• [^] # Re: C'est quoi le but de ce journal ?

    Posté par . En réponse au journal Warsow, le pragmatisme versus la liberté. Évalué à 4.

    Bon je vais te donner un exemple débile, qui n'utilise pas la notion d'artwork, ni même de logiciel. Il y a longtemps, je voulais faire un « roman web ». Le concept était très con :

    1. Le roman est divisé en plusieurs parties.
    2. N'importe qui peut rajouter des parties à l'histoire. Elles peuvent même contredire la chronologie du site principal1.
    3. Chaque partie est divisée en chapitres. Idéalement, il faudrait relativement peu de parties.
    4. Les chapitres à l'intérieur d'une partie peuvent être lus indépendamment des autres, sans que cela ne nuise à la cohérence du roman complet. Il peut y avoir autant de chapitres qu'on veut.
    5. N'importe qui peut rajouter des chapitres, dans n'importe quelle partie. À charge de l'écrivain de vouloir respecter la cohérence des chapitres, car les chapitres sont censés être indépendants les uns des autres (car se situant dans la même période temporelle).
    6. Je fournis les « briques de base » : une trame initiale qui permet de « justifier » pourquoi lire les chapitres dans un ordre arbitraire/aléatoire n'empêche pas l'histoire globale de progresser; les personnages principaux, dont je fournis pour chacun un à trois traits de caractères immuables (c'est dans ce « immuable » que mon concept n'est pas celui d'une œuvre « libre », au sens logiciel libre).
    7. N'importe qui peut reprendre les personnages et étendre l'univers, tant qu'on respecte les traits de caractère des persos.
    8. N'importe qui peut rajouter des personnages, et si les personnages sont destinés à être « importants », alors on peut aussi leur rajouter des traits « immuables » (trois max). Bien entendu, on peut aussi simplement « donner » les persos à la communauté (sans rien imposer dessus).

    Bref, mon idée était de proposer une histoire de base, avec quelques « chapitres simultanés » par partie du roman. L'idée était que, à mesure que l'univers s'étoffait, différentes personnes allaient avoir différentes expériences pour un même ensemble d'histoires.

    Cependant, j'avais une vision très particulière pour certains personnages, et il était hors de question de laisser quelqu'un « pervertir » leur essence23. D'où l'idée de définir quelque part les trois caractéristiques qui les définissent : tant qu'on restait dans ces limites, je me fichais qu'on leur fasse vivre d'autres aventures, etc. Dans le même temps, j'estimais que je laissais énormément de liberté aux autres auteurs éventuels s'ils voulaient participer et réutiliser ces persos.

    Tout ça pour dire quoi ? Tout simplement que malgré ce que j'estime être un environnement de travail très flexible, le résultat n'aurait pas été libre au sens des libertés telles que définies pour le logiciel libre. Et que c'est quelque part tout à fait normal. De la même façon que, pour des raisons de « libertés » justement, si j'avais pas eu une forêt de baobabs dans la main et que j'avais effectivement continué d'écrire mon machin, et qu'il avait eu du succès, ben il aurait peut-être fallu déposer les noms des persos, etc., pour garantir le droit d'auteur et/ou le copyright d'une manière ou d'une autre (pas pour de basses raisons commerciales, mais bien pour garantir que personne n'essaierait de profiter du travail accompli et « fermer » l'œuvre en déposant les noms des persos/romans/histoires/blah pour lui/elle-même).

    Mais ce manque de « liberté » est ce qui, selon moi, aurait garanti une certaine cohérence « artistique ».

    [1] Après tout, Marvel, DC, etc. ne se gênent pas pour avoir des mondes alternatifs, des « What if … ? » etc.
    [2] Par exemple, la façon dont Phelps est décrit dans le film « Mission: Impossible » est tout à fait incohérente et irrespectueuse des deux séries originales. B. de Palma avait simplement gardé le nom, mais l'avait vidé de tout concept, ce qui m'avait pas mal énervé à l'époque. Il l'aurait appelé différemment, j'aurais sans doute bien plus apprécié le film.
    [3] Autre exemple : j'ai récemment acheté une BD, « Grifter ». Le héros original apparaît dans la publications Image/Wildstorm « Wild C.A.T.s ». Il a une origine, un look, un comportement, etc., précis. Il y a quelques années, DC comics a racheté Wildstorm, et depuis ~4 ans, ils intègrent les personnages dans leur univers classique (i.e. Batman, Superman, etc.). Le Grifter qu'ils proposent dans cette BD conserve son look, continue d'avoir pour ennemi des aliens appelés « daemonites », mais sinon, son origine, son comportement, les personnages qui lui tournent autour, etc. n'ont rien à voir avec l'original. Et du coup on perd énormément.