au milieu de ce concert de spécialistes et de techniciens, souffrez je vous prie qu'un simple citoyen exprime modestement son point de vue. Pas sur la compatibilité binaire, il y a bien des chances que je raconte des bêtises. Mais puisque l'auteur du journal évoque des "parts de marché" et que je suis moi-même utilisateur d'une distribution Linux, je me sens un peu impliqué.
Tout d'abord je me révolte contre cette pensée unique qui voudrait ne satisfaire qu'une majorité relative de clients. Que veut dire cette phrase ?
Et pour un vieux cynique comme moi, les parts de marché, c'est important. Après tout, on ne peut pas apporter de progrès sur le marché avec un produit que presque personne n'utilise.
Outre l’exagération du "presque personne" (même 0,5% de la population ça représente quand-même un monde non négligeable), cela signifie-t-il :
que le gain de parts de marché est le but ultime de toute activité ?
que pour cela il est nécessaire (et souhaitable) de sacrifier tout ce qui ne fait pas partie de son cœur (au sus-dit marché) ?
que la sacro-sainte concurrence au sein de ce même marché ne peut s'exercer correctement que si tout le monde vise la même cible ?
Si l'heure se prêtait à l'humour (à l'ironie) je dirais que d'un strict point de vue commercial il existe en effet deux types de client à satisfaire :
la ménagère de moins de 50 ans (Mme Michu) qui choisira de toute manière la même solution que son voisin et qui déteste être devant une alternative. Windows est parfait pour elle, Android sur un smartphone devrait convenir également.
les snobs pour lesquels les codes de consommations doivent surtout marquer une appartenance de classe. Il faut que ce soit cher et beau, et surtout hors de porté de Mme Michu. Si un I-machin ne devait coûter que 50€ il ne s'en vendrait certainement pas.
les autres ? Ils ne font tout simplement pas partie du marché.
Ce que n’entrevoit sans doute pas Mr Benoît Jacob c'est que dans ce modèle économique, une fois qu'un leadership a été établi, il est rarement possible de le remettre en cause. La seule exception notable que je connaisse est le marché automobile où les constructeur américains ont été victime, entre autres choses, de l’ineptie de la politique énergétique de leur pays qui les ont conduit progressivement à avoir des modèles inadaptés au reste de la planète.
Quoiqu'il en soit, quand on regarde l'histoire des empires économiques, on note qu'ils reposent tous sur l'émergence (la création) d'un nouveau marché, pas sur la prise d'un marché existant. Si vous souhaitez des parts d'un marché, Mr Jacob, créez-le vous-même. Pour les postes de travail, les ordinateurs de maison, les tablettes et les smartphones c'est vraisemblablement trop tard.
By the way ! Sans-doute suivez vous l’actualité de ces nano-ordinateurs arm genre Raspberry-pi, Mele A1000, Cubox, etc. Voilà un marché à créer ! Malheureusement (ou heureusement selon mon point de vue) les créateurs de ces engin se sont davantage évertués, me semble-t-il, à faire des systèmes ouverts qu'à vendre un rêve tout fait. Arf… C'est pas comme ça qu'on gagne de l'argent.
Bon, je m'égare, revenons à nos moutons. Enfin, je veux dire à nos clients…
L'une des dimensions quelquefois évoquée de Linux est son coté éducatif. Ça c'est différent, et ça me plaît. Quand je n'atteint pas le résultat escompté je sais que, neuf fois sur dix, je trouverai dans la communauté une documentation ou un forum qui me permettra de comprendre ce qui se passe et d'apporter les corrections nécessaires. Bon, comme je ne suis pas trop finaud ça prend souvent du temps, mais je finis généralement par trouver. Mais ça non plus n'est pas dans l'air du temps, il paraît que c'est rébarbatif d'apprendre.
Last but not least je suis persuadé que la société dans laquelle nous vivons est un tout dans laquelle il n'est pas possible de ne corriger qu'une partie en laissant les bases inchangées. C'est pourtant, j'en conviens, le rêve de beaucoup. Les écolos qui voudraient une économie de marché respectueuse de l'environnement, les sociaux-démocrates qui aimeraient un capitalisme plus humain. Il y a aussi des défenseurs des logiciels libres qui imaginent que leur liberté est indépendante de celles des paysans face aux semenciers, des thérapeutes face à l'industrie pharmaceutique, des journalistes face au empires des média… Mais ce n'est pas ainsi que je comprend les choses.
Selon moi les logiciels libres ne doivent pas conquérir de parts de marché mais s'inscrire dans un monde plus humain, plus solidaire, plus sûr, en un mot plus vivable. Donc je vous en supplie, Mr Jacob, le modèle économique mondialisé offre suffisamment de potentiel à votre soif de conquête, toute légitime qu'elle puisse vous paraître : laissez-moi mon Linux. Je tiens au moindre de ses défauts comme à la prunelle de mes yeux.
# Le grain de sel d'un simple utilisateur
Posté par Vincent Gay (site web personnel) . En réponse au journal Si on commençait un nouvel OS libre de bureau aujourd'hui.... Évalué à 10.
Cher monsieur Benoît Jacob, chers Linufriens,
au milieu de ce concert de spécialistes et de techniciens, souffrez je vous prie qu'un simple citoyen exprime modestement son point de vue. Pas sur la compatibilité binaire, il y a bien des chances que je raconte des bêtises. Mais puisque l'auteur du journal évoque des "parts de marché" et que je suis moi-même utilisateur d'une distribution Linux, je me sens un peu impliqué.
Tout d'abord je me révolte contre cette pensée unique qui voudrait ne satisfaire qu'une majorité relative de clients. Que veut dire cette phrase ?
Outre l’exagération du "presque personne" (même 0,5% de la population ça représente quand-même un monde non négligeable), cela signifie-t-il :
Si l'heure se prêtait à l'humour (à l'ironie) je dirais que d'un strict point de vue commercial il existe en effet deux types de client à satisfaire :
Ce que n’entrevoit sans doute pas Mr Benoît Jacob c'est que dans ce modèle économique, une fois qu'un leadership a été établi, il est rarement possible de le remettre en cause. La seule exception notable que je connaisse est le marché automobile où les constructeur américains ont été victime, entre autres choses, de l’ineptie de la politique énergétique de leur pays qui les ont conduit progressivement à avoir des modèles inadaptés au reste de la planète.
Quoiqu'il en soit, quand on regarde l'histoire des empires économiques, on note qu'ils reposent tous sur l'émergence (la création) d'un nouveau marché, pas sur la prise d'un marché existant. Si vous souhaitez des parts d'un marché, Mr Jacob, créez-le vous-même. Pour les postes de travail, les ordinateurs de maison, les tablettes et les smartphones c'est vraisemblablement trop tard.
By the way ! Sans-doute suivez vous l’actualité de ces nano-ordinateurs arm genre Raspberry-pi, Mele A1000, Cubox, etc. Voilà un marché à créer ! Malheureusement (ou heureusement selon mon point de vue) les créateurs de ces engin se sont davantage évertués, me semble-t-il, à faire des systèmes ouverts qu'à vendre un rêve tout fait. Arf… C'est pas comme ça qu'on gagne de l'argent.
Bon, je m'égare, revenons à nos moutons. Enfin, je veux dire à nos clients…
L'une des dimensions quelquefois évoquée de Linux est son coté éducatif. Ça c'est différent, et ça me plaît. Quand je n'atteint pas le résultat escompté je sais que, neuf fois sur dix, je trouverai dans la communauté une documentation ou un forum qui me permettra de comprendre ce qui se passe et d'apporter les corrections nécessaires. Bon, comme je ne suis pas trop finaud ça prend souvent du temps, mais je finis généralement par trouver. Mais ça non plus n'est pas dans l'air du temps, il paraît que c'est rébarbatif d'apprendre.
Last but not least je suis persuadé que la société dans laquelle nous vivons est un tout dans laquelle il n'est pas possible de ne corriger qu'une partie en laissant les bases inchangées. C'est pourtant, j'en conviens, le rêve de beaucoup. Les écolos qui voudraient une économie de marché respectueuse de l'environnement, les sociaux-démocrates qui aimeraient un capitalisme plus humain. Il y a aussi des défenseurs des logiciels libres qui imaginent que leur liberté est indépendante de celles des paysans face aux semenciers, des thérapeutes face à l'industrie pharmaceutique, des journalistes face au empires des média… Mais ce n'est pas ainsi que je comprend les choses.
Selon moi les logiciels libres ne doivent pas conquérir de parts de marché mais s'inscrire dans un monde plus humain, plus solidaire, plus sûr, en un mot plus vivable. Donc je vous en supplie, Mr Jacob, le modèle économique mondialisé offre suffisamment de potentiel à votre soif de conquête, toute légitime qu'elle puisse vous paraître : laissez-moi mon Linux. Je tiens au moindre de ses défauts comme à la prunelle de mes yeux.