Je suis en désaccord avec le fait que les valeurs du logiciel libre ne cadrent pas avec le non-commercial.
Pour justifier ça, tu dis dans ton article qu'en gros les mouvements qui ont fondé le libre ont toujours été pour l'utilisation commerciale possible. Et tu justifies ça… en fait tu ne le justifies pas vraiment, c'est censé être évident. A un moment tu dis :
Le libre à su se garder de choisir des racines contestataires, et c’est heureux. De tels choix ne peuvent conduire qu’à une aliénation à la posture contestée, puisqu’« au mieux », la disparition de celle-ci entraînerait la dilution de la posture contestataire, privée de sa source « identitaire ».
Mais cet argument ne tient pas, si dans le meilleur des cas le mouvement contestataire réussissait (dans notre cas où le mouvement favoriserait l'absence de commerce, ce serait un mouvement communiste qui réussirait donc à installer durablement une société communiste), je ne vois pas en quoi sa dilution serait un problème puisque tout serait alors libre et gratuit, accessible à tous…
En réalité, la raison pour laquelle le mouvement libre a historiquement été choisi comme "non contestataire" au niveau économique est que si il ne l'avait pas été, il aurait été marginalisé, diabolisé, et n'aurait pas pu prendre de l'ampleur aussi facilement. C'est plus pour des raisons pratiques que profondément idéologiques, parce qu'idéologiquement l'absence de commerce favorise le partage et la liberté d'accéder aux oeuvres et modifications pour la raison suivante :
Si on peut vendre, on est certes libre de vendre, mais les personnes suivantes qui voudront exploiter notre modification ne sont libres de le faire que si elles peuvent payer. La FSF me répondra que quelqu'un qui a les moyens peut toujours acheter puis donner aux autres. C'est vrai, mais si personne n'achète et que j'ai pas les moyens ? Même si in fine j'aurai sans doute accès à la modification, il n'empêche que ça met un frein à la diffusion des oeuvres (et donc à la liberté des gens d'y accéder et à fortioti de les modifier) et c'est une mauvaise chose. Si vendre n'est pas permis, on n'a certes plus la liberté de vendre, mais du coup on ne peut que donner, et tout le monde aura du coup la liberté d'y accéder sans condition (liberté++).
[Et prétendre que si les gens ne vendent pas, ils ne donneront pas du tout n'est pas vrai, pour des raisons de reconnaissance sociale ils donneront quand même.]
Il y a un autre problème: en faisant du libre un mouvement qui se doit de ne pas choisir, tu en fais un mouvement qui choisit le système établi. Il est impossible de ne pas faire de choix politique, l'inaction politique implique forcément de laisser faire les choses et donc de favoriser le système en place. Il y a des lois dans notre société, et notamment des lois qui établissent un cadre économique de libre échange, un cadre pour que le capitalisme puisse fonctionner, et en n'adoptant pas de posture contestataire, on ne conteste pas ces lois, ces valeurs, et on continue comme c'est. Le fait de ne pas interdire le gratuit (encore heureux) ne veut pas dire qu'on est neutre et qu'on ne favorise ni le gratuit ni le commerce, puisque le gratuit ne lutte pas avec les mêmes armes, l'économie entière est déjà basée sur l'argent et le commerce.
Là où je veux en venir est que, si il est vrai que le mouvement du logiciel libre n'a pas été historiquement (pour le peu de temps qu'il existe du moins) contre le commerce, ça n'implique pas pour autant qu'une posture "contestataire" et progressiste visant à transformer la société dans le sens du partage deviendrait non libre juste parce qu'elle, elle aurait le risque de se faire diaboliser.
Enfermer la notion de "libre" dans une valeur de lâcheté et de sois disant "neutralité" politique ne me paraît pas honnête. Et c'est pas parce que les premiers à lancer le mouvement du "libre" étaient dans cette perspective là qu'ils ont raison. D'ailleurs, à long terme le communisme me semble beaucoup plus pérenne pour l'humanité que l'espèce de consensus mou au sein du capitalisme qui espère qu'on pourra quand même un peu partager, le capitalisme étant générateur de guerres (d'ailleurs la prochaine grande guerre pourra mener à l'extinction de l'humanité).
J'exige donc d'avoir le droit de qualifier une licence n'autorisant pas le commerce de "libre" parce que je pense que l'idéologie qu'elle sous-tend favorisera la pérennité à long terme, et aussi parce que ça me paraît même plus libre que dans le cas où le commerce est autorisé. Bien sûr tout ça tend vers un changement de société, une contestation politique, mais comme je l'ai dit, je pense que c'est ce qui est le mieux, et aussi le plus libre, et le plus pérenne. On peut ne pas être d'accord avec moi politiquement, mais pas prendre en otage le mot et m'interdire d'utiliser la notion de libre telle qu'elle me paraît appropriée.
[^] # Re: chez Owni aussi :
Posté par namor . En réponse au journal Calimaq : Défense et illustration de la clause non commerciale. Évalué à 1.
Je suis en désaccord avec le fait que les valeurs du logiciel libre ne cadrent pas avec le non-commercial.
Pour justifier ça, tu dis dans ton article qu'en gros les mouvements qui ont fondé le libre ont toujours été pour l'utilisation commerciale possible. Et tu justifies ça… en fait tu ne le justifies pas vraiment, c'est censé être évident. A un moment tu dis :
Mais cet argument ne tient pas, si dans le meilleur des cas le mouvement contestataire réussissait (dans notre cas où le mouvement favoriserait l'absence de commerce, ce serait un mouvement communiste qui réussirait donc à installer durablement une société communiste), je ne vois pas en quoi sa dilution serait un problème puisque tout serait alors libre et gratuit, accessible à tous…
En réalité, la raison pour laquelle le mouvement libre a historiquement été choisi comme "non contestataire" au niveau économique est que si il ne l'avait pas été, il aurait été marginalisé, diabolisé, et n'aurait pas pu prendre de l'ampleur aussi facilement. C'est plus pour des raisons pratiques que profondément idéologiques, parce qu'idéologiquement l'absence de commerce favorise le partage et la liberté d'accéder aux oeuvres et modifications pour la raison suivante :
Si on peut vendre, on est certes libre de vendre, mais les personnes suivantes qui voudront exploiter notre modification ne sont libres de le faire que si elles peuvent payer. La FSF me répondra que quelqu'un qui a les moyens peut toujours acheter puis donner aux autres. C'est vrai, mais si personne n'achète et que j'ai pas les moyens ? Même si in fine j'aurai sans doute accès à la modification, il n'empêche que ça met un frein à la diffusion des oeuvres (et donc à la liberté des gens d'y accéder et à fortioti de les modifier) et c'est une mauvaise chose. Si vendre n'est pas permis, on n'a certes plus la liberté de vendre, mais du coup on ne peut que donner, et tout le monde aura du coup la liberté d'y accéder sans condition (liberté++).
[Et prétendre que si les gens ne vendent pas, ils ne donneront pas du tout n'est pas vrai, pour des raisons de reconnaissance sociale ils donneront quand même.]
Il y a un autre problème: en faisant du libre un mouvement qui se doit de ne pas choisir, tu en fais un mouvement qui choisit le système établi. Il est impossible de ne pas faire de choix politique, l'inaction politique implique forcément de laisser faire les choses et donc de favoriser le système en place. Il y a des lois dans notre société, et notamment des lois qui établissent un cadre économique de libre échange, un cadre pour que le capitalisme puisse fonctionner, et en n'adoptant pas de posture contestataire, on ne conteste pas ces lois, ces valeurs, et on continue comme c'est. Le fait de ne pas interdire le gratuit (encore heureux) ne veut pas dire qu'on est neutre et qu'on ne favorise ni le gratuit ni le commerce, puisque le gratuit ne lutte pas avec les mêmes armes, l'économie entière est déjà basée sur l'argent et le commerce.
Là où je veux en venir est que, si il est vrai que le mouvement du logiciel libre n'a pas été historiquement (pour le peu de temps qu'il existe du moins) contre le commerce, ça n'implique pas pour autant qu'une posture "contestataire" et progressiste visant à transformer la société dans le sens du partage deviendrait non libre juste parce qu'elle, elle aurait le risque de se faire diaboliser.
Enfermer la notion de "libre" dans une valeur de lâcheté et de sois disant "neutralité" politique ne me paraît pas honnête. Et c'est pas parce que les premiers à lancer le mouvement du "libre" étaient dans cette perspective là qu'ils ont raison. D'ailleurs, à long terme le communisme me semble beaucoup plus pérenne pour l'humanité que l'espèce de consensus mou au sein du capitalisme qui espère qu'on pourra quand même un peu partager, le capitalisme étant générateur de guerres (d'ailleurs la prochaine grande guerre pourra mener à l'extinction de l'humanité).
J'exige donc d'avoir le droit de qualifier une licence n'autorisant pas le commerce de "libre" parce que je pense que l'idéologie qu'elle sous-tend favorisera la pérennité à long terme, et aussi parce que ça me paraît même plus libre que dans le cas où le commerce est autorisé. Bien sûr tout ça tend vers un changement de société, une contestation politique, mais comme je l'ai dit, je pense que c'est ce qui est le mieux, et aussi le plus libre, et le plus pérenne. On peut ne pas être d'accord avec moi politiquement, mais pas prendre en otage le mot et m'interdire d'utiliser la notion de libre telle qu'elle me paraît appropriée.