J'administre un serveur chez mes parents depuis 10 ans maintenant. Le serveur est à 400 Km de chez-moi et je m'y rend environ 5 fois par an. Au début, j'utilisais un vieux PC branché sur onduleur. Le serveur faisait routeur (modem en bridge parce que je n'aime pas les box), serveur d'impression + photocopie avec le scanner à plat séparé, serveur de fichier SAMBA et NFS, serveur WEB, serveur mail IMAP, relais SSH vers l'intranet, DHCP+DNS.
Il y avait trop de pannes et jamais au bon moment. Le plus souvent c'était les disques durs : ils contenaient la totalité des fichiers de la famille et ils travaillaient beaucoup (surtout pour servir les films et les ISOs de Jeux par SAMBA). Parfois le plantage du disque de stockage entraînait le disque système. La panne la plus vicieuse dont je me souvienne c'est une barrette de mémoire : des paquets réseaux étaient perdus, le système de fichier se corrompait tout seul, la base de données des paquets s'était complètement corrompue pendant une mise à jour automatique, même vim ne pouvait plus être lancé (l'exécutable été mal lu en mémoire !) etc… Heureusement que j'avais un historique sur 6 mois pour les sauvegardes. J'ai eu aussi des dysfonctionnements de cartes mères, d'alimentations et de processeurs. C'est assez difficile à diagnostiquer si on n'a pas des pièces de rechange sous la main. Au final, parfois c'était plus simple de tout changer.
J'ai fini par utiliser un PC dédié basse consommation mais il restait les pannes des disques durs. Les disques durs sont de moins en moins fiables, c'est un vrai budget.
Maintenant, le serveur ne fait plus que routeur (modem en bridge toujours), serveur d'impression + photocopie avec le scanner à plat séparé, relais SSH vers l'intranet, DHCP+DNS. Il n'y a plus de disques durs, il démarre sur une clef USB et j'en ai préparé 2 pour qu'ils puissent la remplacer sans mon aide en cas de problème.
Je déconseille de faire de l'auto-hébergement avec serveur de fichiers à distance si on n'a personne de compétent sur site.
En ce qui concerne le stockage, je le fais à mon domicile à présent. J'ai 2,5To de données que j'ai réparti en 3 catégories. La première, ce sont les données qui changent peu et que je peux récupérer facilement : ce sont les ISOs, les films, la musique. Ça représente 2To. Je stocke cela sur un système de fichier dédié (pour limiter l'effet de la corruption d'un fs) sur un disque interne (en 10 ans j'ai appris que les boîtiers externes ne sont pas fiables) qui est branché 24h/24 sur mon PC personnel. J'effectue une sauvegarde manuelle (rsync) de temps en temps sans historique sur un disque dur externe qui me sert à balader mes données. CFV est lancé toutes les semaines par cron pour générer la liste des fichiers avec hash et détecter des corruptions. Cette liste est sauvegardée 5 fois avec historique.
La deuxième catégorie, ce sont les données qui changent peu mais que je ne peux pas récupérer facilement : 400Go de vidéos et photos de famille et fichiers personnels archivés. Ils sont sauvegardés 5 fois avec historique sur 6 mois (rdiff-backup) dont quatre fois automatiquement tous les jours dont 2 en datacenter (3 fois en local) à chaque fois sur un fs dédié. CFV tourne comme pour la première catégorie.
La dernière catégorie, ce sont les données qui changent beaucoup et que je ne peux pas récupérer facilement : le travail en cours en général. Ça représente 100Go max (il y a parfois des machines virtuelles dedans). Je sauvegarde cela comme la deuxième catégorie mais toutes les 30 minutes et avec un historique limité en espace disque. CFV tourne tous les jours.
Je change mon disque principal (3To actuellement) tous les 6 mois en moyenne. Souvent pour cause de panne (je fais fonctionner la garantie si possible) parfois par manque de place.
Ça peut sembler exagéré mais grâce à ça, je n'ai perdu aucune donnée complètement en 10 ans (évidemment la taille des données a augmentée et la méthode de sauvegarde a beaucoup changée). Par contre, mon budget dédié au stockage est de plus en plus élevé.
Une chose qui m'ennuie au plus haut point c'est que les secteurs défectueux sont rarement remplacés automatiquement par le firmware du disque parce que le système lit en général le secteur avant d'écrire et échoue donc sans écrire. Même dd ! Utiliser dd pour "réparer" un disque comme on le voit conseillé partout sur le Web, ça ne marche pas. En tout cas pas chez-moi. Personnellement, je lis le disque en entier avec dd if=/dev/sdX of=/dev/null conv=noerror, puis je récupère la liste des secteurs défectueux avec un dmesg|grep sector et j'écris sur chacun avec hdparm --write-sector XXXXXXX --yes-i-know-what-i-am-doing /dev/sdX, enfin je lance fsck -y /dev/sdXX sur tous les fs du disque après démontage. Tout ça dans un script et ça fonctionne ; mais c'est bien laborieux. Évidemment, des données sont perdues donc il faut utiliser les sauvegardes mais c'est moins long que d'envoyer le disque au SAV pour qu'il renvoie un autre disque réparé de la même façon.
Sinon, au niveau de la sécurité, on peut faire des erreurs aussi. Personnellement, je m'estime heureux, la seule chose qui m'est arrivée à ma connaissance, c'est de laisser l'accès à une grande partie des fichiers en lecture seule via SAMBA à tout internet pendant un mois. Plusieurs personnes ou robots ont exploré les fichiers mais vu la connexion pourrie à l'époque, ils n'ont rien téléchargé. Je m'en suis rendu compte grâce aux logs. C'est arrivé à cause d'un changement de règles sur le pare feu. J'ai oublié de remettre DROP par défaut et le SAMBA écoutait toutes les adresses et interfaces.
# Long compte rendu de 10 ans d'auto-hébergement low cost
Posté par fapro . En réponse au journal L'auto-hébergement bilan de la discussion. Évalué à 9.
J'administre un serveur chez mes parents depuis 10 ans maintenant. Le serveur est à 400 Km de chez-moi et je m'y rend environ 5 fois par an. Au début, j'utilisais un vieux PC branché sur onduleur. Le serveur faisait routeur (modem en bridge parce que je n'aime pas les box), serveur d'impression + photocopie avec le scanner à plat séparé, serveur de fichier SAMBA et NFS, serveur WEB, serveur mail IMAP, relais SSH vers l'intranet, DHCP+DNS.
Il y avait trop de pannes et jamais au bon moment. Le plus souvent c'était les disques durs : ils contenaient la totalité des fichiers de la famille et ils travaillaient beaucoup (surtout pour servir les films et les ISOs de Jeux par SAMBA). Parfois le plantage du disque de stockage entraînait le disque système. La panne la plus vicieuse dont je me souvienne c'est une barrette de mémoire : des paquets réseaux étaient perdus, le système de fichier se corrompait tout seul, la base de données des paquets s'était complètement corrompue pendant une mise à jour automatique, même vim ne pouvait plus être lancé (l'exécutable été mal lu en mémoire !) etc… Heureusement que j'avais un historique sur 6 mois pour les sauvegardes. J'ai eu aussi des dysfonctionnements de cartes mères, d'alimentations et de processeurs. C'est assez difficile à diagnostiquer si on n'a pas des pièces de rechange sous la main. Au final, parfois c'était plus simple de tout changer.
J'ai fini par utiliser un PC dédié basse consommation mais il restait les pannes des disques durs. Les disques durs sont de moins en moins fiables, c'est un vrai budget.
Maintenant, le serveur ne fait plus que routeur (modem en bridge toujours), serveur d'impression + photocopie avec le scanner à plat séparé, relais SSH vers l'intranet, DHCP+DNS. Il n'y a plus de disques durs, il démarre sur une clef USB et j'en ai préparé 2 pour qu'ils puissent la remplacer sans mon aide en cas de problème.
Je déconseille de faire de l'auto-hébergement avec serveur de fichiers à distance si on n'a personne de compétent sur site.
En ce qui concerne le stockage, je le fais à mon domicile à présent. J'ai 2,5To de données que j'ai réparti en 3 catégories. La première, ce sont les données qui changent peu et que je peux récupérer facilement : ce sont les ISOs, les films, la musique. Ça représente 2To. Je stocke cela sur un système de fichier dédié (pour limiter l'effet de la corruption d'un fs) sur un disque interne (en 10 ans j'ai appris que les boîtiers externes ne sont pas fiables) qui est branché 24h/24 sur mon PC personnel. J'effectue une sauvegarde manuelle (rsync) de temps en temps sans historique sur un disque dur externe qui me sert à balader mes données. CFV est lancé toutes les semaines par cron pour générer la liste des fichiers avec hash et détecter des corruptions. Cette liste est sauvegardée 5 fois avec historique.
La deuxième catégorie, ce sont les données qui changent peu mais que je ne peux pas récupérer facilement : 400Go de vidéos et photos de famille et fichiers personnels archivés. Ils sont sauvegardés 5 fois avec historique sur 6 mois (rdiff-backup) dont quatre fois automatiquement tous les jours dont 2 en datacenter (3 fois en local) à chaque fois sur un fs dédié. CFV tourne comme pour la première catégorie.
La dernière catégorie, ce sont les données qui changent beaucoup et que je ne peux pas récupérer facilement : le travail en cours en général. Ça représente 100Go max (il y a parfois des machines virtuelles dedans). Je sauvegarde cela comme la deuxième catégorie mais toutes les 30 minutes et avec un historique limité en espace disque. CFV tourne tous les jours.
Je change mon disque principal (3To actuellement) tous les 6 mois en moyenne. Souvent pour cause de panne (je fais fonctionner la garantie si possible) parfois par manque de place.
Ça peut sembler exagéré mais grâce à ça, je n'ai perdu aucune donnée complètement en 10 ans (évidemment la taille des données a augmentée et la méthode de sauvegarde a beaucoup changée). Par contre, mon budget dédié au stockage est de plus en plus élevé.
Une chose qui m'ennuie au plus haut point c'est que les secteurs défectueux sont rarement remplacés automatiquement par le firmware du disque parce que le système lit en général le secteur avant d'écrire et échoue donc sans écrire. Même dd ! Utiliser dd pour "réparer" un disque comme on le voit conseillé partout sur le Web, ça ne marche pas. En tout cas pas chez-moi. Personnellement, je lis le disque en entier avec dd if=/dev/sdX of=/dev/null conv=noerror, puis je récupère la liste des secteurs défectueux avec un dmesg|grep sector et j'écris sur chacun avec hdparm --write-sector XXXXXXX --yes-i-know-what-i-am-doing /dev/sdX, enfin je lance fsck -y /dev/sdXX sur tous les fs du disque après démontage. Tout ça dans un script et ça fonctionne ; mais c'est bien laborieux. Évidemment, des données sont perdues donc il faut utiliser les sauvegardes mais c'est moins long que d'envoyer le disque au SAV pour qu'il renvoie un autre disque réparé de la même façon.
Sinon, au niveau de la sécurité, on peut faire des erreurs aussi. Personnellement, je m'estime heureux, la seule chose qui m'est arrivée à ma connaissance, c'est de laisser l'accès à une grande partie des fichiers en lecture seule via SAMBA à tout internet pendant un mois. Plusieurs personnes ou robots ont exploré les fichiers mais vu la connexion pourrie à l'époque, ils n'ont rien téléchargé. Je m'en suis rendu compte grâce aux logs. C'est arrivé à cause d'un changement de règles sur le pare feu. J'ai oublié de remettre DROP par défaut et le SAMBA écoutait toutes les adresses et interfaces.