• # Petit coup de gueule/provocation...

    Posté par . En réponse au journal Le CDI doit disparaître. Évalué à 6.

    Ce matin, en (re)lisant certains commentaires, je me dis qu’il y a quand même pas mal de jeunes petits cons qui ne sont pas au fait des réalités économiques et historiques, ou qui sont tout simplement incapables de comprendre qu’il y a d’autres buts dans la vie que de bosser.

    1/ La majorité des emplois sont des emplois de grosses boites, qui savent très bien licencier et pour lesquelles la question de savoir si un employé est compétent ou pas est noyé dans la masse. Que les petites entreprises ont plus de difficultés que les grosses, c’est bien connu des marxistes (concentration du capital), mais il ne s’agirait pas de s’avouer que les marxistes comprennent quelque chose à l’économie…

    2/ L’informatique est un secteur très particulier. Il y a eu une véritable révolution industrielle autour, avec les gain de productivité qui vont avec. C’est en même temps le secteur où manifestement on assiste au plus grand faillotage patron—entreprise de l’histoire. Pas grand monde a conscience de l’existence d’une révolution informatique parce que les profits ne sont pas allés dans les bonnes poches… C’est couillon. En même temps, je ne sais pas si vous avez conscience d’être relativement privilégiés : il est plus facile de ne pas craindre le licenciement lorsque son secteur d’activité ne craint pas trop d’imploser (mais l’informatique ne résistera pas bien longtemps à une implosion générale).

    3/ Si vous croyez qu’il faut avoir les yeux rivés sur “le bien-être de l’entreprise” plutôt que sur celui de l’employé, vous allez vite déchanter : la vie est dure et injuste. Pour faire court : les entreprises n’en ont rien à foutre de vous. Je vous laisse quelques décennies de bouteille et d’avoir d’autres buts dans la vie que le boulot pour bien comprendre cela… et à quels points des millions de gens peuvent être lourdés sans jamais avoir rien demandé. La solution de beaucoup de monde ici est apparemment de les laisser sur le carreau. Je m’étonne toujours de la naïveté des gens dès qu’on aborde la politique et les questions économiques ; admettre l’idée d’une contradiction capital—travail, c’est le minimum quelque soit le positionnement choisi ensuite.

    4/ Pour illustrer mon point précédent, lorsque vous aurez 50 piges, et qu’on vous dira que vous ne servez plus à rien, avec enfants à charge, maison à rembourser, vous vous rendrez compte à quel point un emploi et un foyer stable est important, et comment un emploi stable, même s’il est chiant et même si c’est un reclassement dans un truc où vous êtes incompétent, vous sauve littéralement la vie. Malheureusement il sera trop tard pour vous à ce moment là, le mal aura été fait. Pourtant, je suppose que vous avez des parents, de la famille, des amis plus vieux, qui devraient vous éclairez un peu. Non ?

    5/ Le but de l’économie, c’est pas de faire vivre des entreprises. Personnellement je ne bande pas chaque matin en apprenant les chiffres de la croissance ou de pouvoir m’acheter la dernière nouveauté à la con. Le but de l’économie, c’est que les personnes, autrement dit les employés, en vivent, et de préférence sans que ça en devienne une obsession.

    6/ La violence socio-économique, libéralisation, flexi-INsécurité s’accompagne de violences bien réelles cette fois. Il y a un lien entre la répression syndicale aux États-Unis et le massacres réguliers dans les écoles. C’est une mentalité, largement développée ici, où l’individu-salarié ne vaut absolument rien, ses préoccupations et ses intérêts ne sont pas abordés, ou alors à travers une propagande grossière (genre on en arrive à dire “le licenciement c’est l’emploi”, relisez 1984 d’Orwell). Lorsqu’on accepte l’idée qu’un individu puisse être jeté à la rue du jour au lendemain, de son boulot, de sa maison, etc. bref, qu’on lui refuse de vivre et qu’il n’est que chair à canon dans une guerre économique internationale, et qu’en plus on lui dit “c’est ton problème si t’es pas bon, c’est le concept”, alors on accepte l’idée que la vie de la personne ne vaut rien. Quelque soit les compétences développées à leurs boulot, les gens ont le droit à une vie digne, c’est un minimum de justice.

    7/ Lisez La stratégie du choc de Naomie Klein. Vous y apprendrez certainement plus sur l’économie que dans n’importe quel manuel, c’est-à-dire en dehors du monde rêvé des équilibres offre—demande, de la croissance infinie, des banques centrales indépendantes, de la concurrence parfaite et non faussée, et du gagnant—gagnant (théorie de l’alliance capital—travail, historiquement c’est du fascisme…). Vous comprendrez pourquoi la gauche (et pourquoi les caciques du PS n’en sont pas) est systématiquement “anti-*” toutes les réformes qui arrivent depuis trente ans. Vous y apprendrez l’économie des monopoles, du capitalisme impérialiste (pardon, le libre-échange, on participe au développement des classes moyennes en Chine en faisant travailler leurs enfants en usine), de la répression syndicale, de la corruption systémique, de l’attaque systématique contre le compromis keynésien d’après-guerre.