En ce moment sur Mediapart, dans le club donc accessible, il y a un gigantesque flameware sur Caroline Fourest : plusieurs billets et des centaines de commentaires.
Rappel des faits qui tournent à la calembredaine. C. Fourest, au cas où vous ne la connaîtriez pas se préoccupe du « monde musulman », et tout particulièrement des intégristes. Elle est connue pour son travail sur les milieux catholiques les plus réactionnaires ainsi que le FN. Elle fut invitée à la fête de l’Humanité afin d’en débattre, tout comme l’année dernière. Ce week-end des militants dont on ne connaît guère l’origine politique se sont manifestés fort bruyamment au point de faire annuler le débat.
Certains lui reprochent de faire le jeu des « islamophobes », voir d’en être elle-même, et pour ainsi dire importer le racisme à gauche comme sous-marin de la droite. Elle se défend d’avoir une position laïque ferme. Derrière cela, en faisant l’impasse sur les diverses manipulations qui ne manquent certainement pas et les insultes politiques qui virevoltent d’un bord à l’autre, se pose une question politique de fond : un multiculturalisme acceptant une totale relativité des cultures et des mœurs, ou proclamer l’universalité et donc la primauté de quelques uns de nos principes : laïcité, droits de l’homme, etc. C. Fourest, en dehors des procès d’intention, dit tenir la seconde position. Partant de là, il y a deux questions qui se posent.
1. Quel crédit donner aux thèses prétendant une volonté d’islamiser l’Europe par des hurluberlus (thèse que C. Fourest défend, à titre personnel je la suis), et quelle est la nuisance réelle de ces islamistes radicaux (là je me désolidarise complètement de ses thèses et c’est certainement sur cet angle là qu’on peut voir poindre une pointe d’islamophobie en surévaluant un quelconque risque) ?
2. Savoir où placer le curseur dans la pratique pour laisser à la fois la liberté de culte ou de mœurs la plus entière possible, et une limite nette sur ce qui est autorisé ou non vis-à-vis de ces cultes et les principes de référence. Comme anti-religieux indéboulonnable, j’ai tendance à suivre C. Fourest, un bon moyen pour la laïcité de grappiller encore un peu contre le phénomène religieux. Par ex. C. Fourest évoque, je ne sais plus où ni quand, quelqu’un d’extrême-droite défavorables aux signes religieux à l’école, car il comprend très bien que les croix seront emportés avec les voiles… Et bam! retour à l’envoyeur. ;)
Il y a bien de quoi faire 200 autres commentaires avec ça… Un concours avec Mediapart ? Mais il n’y aura jamais de débat serein sur le sujet, car tous sont prompts, et ont intérêts, à très vite user de l’insulte facile et d’accuser de racisme, fascisme, et autres noms d’oiseaux leurs interlocuteurs, ou encore de céder sur la censure religieuse. C’est la police de la pensée qui règne bien souvent dans ces échanges. Ce sont les islamistes et les racistes (les vrais) qui se frottent les mains et qui peuvent avancer à couvert, grâce au galimatias qui en résulte.
Pour le sujet qui vous occupe, il serait bon de scinder le débat. Deux questions transversales vous occupent.
1. La liberté d’expression. Personne ici n’a exprimé sa remise en cause, seulement quelques réserves ont été émises quant aux responsabilités des individus à momentanément se censurer d’eux-mêmes.
2. L’islamophobie. Elle existe très nettement dans notre société. Et les musulmans, surtout quand ils sont identifiés comme arabes, sont mis à l’index. Charlie Hebdo, tout comme C. Fourest, participent à ce discours de fond qui prend très clairement position contre l’islam. Discours ou réactions qu’on ne retrouve absolument pas avec cette ampleur lorsqu’il s’agit d’autres religions ; c’est très précisément à ce titre qu’il s’agit bien d’islamophobie, très souvent teinté de racisme sélectivement orienté car après tout l’Inde, la Chine, et surtout… l’Indonésie ont des communautés musulmanes importantes et il n’en est que très rarement question. L’ont pourrait pourtant en discuter sereinement pour résoudre ce grave problème de notre société. Je ne peux m’empêcher de penser à l’antisémitisme développé au cours du XXème siècle et prévoit de lire Les Origines du totalitarisme de Hannah Arendt. Par exemple : pourquoi les musulmans, mais aussi plus généralement toute minorité étrangère ou identifiée comme telle, n’ont pas droit de parole dans les médias, pour parler de leurs problèmes spécifiques, de leur conception de leur « intégration », de la république, de la France ? Cela couperait cours à pas mal de manipulations & préjugés, ne croyez-vous pas ? Pourquoi, d’un autre côté, certains refusent la constitution de communautés, soit-disant pour défendre nos « valeurs » parmi lesquelles la liberté d’association ? La constitution de communautés est même une étape nécessaire, je l’ai appris récemment à propos de l’exclusion des hommes chez les féministes, pour une défense efficace de l’égalité des droits. Comment réduire la pression médiatique, et sociale, constante qui s’exerce de manière ostensible contre une communauté particulière ? Quelle est son origine ? Quelles sont les revendications exactes des uns et des autres, sans chercher à leur couper toute parole en leur prêtant directement des opinions extrêmes ? Puis l’arrêt immédiat de l’usage d’un vocabulaire idéologiquement très orienté : « monde musulman » (C. Fourest montre dans la vidéo que j’ai mis en lien qu’elle n’a pas cette vision unifiée), tout ce qui a une connotation guerrière ou de conflit occident—orient (eux « face » à nous comme j’ai vu apparaître ici-même), tout ce qui admet une certaine supériorité des uns par rapport aux autres, style civilisation (droits de l’homme, démocratie) vs. barbares (lapidation, charia, etc) tout cela de manière systématique, comme si les musulmans ne pouvait pas être laïques, cultivés & libres.
# Si le troll s’enlise
Posté par Pierre Roc . En réponse au journal Le prophète et la liberté. Évalué à 2.
En ce moment sur Mediapart, dans le club donc accessible, il y a un gigantesque flameware sur Caroline Fourest : plusieurs billets et des centaines de commentaires.
Rappel des faits qui tournent à la calembredaine. C. Fourest, au cas où vous ne la connaîtriez pas se préoccupe du « monde musulman », et tout particulièrement des intégristes. Elle est connue pour son travail sur les milieux catholiques les plus réactionnaires ainsi que le FN. Elle fut invitée à la fête de l’Humanité afin d’en débattre, tout comme l’année dernière. Ce week-end des militants dont on ne connaît guère l’origine politique se sont manifestés fort bruyamment au point de faire annuler le débat.
Certains lui reprochent de faire le jeu des « islamophobes », voir d’en être elle-même, et pour ainsi dire importer le racisme à gauche comme sous-marin de la droite. Elle se défend d’avoir une position laïque ferme. Derrière cela, en faisant l’impasse sur les diverses manipulations qui ne manquent certainement pas et les insultes politiques qui virevoltent d’un bord à l’autre, se pose une question politique de fond : un multiculturalisme acceptant une totale relativité des cultures et des mœurs, ou proclamer l’universalité et donc la primauté de quelques uns de nos principes : laïcité, droits de l’homme, etc. C. Fourest, en dehors des procès d’intention, dit tenir la seconde position. Partant de là, il y a deux questions qui se posent.
1. Quel crédit donner aux thèses prétendant une volonté d’islamiser l’Europe par des hurluberlus (thèse que C. Fourest défend, à titre personnel je la suis), et quelle est la nuisance réelle de ces islamistes radicaux (là je me désolidarise complètement de ses thèses et c’est certainement sur cet angle là qu’on peut voir poindre une pointe d’islamophobie en surévaluant un quelconque risque) ?
2. Savoir où placer le curseur dans la pratique pour laisser à la fois la liberté de culte ou de mœurs la plus entière possible, et une limite nette sur ce qui est autorisé ou non vis-à-vis de ces cultes et les principes de référence. Comme anti-religieux indéboulonnable, j’ai tendance à suivre C. Fourest, un bon moyen pour la laïcité de grappiller encore un peu contre le phénomène religieux. Par ex. C. Fourest évoque, je ne sais plus où ni quand, quelqu’un d’extrême-droite défavorables aux signes religieux à l’école, car il comprend très bien que les croix seront emportés avec les voiles… Et bam! retour à l’envoyeur. ;)
Il y a bien de quoi faire 200 autres commentaires avec ça… Un concours avec Mediapart ? Mais il n’y aura jamais de débat serein sur le sujet, car tous sont prompts, et ont intérêts, à très vite user de l’insulte facile et d’accuser de racisme, fascisme, et autres noms d’oiseaux leurs interlocuteurs, ou encore de céder sur la censure religieuse. C’est la police de la pensée qui règne bien souvent dans ces échanges. Ce sont les islamistes et les racistes (les vrais) qui se frottent les mains et qui peuvent avancer à couvert, grâce au galimatias qui en résulte.
Pour le sujet qui vous occupe, il serait bon de scinder le débat. Deux questions transversales vous occupent.
1. La liberté d’expression. Personne ici n’a exprimé sa remise en cause, seulement quelques réserves ont été émises quant aux responsabilités des individus à momentanément se censurer d’eux-mêmes.
2. L’islamophobie. Elle existe très nettement dans notre société. Et les musulmans, surtout quand ils sont identifiés comme arabes, sont mis à l’index. Charlie Hebdo, tout comme C. Fourest, participent à ce discours de fond qui prend très clairement position contre l’islam. Discours ou réactions qu’on ne retrouve absolument pas avec cette ampleur lorsqu’il s’agit d’autres religions ; c’est très précisément à ce titre qu’il s’agit bien d’islamophobie, très souvent teinté de racisme sélectivement orienté car après tout l’Inde, la Chine, et surtout… l’Indonésie ont des communautés musulmanes importantes et il n’en est que très rarement question. L’ont pourrait pourtant en discuter sereinement pour résoudre ce grave problème de notre société. Je ne peux m’empêcher de penser à l’antisémitisme développé au cours du XXème siècle et prévoit de lire Les Origines du totalitarisme de Hannah Arendt. Par exemple : pourquoi les musulmans, mais aussi plus généralement toute minorité étrangère ou identifiée comme telle, n’ont pas droit de parole dans les médias, pour parler de leurs problèmes spécifiques, de leur conception de leur « intégration », de la république, de la France ? Cela couperait cours à pas mal de manipulations & préjugés, ne croyez-vous pas ? Pourquoi, d’un autre côté, certains refusent la constitution de communautés, soit-disant pour défendre nos « valeurs » parmi lesquelles la liberté d’association ? La constitution de communautés est même une étape nécessaire, je l’ai appris récemment à propos de l’exclusion des hommes chez les féministes, pour une défense efficace de l’égalité des droits. Comment réduire la pression médiatique, et sociale, constante qui s’exerce de manière ostensible contre une communauté particulière ? Quelle est son origine ? Quelles sont les revendications exactes des uns et des autres, sans chercher à leur couper toute parole en leur prêtant directement des opinions extrêmes ? Puis l’arrêt immédiat de l’usage d’un vocabulaire idéologiquement très orienté : « monde musulman » (C. Fourest montre dans la vidéo que j’ai mis en lien qu’elle n’a pas cette vision unifiée), tout ce qui a une connotation guerrière ou de conflit occident—orient (eux « face » à nous comme j’ai vu apparaître ici-même), tout ce qui admet une certaine supériorité des uns par rapport aux autres, style civilisation (droits de l’homme, démocratie) vs. barbares (lapidation, charia, etc) tout cela de manière systématique, comme si les musulmans ne pouvait pas être laïques, cultivés & libres.