• [^] # Re: Compilation

    Posté par . En réponse au journal Actualité geek-féministe de l'été. Évalué à 2.

    Par contre, Jehane a mainte fois fait référence à mon sexe. N'est-ce pas une hiérarchisation?

    Non. La situation est une situation où il y a un groupe dominant et un groupe dominé. Pour discuter du sexisme, on est obligé de définir dans quel groupe appartient l'interlocuteur.
    Une personne appartenant au groupe dominant aura des comportements inconscients différents de celui du groupe des dominés.
    En cherchant très très rapidement, par exemple, j'ai vu que des études sociologiques de 1980 montraient que les hommes interrompaient très significativement plus souvent et plus facilement les femmes que les hommes (ou utilisaient plus souvent des stratégies d'imposition du silence), et que face à cela, les femmes répondaient plus souvent que les hommes par le silence (c-à-d finalement acceptaient plus facilement que leur interlocuteur ait le dernier mot). Et ce de manière inconsciente.

    (c'est un exemple pour illustrer à quel point le rôle social a une influence réelle mais pourtant invisible, je ne prétend pas que le phénomène dont parle cette expérience particulière est tjrs d'actualité, ni qu'il ne l'est plus d'ailleurs)

    (tu noteras le double effet inconscient: aussi bien chez les hommes que chez les femmes, ce qui rend peu pertinent selon moi tout les arguments du type "je connais une femme qui pense que ce n'est pas grave")

    Ainsi, par exemple, si lors d'un dialogue, qlq'un repère un tel comportement, c'est normal de le souligner et de dire "pour éviter que le débat soit biaisé, on n'autorise pas ce genre de comportement de la part du groupe dominant". Ce n'est pas en soi du sexisme.

    Le mansplaining est un comportement du même genre. Ce qui est critiqué dans le mansplaining, ce n'est pas que l'homme participe au débat, c'est que l'homme utilise une approche condescendante ("je vais t'expliquer pourquoi tu as tort", c'est condescendant, surtout quand on s'adresse à qlq'un qui a visiblement pas mal étudié le sujet).

    Bizarrement, elle sous-entend qu'une femme lui explique comment, quand et pourquoi être féministe, c'est acceptable.

    Oui, car la femme se trouve dans le même groupe social qu'elle.
    Il faut partir du point de vue que le débat est initialement biaisé, puisqu'on a un groupe dominant et un groupe dominé. Un rapport de force entre un dominant et un dominé n'a pas les mêmes implications sur le dialogue qu'un rapport de force entre deux dominants ou entre deux dominés.
    Par ailleurs, une femme condescendante avec une femme n'aura pas d'impact sur la classe sociale des femmes, ni sur la vision que la femme a d'elle-même ou sur la vision que l'homme a de la femme.

    Imagine la même phrase en inversant homme et femme, oh le soulèvement populaire des féministes…

    Ce qui est normal, car il y a une différence entre avoir un groupe dominant rejeter les décisions d'un groupe dominé (les gens disent alors qu'il s'agit d’assujettissement) et avoir un groupe dominé rejeter les décisions d'un groupe dominant (les gens disent alors qu'il s'agit d'émancipation).

    Ce qu'elle dit est sexiste et inacceptable.

    Ce n'est pas sexiste. Le fait de ne pas être sexisme n'est pas "être aveugle à l'existence de genre". C'est selon moi une vision très très naïve du sexisme, et contre-productive (pour rétablir l'équilibre, il faut abolir les privilèges des dominants et donc faire la distinction entre les dominants et les dominés).

    Je ne vois pas ce que vient faire la distinction "des dominants"

    C'est pourtant le point essentiel. Donner du pouvoir aux dominés, c'est rétablir l'équilibre. Donner du pouvoir aux dominants, c'est renforcer l'injustice.
    Hiérarchiser ces groupes en valorisant le groupe des dominés, c'est théoriquement une bonne chose (en pratique, la discrimination positive est plus délicate, car il produit d'autres impacts contre-productifs, comme par exemple renforcer l'idée inconsciente que les dominants sont plus capables)

    Je ne me considère pas dominant

    C'est également le cas des hommes qui ont participé à l'étude sur les conversations entre hommes et femmes. Pourtant, inconsciemment, ceux-ci se sont senti plus "menacés" lors qu'ils ont parlé avec des hommes que lorsqu'ils ont parlé avec des femmes.
    (de plus, dans cette expérience, le groupe des femmes avait également des comportements de dominés, indépendamment du groupe des hommes: même si les hommes ne l'ont pas voulu, ils sont quand même le groupe dominant).

    Par ailleurs, il n'est pas forcément question de l'individu en particulier. C'est avant tout une question de climat social, induit par la fréquence et la généralisation des situations où la classe des femmes est dévalorisée. Ce n'est pas parce qu'on n'est soi-même pas un dominant qu'on ne fait pas partie d'une classe dominante.

    Le fait que le groupe des hommes est une classe dominante, c'est le résultat d'études sociologiques utilisant une approche scientifique. Je pense que nier ça, c'est nier les faits.

    (j'ai répété certaines choses que j'ai déjà développé dans mon commentaire ci-dessous "Sexisme / discrimination vs. inégalité / distinction" )