elle doit (si il le souhaite) lui permettre de gagner de l'argent
Il n'y a pas de justification triviale à ce qu'une "invention" amène automatiquement un retour sur investissement (sachant que l'investissement, en informatique, ça peut être trois fois rien). C'est une conception arbitraire. Si l'"inventeur" arrive à mettre en oeuvre son "invention", tant mieux pour lui. Les brevets partent du principe que l'invention suit un processus long, complexe et ardu avant d'atteindre sa maturité et sa pleine exploitabilité ; permettre à l'inventeur de protéger son invention peut sembler légitime car la copie apparaît alors comme déloyale - le copiste s'épargne les coûteux efforts de mise au point consentis par l'inventeur. Les majorités des choses brevetées aujourd'hui (en informatique et domaines connexes) ne reflètent absolument pas ces caractéristiques. D'autre part, la durée d'exclusivité (20 ans) n'est clairement pas adaptée au rythme actuel des avancées technologiques. Enfin, lorsque le système de brevets a été mis au point, les contraintes d'interopérabilité n'existaient pas ; aujourd'hui, si la méthode permettant de lire tel type de fichier qui est un standard de fait fait l'objet d'un brevet, ce n'est pas simplement le concurrent qui est extrêmement handicapé, mais l'utilisateur final du produit lui-même. En effet, en présence de contraintes d'interopérabilité, les brevets peuvent créer une situation de monopole ou du moins d'oligopole, et le paiement des royalties s'assimiler à une dîme obligatoire, plutôt qu'un investissement librement consenti afin d'accéder à une technologie intéressante. Dans ces conditions, on empêche alors à l'utilisateur un choix potentiel entre différentes solutions concurrentes, et on ralentit le progrès technique (de même que des droits de douane élevés réduisent les échanges de biens).
A l'inverse, les idées ne sont protégées par aucun corpus législatif. Elles circulent librement, c'est comme ça que l'humanité fonctionne depuis des millénaires, et elle s'en sort plutôt bien. Le droit d'auteur protège simplement l'expression littérale d'une idée (en littérature), un motif graphique précis (en arts plastiques), l'implémentation d'un algorithme (en informatique). Si j'invente une recette de cuisine, rien ne m'autorise à exiger des royalties à ceux qui l'utiliseront ; si je découvre une nouveau type de perspective en peinture, les autres peintres auront le droit de l'exploiter sans rien me donner en retour. Pourquoi serait-ce différent pour une idée en informatique ?
[^] # Re: Comment proteger le logiciel?
Posté par Moby-Dik . En réponse à la dépêche "Faut-il breveter les logiciels". Évalué à 2.
Il n'y a pas de justification triviale à ce qu'une "invention" amène automatiquement un retour sur investissement (sachant que l'investissement, en informatique, ça peut être trois fois rien). C'est une conception arbitraire. Si l'"inventeur" arrive à mettre en oeuvre son "invention", tant mieux pour lui. Les brevets partent du principe que l'invention suit un processus long, complexe et ardu avant d'atteindre sa maturité et sa pleine exploitabilité ; permettre à l'inventeur de protéger son invention peut sembler légitime car la copie apparaît alors comme déloyale - le copiste s'épargne les coûteux efforts de mise au point consentis par l'inventeur. Les majorités des choses brevetées aujourd'hui (en informatique et domaines connexes) ne reflètent absolument pas ces caractéristiques. D'autre part, la durée d'exclusivité (20 ans) n'est clairement pas adaptée au rythme actuel des avancées technologiques. Enfin, lorsque le système de brevets a été mis au point, les contraintes d'interopérabilité n'existaient pas ; aujourd'hui, si la méthode permettant de lire tel type de fichier qui est un standard de fait fait l'objet d'un brevet, ce n'est pas simplement le concurrent qui est extrêmement handicapé, mais l'utilisateur final du produit lui-même. En effet, en présence de contraintes d'interopérabilité, les brevets peuvent créer une situation de monopole ou du moins d'oligopole, et le paiement des royalties s'assimiler à une dîme obligatoire, plutôt qu'un investissement librement consenti afin d'accéder à une technologie intéressante. Dans ces conditions, on empêche alors à l'utilisateur un choix potentiel entre différentes solutions concurrentes, et on ralentit le progrès technique (de même que des droits de douane élevés réduisent les échanges de biens).
A l'inverse, les idées ne sont protégées par aucun corpus législatif. Elles circulent librement, c'est comme ça que l'humanité fonctionne depuis des millénaires, et elle s'en sort plutôt bien. Le droit d'auteur protège simplement l'expression littérale d'une idée (en littérature), un motif graphique précis (en arts plastiques), l'implémentation d'un algorithme (en informatique). Si j'invente une recette de cuisine, rien ne m'autorise à exiger des royalties à ceux qui l'utiliseront ; si je découvre une nouveau type de perspective en peinture, les autres peintres auront le droit de l'exploiter sans rien me donner en retour. Pourquoi serait-ce différent pour une idée en informatique ?