• [^] # Re: Ah misère...

    Posté par . En réponse au journal Avis aux abstentionnistes. Évalué à 0. Dernière modification le 23 novembre 2012 à 20:16.

    La société suisse est pourtant bien une démocratie directe, non ?

    meme la démocratie directe est imparfaite

    Ça confirme plutôt ce que je dis. En Suisse je vois deux populations qui se distinguent l’une de l’autre, qui ne se considèrent pas l’une comme l’égale de l’autre et donc entend lui imposer sa loi. Et donc la démocratie n’est pas possible comme idéal : la partie la plus nombreuse peut opprimer l’autre. La Suisse a un lourd passé avec les Tsiganes aussi. Je me suis concentré sur les inégalités intellectuelles réelles, mais elles peuvent être totalement artificielles et ne refléter qu’un sentiment d’appartenance à une communauté particulière. C’est malheureux, je n’aime pas cette conception de la nation-ethnie ou nation-religion et préfère largement le modèle français gauche, mais c’est comme ça.

    Je soupçonne que les sociétés dans le monde « hormis occidental » ont du mal avec nos démocraties à nous parce qu’elles se basent sur l’individu dans des sociétés très individualisées, tandis que dans une société avec des communautés bien identifiées et dans lesquelles les individus se reconnaissent (la famille — vote des femmes récent en France, faut pas l’oublier —, le village, la tribu, l’ethnie), une forme démocratique qui prenne en compte les composantes communautaires pour les mettre à égalité (quelque soit leur démographie interne) conviendrait mieux.

    Je crois qu’E. Todd est plus compétent que moi sur le sujet 0:)

    Pour revenir à la France/Suisse, c’est clair que la démocratie n’est pas l’idéal en ce moment avec la moitié des français bien radicalisés… et je le dis sans honte aucune : dans ces conditions là, hors de question d’être démocrate façon démocratie athénienne (je veux dire son modèle idéalisé, comme tu m’as corrigé), et même démocrate tout court (la loi doit permettre la vie en société possible, si de fait elle exclut des individus de la société, elle détruit la société et n’est donc plus légitime, quand bien même elle aurait été décidée démocratiquement).

    C’est ainsi que nos républiques ont été construites, pour savoir tempérer les passions et protéger (un peu). C’est ainsi qu’on a construit un édifice fragile et complexe qui ne se base pas uniquement sur le vote pour réaliser un semblant de démocratie (corps intermédiaire, presse, partis). C’est personnellement un modèle que je n’aime pas (cf. mon autre commentaire) et je pense qu’en introduisant du débat c’est-à-dire de la démocratie où les gens se rassemblent physiquement en assemblée, avec de l’égalité pour que tous aient les moyens d’exprimer leur point de vue de manière intelligible et s’en s’écharper, alors on devrait tendre vers une démocratie. À l’heure actuelle les représentants sont une classe à part, il faut comprendre que toutes les tensions de la société se déversent sur eux et que leur boulot est de les synthétiser pour contenter tout le monde. Mais dans la vrai vie le « gagnant-gagnant » n’existe pas. D’où la méfiance généralisée portée à la classe politique (sans compter la corruption) et l’instabilité du régime. De plus le suffrage ne suffit pas : je serai prêt à parier que dans l’affaire des minarets, les musulmans n’ont pas eu le droit à la parole, c’est-à-dire à un espace médiatique suffisant pour exposer de manière exhaustive (et dans toute sa diversité) le point de vue des pratiquants musulmans, du moins si c’est comme en France. On perd ainsi une des composantes essentielles de la démocratie : le débat dans l’espace public, débat non hystérisés par quelques journaux en mal de lecteurs (donc out la logique marchande, la recherche de profit, la concentration de la presse, des industriels ou marchands d’armes propriétaires de titres — pour la France, je ne sais pas ce qu’il en est de la Suisse).

    PS: et je plussoie thecat juste au-dessus :)