• [^] # Re: Oups...

    Posté par . En réponse au journal Le CDI doit disparaître. Évalué à 2.

    Globalement vous comprenez assez mal ce qu’est l’épargne. Si au niveau microéconomique, c’est-à-dire dans un contexte individuel, l’épargne peut consister à prévoir un coup dur pour l’avenir, ce n’est absolument pas vrai à l’échelle macroéconomique.

    L’épargne est un symbole, pas une richesse réelle. C’est ce qui est expliqué dans un autre commentaire à propos des retraites par capitalisation. Globalement, système par distribution, ou système par capitalisation, les retraités sont toujours supportés par la population active. Le boulanger à la retraite ne mange pas le pain qu’il a produit il y a trente ans (il lui faudrait un sacré dentier…), il mange le pain produit par un autre boulanger le matin même. S’il y a deux fois moins de boulangers que dans le temps où le retraité était actif, alors il paiera deux fois plus cher le pain (mon explication est très grossière là, mais c’est l’idée…).

    C’est bien le nœud de votre incompréhension je pense. Lorsqu’une entreprise prévoie un stock de ses marchandises, investit, alors c’est une véritable prévision sur l’avenir (et l’épargne est un véritable investissement si elle ne sert pas à alimenter des bulles spéculatives). Lorsque les agriculteurs constituent des stocks de blé, alors ils prévoient de quoi tenir jusqu’à la prochaine récolte. Par contre, l’épargne au niveau macro-économique n’est pas un parachute pour l’avenir, elle est dépendante de la production réelle le jour où elle est dépensée, pas de la production de richesse du jour de l’épargne.

    C’est cette distinction macro- micro- qui rend la situation intenable en temps de crise : les individus encore actifs décident d’épargner par peur du futur, ceux au chômage réduisent leur consommation, les entreprises refusent d’investir (c’est-à-dire transformer le capital financier qu’est l’épargne en capital actif, plutôt que de le laisser à la spéculation) par peur du futur. Par conséquent la demande globale (consommation & investissement au niveau macro-) se contracte, puisque la demande globale se contracte, les entreprises réduisent leur activités : plus de chômage, moins d’investissements. La crise se creuse. Il ne s’agit pas de rejeter la faute sur untel, ou de rendre responsable ceux qui agissent ainsi ; je vous laisse cette posture infantile. Il s’agit d’expliquer le phénomène qui fait que la crise s’aggravera, et il s’agit de trouver une solution politique.

    PS : je ne suis pas défavorable à l’épargne, il s’agit d’une fonction économique essentielle qui sert l’investissement. Il s’agit juste de bien savoir ce qu’elle est et ses limites. De même pour l’emploi, rendre plus flexible le marché doit se faire sous certaines conditions si l’on ne veut pas aggraver la crise, c’est-à-dire opter pour le modèle nordique (marché de l’emploi flexible avec une bonne couverture chômage), conditions qui ne seront très probablement pas politiquement réunies à cause du rapport de force capital–travail en France, chacun cherchant à maximiser ses propres profits (sans compter la corruption dont j’ai montré un exemple).