celle de Pareto : plus aucun agent économique ne veut plus changer d’emploi ni changer son statut actif/chômeur. Autrement dit, l’hypothèse de base contient elle-même le résultat : flexibiliser le marché. Bizarrement, je suis à peu près certain qu’ici, 99 % des gens comprennent comme “efficace” une économie qui donne un emploi à tous, or le maximum de Pareto et l’efficacité d’une économie ne statuent pas là-dessus. Autrement dit, au bout de la logique, l’efficacité implique de créer des job journaliers, salaires versées au jour le jour, tout impôt, toute taxe, toute cotisation, toute politique de redistribution réduisent l’efficacité économique au sens de Pareto. La question est : quand est-ce qu’on s’arrête ? Quand le nombre de suicide explose ? Quand les gens se retrouvent à la rue ?
Sans réclamer à ce que tous soient de dangereux communistes totalitaires, je crois qu’on peut aussi se donner pour but d’avoir une économie stabilisée, qu’on peut arbitrer entre l’inflation et le chômage (leur volatilité plus précisément), etc. La stabilité est une objectif tout à fait louable et appréciable de l’économie. Au lieu de cela certains utilisent dans leurs commentaires un terme péjorativement connoté : sclérose. C’est de la manipulation de la langue pure et simple. Mais en avez-vous conscience ?
À minima il faut que les gens comprennent qu’il y a bien des arbitrages à faire entre groupes sociaux en conflit. Il ne s’agit pas seulement du capital et du travail (qui reste tout de même la contradiction primordiale). Il peut très bien s’agir des droits & devoirs des propriétaires et des locataires, de la répartition des richesses entre actifs et retraités, etc. Malheureusement, sans formulation explicite des contradictions de classes dans l’espace public, alors on se dirige vers une situation politiquement explosive où les gens ne savent plus mettre les bons mots à des réalités quotidiennes (“les retraités sont des arnaqueurs”, “les enseignants sont des privilégiés” — mais l’État éprouve des difficultés à attirer dans ce boulot, allez comprendre —, ou pire… montée du racisme&co).
Sauf que j’intègre dans mes axes de réflexion aussi bien du Stiglitz que du Naomie Klein, aussi bien du Lénine que du Tocqueville. Alors question œillères, ne vous en faites pas pour moi : elles sont certainement plus larges que les vôtres. Les gauchistes jusqu’au-boutiste, j’en soupe assez sur Mediapart pour en avoir une expérience. À côté de ça mon commentaire c’est du pipi de chat.
Bouh, j’ai peur.
Me sortir une telle phrase en réponse à un commentaire qui cite La stratégie du choc, prouve objectivement et indéniablement que vous êtes un con. Mais ça se soigne. La stratégie en question consiste précisément à instaurer un climat de peur dans une population. Stratégie qui est en fait vieille comme le monde. Ce genre de phrase y participe. C’est ce que Bourdieu appelle de la violence symbolique, très largement relayée par les médias. Malheureusement pour vous, c’est ce genre de phrase qui me fait penser que vous n’êtes pas capable de réfléchir sur le monde qui vous entoure, et sur la nature des arguments qu’on vous présente : plus qu’une phrase avançant un argument rationnel, c’est une vision à instaurer un climat de peur qui ne repose sur aucun fait, aucune analyse sérieuse. La stratégie du choc par contre est extrêmement factuel et repose sur une analyse historique solide.
Aux chiottes les prédicateurs de malheurs.
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Sur la lutte des classes. La citation de Warren Buffet (un gauchiste notoire) : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ». Voir plus généralement le travail des Pinçon-Charlot, des sociologues. Comme je l’ai déjà dit, tout économiste qui ne tient pas compte des analyses sociologiques n’est pas un scientifique, seulement un charlatan au même titre qu’un astrologue rejette les résultats astronomiques d’une main dédaigneuse.
Sur l’aspect extrêmement concentré du capital, je renvoie au Capitalisme, stade suprême de l’impérialisme de Lénine (je suis en train d’étudier le truc, et je peux vous dire que le capital actuel, en particulier financier, est tout autant concentré sinon plus, c’est la Banque de France qui le dit — d’affreux gauchistes de bien entendu). Pour l’impérialisme, c’est un peu plus ambiguë (de manière préliminaire les investissement direct, de la France à l’étranger et de l’étrangers en France, présentent une asymétrie à partir des années 90), mais les multiples guerres néo-coloniales laissent peu de place au doute.
D’une manière générale, l’économie orthodoxe travaille à l’équilibre et/ou en petite fluctuation. Pour ceux qui ont fait un peu de physique, l’équilibre instable est une bonne métaphore de la réalité ; les orthodoxes sont incapables de comprendre qu’une société est profondément dynamique, en mouvement, et que sa stabilité n’est qu’une illusion qui né d’une relative stabilité des rapports de force à un instant t. Un peu comme un gaz où toutes les molécules sont en mouvements désordonnés mais dont on peut établir des variables macroscopiques (température, pression) pour le décrire. Mettons deux gaz, l’un qu’on appelle travail, l’autre qu’on appelle capital, séparés par un piston (les revenus de chacun) qui se positionne à l’équilibre de pression. Si l’on chauffe un des gaz (agitation par des manifestations et des revendications sociales), alors le piston se déplace…
Sur l’aspect de domination des idées et d’accaparement du débat public, voir le travail de Bourdieu, et les articles de l’association Acrimed. Ce qui implique de savoir se désolidariser des idées dominantes pour faire des recherches par soi-même.
Sur les stratégies de lutte, je renvoie encore une fois à La stratégie du choc : corruption et répression syndicale (les États USA sont en train de passer un ensemble de loi contre les syndicats d’ailleurs), on peut jeter un œil aussi, pour finir en beauté et histoire de bien achever de passer pour un dangereux rouge couteau entre les dents : un entretien de Lacroix-Riz (qui pour le coup est marxiste-léniniste).
Et puisque je suis sur ma lancée, l’injonction de performance de l’économie, au détriment de la vie des gens, est une injonction totalitaire, ou globalitaire comme dit J.-L. Mélenchon, en adoptant la définition d’Hannah Arendt.
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1 Par contre, c’est assez rigolo de voir des gens attachés au logiciel libre se battre pour une autre forme de la propriété intellectuelle, dans une “économie de la connaissance”, c’est-à-dire une économie où le capital n’est plus celui des usines et des machines, mais celui emmagasiné lors de la formation des travailleurs et restitué par l’écriture de codes. Tout le combat autour de la forme de la propriété intellectuelle est une lutte des classes, marxiste au sens strict du terme, c’est-à-dire autour de la propriété d’un capital : celui de la connaissance. C’est juste que la plupart des gens qui font du logiciel libre n’en ont pas conscience et n’ont pas les mots pour l’exprimer (à la base le socialisme est un mouvement spontané, dont Marx apportera une analyse théorique plus tard), mais ils font du marxisme sans le savoir.