• [^] # Re: Oups...

    Posté par . En réponse au journal Le CDI doit disparaître. Évalué à 4.

    Bon…

    Grosso modo. Durant une crise, les prix sont rigides (sur le marché du travail donc les salaires, et sur le marché des biens & services). Les entreprises préfèrent ajuster leur offre de biens, donc leur production, plutôt que de revoir leurs prix. Du coup il y a des licenciements. Comme il y a des licenciements, la demande sur le marché des biens & services baisse (les ménages ont moins de revenus et épargnent plus du fait de la méfiance en l’avenir économique du pays). Les entreprises continuent donc à débaucher. La crise s’aggrave. De ce que j’ai compris la politique keynésienne classique consiste à lancer des investissement publics pour compenser, car cela crée des emplois. Bref, la flexibilisation du marché du travail est une politique purement pro-cyclique : aggravation de la crise.

    Par contre le capital1, lui, trouve un intérêt de classe2 à la flexibilisation du marché du travail, ce qui lui permet d’obtenir des salaires plus faibles. En effet, “précariser” le travailleur l’incite à accepter des boulots moins bien payés. Pas de méchant “capital” ici. C’est vous qui imposez un jugement moral sur ce qui n’a pas à l’être car c’est dans la plus pure tradition des théories économiques que de prendre pour hypothèse la maximisation des profits. Reste donc à savoir qui est en rapport de force dans les négociations entre le capital (du moins le grand capital lorsqu’on parle du MEDEF) et le travail (syndicats honnêtes des travailleurs). Chacun cherchant à maximiser les profits de ceux qu’ils représentent.

    Sur l’Allemagne. Elle s’en sort grâce à ses exportations. Mais ça ne dure pas éternellement si la demande mondiale, et surtout européenne, s’effondre. Ce qui la sauve ici, c’est que sa demande intérieure déficiente est compensée par la demande extérieure. C’est ce que veut mettre en place Hollande. Mais le marché mondial est lui-même en crise et la demande mondiale ne perdurera pas éternellement.

    Sur l’exemple des Pays-bas. Je veux bien. Mais il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les allocations chômage ne seront pas étendues comme il se doit. Globalement, on aura la flexibilité sans les allocations qui vont avec. Comment je le sais ? Parce que sans cotisations, pas d’allocations. Or la guerre contre les “charges” salariales est un des thèmes favoris du patronat.

    Enfin, vous comparez un taux interbancaire (qui n’est pas de l’épargne) avec celui d’une épargne populaire. C’est complètement absurde : nous ne sommes pas sur le même marché, il est normal de ne pas avoir le même “prix”. Pour information, le taux du livret A est calculé de manière assez compliquée pour, en gros, suivre le taux d’inflation à la consommation, être très légèrement supérieur en règle générale. En réalité, le livret A ne rapporte quasiment rien.

    1 NdT : un des facteurs de la production, par extension les détenteurs de ceux qui possèdent les moyens de production matériels, ce qui dans le cadre du système capitaliste revient à décider de la production.

    2 NdT : notion très utilisée dans la sociologie, une des sciences humaines. Notons que tout économiste qui prétend ne pas vouloir entendre parler de notions de classe se situe de ce fait hors du champ scientifique. En effet l’interconnexion avec les autres sciences est une condition essentielle de la démarche scientifique telle que définie par l’épistémologie.