• [^] # Re: Pourquoi

    Posté par . En réponse à la dépêche Enlightenment DR17 est enfin sorti !. Évalué à 2.

    Le problème que tu cites existe partout (Mac OS X aussi a ces soucis avec des applications externes, etc.) et n'a pas de solution qui soit viable et intéressante pour le consommateur.
    Bref, pour moi cela reste un non problème car insoluble totalement en soit.

    C'est avec des raisonnements comme ça que l'on n'améliore pas un produit moyen. Oui, les problématiques d'ergonomie et d'homogénéité des interfaces sont en quelque sorte "insolubles", vu la nature du problème. Tout est question de compromis, surtout sur ces sujets là, qui demandent un travail considérable pour avoir un produit fini de bon niveau, et pas forcément visible directement. L'efficacité d'une interface, ça s'évalue sur le long terme, ça n'est pas quelque chose qu'on est capable de mesurer sur le court terme, sur les premières heures d'utilisation où l'excitation du nouveau/la concentration de l'apprentissage d'une nouvelle mécanique faussent complètement notre jugement. En fait, une interface bien foutue et efficace, c'est celle qui va progressivement se faire oublier, ne plus demander à l'utilisateur de la réflexion et de la concentration pour comprendre ce qu'il se passe à l'écran et savoir comment faire pour faire telle ou telle chose ou combinaison de choses. L'homogénéité visuelle d'une interface joue un rôle capital là dedans, car elle soulage le cerveau d'une certaine quantité de travail sur le traitement de l'information visuelle, car "inconsciemment" l'utilisateur va très vite s'y retrouver, naturellement. Idem pour certaines fonctionnalités vues par beaucoup comme inutiles, comme par exemple l'ombrage des fenêtres qui permet d'un seul coup d'oeil de distinguer toutes les fenêtres (c'est à dire les zones d'informations distinctes), c'est très efficace (c'est juste un exemple, y'en a d'autres, les effets de transition aussi peuvent apporter de l'efficacité visuelle). En fait, la majorité des utilisateurs d'OS Linux utilisent leur OS/DE comme un véritable outil multifonction, voire un jouet, véritablement passionnés par la richesse du système, ses possibilités de customisation et son évolution constante. Leur avis n'est pas un bon baromètre pour évaluer l'efficacité des IHM car ils n'ont pas du tout la même approche très laxiste qu'aura un utilisateur standard du grand public. Chez Apple et chez Microsoft ils le savent tout ça, et ils en investissent une sacré dose du pognon dans des études d'ergonomie, avec des tests massifs d'utilisateurs parfois rien que pour savoir s'il vaut mieux que le bouton soit à gauche ou à droite, et l'impact d'une couleur ou d'une police de caractère… Bah c'est pas par hasard !!

    Alors oui, les nombreux DE et environnements qui se partagent le gâteau sous linux n'aident pas beaucoup pour l'homogénéité c'est clair, mais alors le problème ne se limite vraiment pas à ça. Dire que chaque bureau est "localement cohérent" n'est même pas vrai, de mon analyse, y'a des aberrations partout. Le seul DE que j'ai vu en 15 ans sous linux qui allait dans le bon sens, c'était gnome 2. Mais malheureusement, c'est resté bloqué à la version 2. Les autres sont des jouets pour geeks, qui manquent incroyablement de cohérence, à commencer par leur évolution dans le temps : ça change constamment, il n'y a pas une ligne directrice, une logique qui se conserve. KDE 4 et Gnome 3 ont réussi l'exploit, par soucis d'avancée technologique, à foutre en l'air le fragile "socle d'habitudes ergonomiques" qu'ils avaient réussi à bâtir avec leurs versions majeures précédentes. Rien que ça, c'est rédhibitoire d'un point de vue ergonomique : on ne casse pas toutes les x années ou même tous les x mois (quand je vois l'évolution de kde 4 entre la 4.0 et la 4.9, et tous les changements qu'il y a eu… Gnome 3 j'en parle même pas) des principes ergonomiques auxquels nos utilisateurs sont habitués, quelles qu'en soient les raisons de désirs de renouvellement technologique et de modernité. Désolé, je vais me faire fusiller pour ça mais bon, j'ai énormément utilisé linux étant ado puis adulte, j'ai vu son évolution, j'ai vu son utilisation chez moi, dans ma famille où je l'ai installé un peu partout, dans des environnements de travail différents, laboratoires de recherche, petites entreprises, grandes entreprises, et étant aujourd'hui concepteur d'IHM pour des applications de production j'ai un avis assez tranché sur le sujet, et ça fait 15 ans que je vois la communauté linux incapable d'avoir un esprit critique sur certains sujets et étant incapable de se remettre en question.

    Regarde les applications Windows, nombre d'entre eux redessinent la barre de titre et le thème interne pour avoir quelque chose d'unique (Steam, les navigateurs web, la plupart des anti-virus, etc.) ce qui au final revient au même. La cohérence ne peut exister que si :
    -Tu contrôles strictement ce qui peut être installé sur la machine (comme iOS)
    -Tu développes toutes les applications de la plateforme au sein d'une même équipe

    Quelle vision limitée du problème ! Le rôle d'un DE et d'un toolkit graphique est justement de permettre une homogénéité et, dans une certaine mesure, d'imposer un cadre ergonomique (imposer certaines règles de comportement, certains principes de fonctionnement), sachant que plein d'éditeurs vont sortir leur soft derrière et créer leur interface pour leur besoin. Quant aux cas particuliers des applications Windows qui redessinent la barre de titre et le thème interne, cela reste précisément des cas particuliers, il ne faut pas en faire une généralité. Ceux qui font ça prennent en quelque sorte des risques car ils se détachent complètement de l'environnement dans lequel ils sont, pour proposer à l'utilisateur un contenu explicitement différent du reste du système. Ça permet de se démarquer complètement, être plus original, faire plus moderne… Et d'un autre côté, il faut rudement bien concevoir son ergonomie, pour qu'elle reste tout de même proche du système sinon l'utilisateur va être perdu (sauf pour des applis style Steam où l'ergonomie a assez peu d'intérêt). Un bon exemple de réussite sur ce point est pour moi google Chrome. Mais voilà, faire ce genre de produit, à la fois puissant, efficace et visuellement simple et épuré, ça demande un très lourd travail derrière. Je dis souvent à mes clients : plus vous voulez que ce soit simple (à l'écran), plus ça va demander du travail pour faire l'outil…