J'ai lu la plupart des commentaires sur ce type de sujet, sur ce journal mais également dans d'autres.
Il y a un point qui revient souvent et sur lequel j'aimerais réagir (ce que je voudrais dire a parfois été sous-entendu dans la discussion, mais pas suffisamment à mon goût, je finis donc par céder à la tentation de participer au "débat enflammé").
Je vois souvent des commentaires soulignant, par exemple, l'inégalité dans laquelle se positionne certains alors qu'ils luttent contre la discrimination. Or, pour moi, il n'y a aucune contradiction à prôner une égalité des sexes tout en utilisant des moyens fonctionnant sur une différenciation du sexe (des motivations sensées de tels procédés ont d'ailleurs été données par Grunt).
En effet: le problème de discrimination n'est pas lié à une discrimination individuelle, mais à ses effets sur la société. Ce qui selon moi est très problématique avec la discrimination des femmes, ce sont les conséquences sociales:
1) une minorité masculine ET en position dominante voient leur a priori négatif sur la femme validé par un climat où elles sont dévalorisées. Ceci se passe souvent de manière inconsciente.
2) la population féminine accepte également inconsciemment ce climat, ce qui a des conséquences psychologiques (confiance en soi, …) et sociales (choix de carrière (pas forcément 100% lié à ça, mais en partie), …)
J'ai la flemme de chercher, mais il me semble que ces deux points sont acceptés en sociologie depuis un petit temps, et il y a donc sans doute moyen de trouver des articles scientifiques qui les quantifient.
Je ne dis pas non plus que 100% des femmes sont des victimes, je dis juste que c'est un effet psychologique réel (que celui qui n'a jamais été victime de l'effet de groupe me jette la première pierre).
Ces deux points ne sont possibles que lors des discriminations du groupe dominant vers le groupe dominé.
Psychologiquement, le fait de se faire discriminé par un dominé lorsqu'on est dans un groupe dominant a peu de conséquence: en général, le dominant se repose sur sa situation de dominant pour se dire "bah, qu'est-ce qu'il en sait, mes potes sont d'accord avec moi et on a un statut social plus important que lui".
Il y a aussi évident une différence de fréquence et de généralisation qui joue un grand rôle. Se faire dire pendant une semaine chaque jour par un individu différent (ayant de plus chaque fois un statut social dominant) qu'on est inférieur, ce n'est pas du tout équivalent de se faire dire ça une fois par semaine par un imbécile isolé.
Voilà pourquoi beaucoup de réactions me paraissent totalement à côté de la plaque. Quelques exemples commentés:
"Voyons voir: combien de cas de racisme anti-blanc les LICRA, SOS Racisme et autres champions de l'anti-racisme ont-ils soulevé?
Est-ce qu'on les entend quand une église ou un cimetière chrétien est profané?":
Est-ce que le racisme anti-blanc est à destination d'une communauté dominée ? Est-ce que la fréquence du racisme anti-blanc est suffisante pour avoir un impact sur la position sociale des blancs ? Est-ce que les blancs se sentent inférieurs ou mis à l'écart de la société à cause de ces actes ? Est-ce que les blancs sont ensuite victimes d'a priori négatif de la part de personne ayant un statut social plus élevé et qui ont été influencé inconsciemment par ces actes ?
"Tu penses réellement que "Debian-Women" ne fait pas de différentiation de genre" ou "je peux te trouver la même chose sur le "sexisme" des femmes envers les hommes":
le problème du sexisme n'est pas la séparation entre les hommes et les femmes, c'est le fait qu'un groupe dominant discrimine un groupe dominé. Quel est l'impact social sur le groupe des hommes lors de la création d'un club-de-femme ? Est-ce que les hommes se sentent exclus ou moins compétents ? Est-ce qu'une femme chef de groupe va donc choisir une autre femme plutôt qu'un homme sur un projet parce que le club-de-femme aura inconsciemment validé le fait que le secteur informatique est un monde principalement féminin ?
Inversement, oui, "bigboobs" valide l'idée inconsciente que le secteur informatique est un monde viril (bigboobs a une connotation sexuelle masculine (et pour peu que j'en sais, elle est d'ailleurs absente de l'imagerie lesbienne), donc, oui, c'est clairement un lien avec la virilité).
Pour moi, réduire le sexisme à "il faut que tout soit égal", c'est juste très très simpliste (même chose avec les noms de métier: le problème n'était pas le nom en soi, le problème est que les professions des classes dominantes étaient principalement masculins).
"Le "problème" est monté en épingle. une triste plaisanterie puérile" ou "D'une c'est anodin.":
les 2 points qui posent problèmes requièrent des discriminations diffuses anodines. Si la discrimination était plus violente, elles seraient dénoncées par la majorité, et ne valideraient donc plus l'inconscient de certains dominants. Si elle était plus violente, elle ne serait pas non plus acceptées par le groupe dominé. C'est justement parce que c'est fréquent et anodin que ça a des effets néfastes.
j'en oublie, j'ai lu les commentaires, mais j'ai la flemme de tout relire.
Bref, sorry pour la tartine, mais je pense que si on relit les problèmes à travers la définition du sexisme que je donne ici (avant tout une question de rapport dominant-dominé plutôt qu'une bête question d'égalité absolue sans réflexion derrière), les choses sont éclairées différemment, et je pense que ça valait le coup de faire connaître ce point de vue alternatif.
(Je me suis inscrit à l'occasion de ce commentaire. Cependant, je lis linuxfr et utilise linux depuis ~2001.)
# Sexisme / discrimination vs. inégalité / distinction
Posté par j-c_32 . En réponse au journal Actualité geek-féministe de l'été. Évalué à 7. Dernière modification le 19 août 2012 à 17:22.
J'ai lu la plupart des commentaires sur ce type de sujet, sur ce journal mais également dans d'autres.
Il y a un point qui revient souvent et sur lequel j'aimerais réagir (ce que je voudrais dire a parfois été sous-entendu dans la discussion, mais pas suffisamment à mon goût, je finis donc par céder à la tentation de participer au "débat enflammé").
Je vois souvent des commentaires soulignant, par exemple, l'inégalité dans laquelle se positionne certains alors qu'ils luttent contre la discrimination. Or, pour moi, il n'y a aucune contradiction à prôner une égalité des sexes tout en utilisant des moyens fonctionnant sur une différenciation du sexe (des motivations sensées de tels procédés ont d'ailleurs été données par Grunt).
En effet: le problème de discrimination n'est pas lié à une discrimination individuelle, mais à ses effets sur la société. Ce qui selon moi est très problématique avec la discrimination des femmes, ce sont les conséquences sociales:
1) une minorité masculine ET en position dominante voient leur a priori négatif sur la femme validé par un climat où elles sont dévalorisées. Ceci se passe souvent de manière inconsciente.
2) la population féminine accepte également inconsciemment ce climat, ce qui a des conséquences psychologiques (confiance en soi, …) et sociales (choix de carrière (pas forcément 100% lié à ça, mais en partie), …)
J'ai la flemme de chercher, mais il me semble que ces deux points sont acceptés en sociologie depuis un petit temps, et il y a donc sans doute moyen de trouver des articles scientifiques qui les quantifient.
Je ne dis pas non plus que 100% des femmes sont des victimes, je dis juste que c'est un effet psychologique réel (que celui qui n'a jamais été victime de l'effet de groupe me jette la première pierre).
Ces deux points ne sont possibles que lors des discriminations du groupe dominant vers le groupe dominé.
Psychologiquement, le fait de se faire discriminé par un dominé lorsqu'on est dans un groupe dominant a peu de conséquence: en général, le dominant se repose sur sa situation de dominant pour se dire "bah, qu'est-ce qu'il en sait, mes potes sont d'accord avec moi et on a un statut social plus important que lui".
Il y a aussi évident une différence de fréquence et de généralisation qui joue un grand rôle. Se faire dire pendant une semaine chaque jour par un individu différent (ayant de plus chaque fois un statut social dominant) qu'on est inférieur, ce n'est pas du tout équivalent de se faire dire ça une fois par semaine par un imbécile isolé.
Voilà pourquoi beaucoup de réactions me paraissent totalement à côté de la plaque. Quelques exemples commentés:
"Voyons voir: combien de cas de racisme anti-blanc les LICRA, SOS Racisme et autres champions de l'anti-racisme ont-ils soulevé?
Est-ce qu'on les entend quand une église ou un cimetière chrétien est profané?":
Est-ce que le racisme anti-blanc est à destination d'une communauté dominée ? Est-ce que la fréquence du racisme anti-blanc est suffisante pour avoir un impact sur la position sociale des blancs ? Est-ce que les blancs se sentent inférieurs ou mis à l'écart de la société à cause de ces actes ? Est-ce que les blancs sont ensuite victimes d'a priori négatif de la part de personne ayant un statut social plus élevé et qui ont été influencé inconsciemment par ces actes ?
"Tu penses réellement que "Debian-Women" ne fait pas de différentiation de genre" ou "je peux te trouver la même chose sur le "sexisme" des femmes envers les hommes":
le problème du sexisme n'est pas la séparation entre les hommes et les femmes, c'est le fait qu'un groupe dominant discrimine un groupe dominé. Quel est l'impact social sur le groupe des hommes lors de la création d'un club-de-femme ? Est-ce que les hommes se sentent exclus ou moins compétents ? Est-ce qu'une femme chef de groupe va donc choisir une autre femme plutôt qu'un homme sur un projet parce que le club-de-femme aura inconsciemment validé le fait que le secteur informatique est un monde principalement féminin ?
Inversement, oui, "bigboobs" valide l'idée inconsciente que le secteur informatique est un monde viril (bigboobs a une connotation sexuelle masculine (et pour peu que j'en sais, elle est d'ailleurs absente de l'imagerie lesbienne), donc, oui, c'est clairement un lien avec la virilité).
Pour moi, réduire le sexisme à "il faut que tout soit égal", c'est juste très très simpliste (même chose avec les noms de métier: le problème n'était pas le nom en soi, le problème est que les professions des classes dominantes étaient principalement masculins).
"Le "problème" est monté en épingle. une triste plaisanterie puérile" ou "D'une c'est anodin.":
les 2 points qui posent problèmes requièrent des discriminations diffuses anodines. Si la discrimination était plus violente, elles seraient dénoncées par la majorité, et ne valideraient donc plus l'inconscient de certains dominants. Si elle était plus violente, elle ne serait pas non plus acceptées par le groupe dominé. C'est justement parce que c'est fréquent et anodin que ça a des effets néfastes.
j'en oublie, j'ai lu les commentaires, mais j'ai la flemme de tout relire.
Bref, sorry pour la tartine, mais je pense que si on relit les problèmes à travers la définition du sexisme que je donne ici (avant tout une question de rapport dominant-dominé plutôt qu'une bête question d'égalité absolue sans réflexion derrière), les choses sont éclairées différemment, et je pense que ça valait le coup de faire connaître ce point de vue alternatif.
(Je me suis inscrit à l'occasion de ce commentaire. Cependant, je lis linuxfr et utilise linux depuis ~2001.)