• [^] # Re: Remarque d'un joueur

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Warsow, le pragmatisme versus la liberté. Évalué à 3. Dernière modification le 20 août 2012 à 20:53.

    Après, tu le soulignes très bien, parfois, les remixeurs ne demandent pas l'autorisation, et font ce qu'ils font quand même. Et dans la majorité des cas, l'auteur ne poursuivra pas en justice, et tout le monde est content. Réduire la culture illégale n'est pas un mal, mais son existence est tolérable.

    Le libre a justement été inventé pour empêcher ce flou juridique inconfortable.
    L'artiste donne explicitement les droits, d'avance, ce qui fait que le consentement est garanti, et la traçabilité de la ressource est rendue beaucoup plus facile.

    Dans divers milieux artistiques numériques, j'ai souvent trouvé qu'il y régnait une ambiance bizarre, ambiance que l'on retrouve dans le mapping.
    On ne sait pas d'où proviennent vraiment les textures, on a des gars qui fournissent des packs de textures avec un commentaire très flou genre "servez-vous ;-) ;-)", pareil pour certains modèles. Au final on a même des gens qui publient sous Creative Commons, mais en fait, on ne sait même pas s'ils en ont le droit. Par exemple, récemment le projet tremulous a lancé un travail de fond pour remplacer les sons… Il est apparu que certains sons proviennent d'un « CD qu'un gars à reçu un jour ».

    On retrouve cette même ambiance partout, parmi les musiciens avec les samples, les illustrateurs qui cherchent leurs photos sur Google Image, des professionnels du sons qui vont chercher leurs bruitages sur des soundbank en ligne comme celle-ci. Le problème c'est que ces méthodes ne sont pas légales ! Un site comme celui que j'ai cité est inutilisable : on ne sait pas ce qu'on a le droit de faire avec ces ressources, et dans le domaine du droit d'auteur, ça signifie qu'on n'a rien le droit de faire ! Les artistes ont pris la fâcheuse habitude de considérer que tout est dans le domaine publique quand il s'agit de se fournir en ressource (mais c'est l'inverse quand il s'agit de voir son travail réutilisé). On a des gens qui font des pack de soundfont à partir de soundfont trouvées sur le net (mais qui restreindront ensuite l'usage de leur travail de catalogage). On vit dans un bisounoursland où la rêgle est "tant qu'on peut pas savoir, tu peux prendre" ou "tant qu'on t'embête pas tu peux prendre". Le libre a résolu tout ces problèmes : chaque ressource vient avec son contrat d'utilisation, l'artiste sait exactement ce qu'il peut faire, il est donc pleinement libre !

    C'est un peu la question du passage de l'adolescence à l'âge adulte.
    L'adolescent dit "oui mais tu peux pas comprendre", "te prends pas la tête", "ahah je vais pas faire comme les darons", "oah les lois c'est un truc de vieux".
    Donc on a des gens qui disent "oui mais bon, c'est pas pareil [que le logiciel]", "nan mais je vais pas me prendre la tête avec des licences, fait ce que tu veux", "pfff, le libre c'est pour les intellos, moi je veux juste me faire plaisir en faisant des textures".

    Alors je ne dis pas que les mappeurs de Warsow sont des ados… je ne les connais pas du tout, je ne peux pas les juger.

    Simplement ton commentaire me fait bondir :

    parfois, les remixeurs ne demandent pas l'autorisation, et font ce qu'ils font quand même. Et dans la majorité des cas, l'auteur ne poursuivra pas en justice, et tout le monde est content. Réduire la culture illégale n'est pas un mal, mais son existence est tolérable.

    Cette idée qu'on n'a pas besoin de la loi tant qu'on ne nous embête pas. La loi n'est pas fondamentalement contre l'homme, elle est écrite par l'homme pour servir l'homme. Alors parfois on se rend compte que la loi n'est pas pratique (copyright strict) alors on la surcharge (copyright strict + autorisation prédisposées = libre).

    Dans l'exemple du remixeur, si l'auteur avait publié sous licence libre, le remixeur aurait fait le même boulot, et ce n'est pas une question de majorité des cas, dans tous les cas l'auteur ne poursuivra pas en justice, et dans tout les cas le monde est content. Il ne s'agit pas de tolérer l'illégalité, il s'agit de faire en sorte que l'inégalité n'existe pas, qu'on n'ai pas besoin de la tolérer.

    Par exemple, personnellement je diffuse mes photos en CC-By, je ne fais pas ça pour moi, je fais ça pour ceux à qui je donne mes photos, je n'ai aucun contrôle sur le fait que mes photos sortent du cadre privé de la famille-toussa, par contre j'ai un contrôle total pour que si un jour ces photos sortent du cadre privé de la famille-toussa, le gars que je ne connais pas à l'heure que je ne connais pas ne sera pas dans l'illégalité. Donner une telle chance, c'est pas dur !

    Les méchants intermédiaires ont quand même le mérite de financer la promo d'artistes […] On peut faire des meilleurs majors, on peut aménager plein de choses pour que l'intermédiaire ne soit pas si fort comme pour la grande distribution. Ça passe par une volonté politique entre autres. Je pense en tout cas qu'ils répondent à un besoin.

    Concernant les majors, il y a deux débats :

    • la sélection et la discrimination (pas dans un sens péjoratif), le besoin que l'homme a d'avoir des discriminants, l'homme a besoin que des gens autour de lui fassent le tri. Personne ne peux écouter la totalité de la musique produite dans le monde pour se faire une idée, donc on a besoin de systèmes de réputation, des classifications par type, etc. pour proposer à l'homme une vue restreinte du choix global, pour que ce choix soit accessible à sa capacité. Ça c'est un vaste débat, et trop long pour l'aborder ici.

    • les comportements des majors actuelles. Je parlais plus haut de la situation d'insécurité juridique concernant la réutilisation d'œuvres trouvées « on ne sait pas comment », beaucoup de majors et autres acteurs majeurs de l'art aujourd'hui fonctionnent comme des mafias qui profitent de cette insécurité juridique. Beaucoup de professionnels du son ne se soucient pas du tout de savoir s'ils ont le droit de diffuser telle ou telle musique parce qu'ils ont payé leur taxe à la SACEM, même quand la SACEM ne gère pas les droits de l'œuvre qu'ils diffusent. D'une certaine manière, puisqu'on est en bon terme avec la SACEM alors on peut faire ce qu'on veut, et de l'autre sens, puisqu'on n'a pas les moyens de vérifier tous les droits de nos morceaux, il vaut mieux s'entendre avec la SACEM, qui devient un parrain. Une société comme la SACEM ne peut exister que parce que les artistes cèdent leur gestion du droit d'auteur et abdiquent de leur capacité de définir les droits sur leurs œuvres.

    La majorité de l'art "underground" fonctionne sur le même principe, mais sans parrains. Dans ce cas, le protecteur n'est pas le parrain, mais la situation parallèle qui permet de se cacher des parrains.

    L'art libre n'a pas de parrain, et n'a pas besoin de parrain, et n'a pas besoin de se cacher. Le logiciel libre a permit de mettre sur un même pied d'égalité le hackeur fou et l'industriel. Le développeur de gadgets en freeware a pu proposer dans un même dépôt son logiciel, à coté d'un gros industriel. Les artistes informatiques sont devenus matures, ça donne le pojet GNU, le projet Debian… À l'origine c'était des trucs de barbus ou d'étudiants. Quand est-ce qu'on verra la même chose avec le graphisme, la musique ? Aujourd'hui, un étudiant en musique travaille dans l'illégalité jusqu'à ce qu'il cotise auprès d'un parrain mafieux (SACEM).

    Donc bon, ce commentaire n'est pas une réponse directe à la volonté des artistes de Warsow que je ne connais pas, mais à ton commentaire Réduire la culture illégale n'est pas un mal, mais son existence est tolérable. qui me fait bondir, parce que cette culture illégale, il n'y a pas besoin de la tolérer, grâce aux licences libres, c'est vraiment très très très facile pour quelqu'un de glisser une licence CC-By à coté de son travail, pas besoin de faire prendre aux repreneurs le risque de l'illégalité.

    Après, avis personnel, je suppose que ce qui amène les artistes de Warsow de ne pas mettre leur travail sous licence libre, c'est bien parce que le libre n'est pas vraiment une culture reconnue dans le milieu du graphisme, du modèle 3D, du bruitage etc. Ainsi, même en étant des gars adultes et très sérieux, bah ils restent très inspirés par l'argumentaire adolescent "boah, le libre c'est un truc de darons, tant que t'embête personne ça va", et ce malgré eux.

    J'avais essayé de me mettre au mapping à l'époque de la sortie de Tremulous 1.1 en 2006, et j'avais pas réussi à garantir la légalité de mes ressources et j'ai abandonné, il régnait une ambiance très sympa, conviviale, technique et tout, mais personne ne se posait vraiment la question de la légalité : les uns répondaient aux autres « utilise les textures d'untel », chaque map venait avec ses textures et sons, pour pouvoir relicencier tout l'ensemble et ne pas avoir à se soucier d'utiliser une ressource extérieur qu'on ne pouvait pas relicencier en douce. À coté, l'équipe de Xonotic fait très bien la chose, ils proposent un paquet netradiant avec un paquet de ressources officielles et licenciées, je sais que si je voulais mapper pour Xonotic, je pourrais le faire en toute légalité.

    Les gars de Warsow ont l'air très organisés, ça se voit à la manière d'organiser leur .pk3, c'est du travail très sérieux ! Ils pourraient faire la même chose que l'équipe de Xonotic, mais ne le font pas. Tout le travail d'organisation des ressources est fait, il ne reste plus qu'à placer une licence libre dessus et ça devient royal pour mapper librement pour Warsow. Sauf que l'équipe de Warsow ne le fait pas et empêche donc grandement le mapping, c'est leur droit.

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