• [^] # Re: Définition de l'obsolescence programmée

    Posté par . En réponse au journal Obsolescence programmé = FOUTAISE. Évalué à 7.

    Mais je t'assure que ton biscuit ne s'autodétruit pas 1 heure après l'ouverture du paquet, ce n'est donc pas un cas obsolescence programmée :)

    Je crois que tu prends le terme "obsolescence programmée" trop au pied de la lettre, et je pense aussi que c'est ça le principal point de malentendu dans ce débat.

    Quand on dit "obsolescence programmée" on ne parle pas d'un grand méchant complot des industriels contre les consommateurs, mais simplement d'une tendance générale. "Obsolescence" ne doit pas se comprendre comme "destruction" (sans quoi "obsolescence programmée" serait synonyme de "sabotage", ce qui n'a rien à voir), mais plutôt comme "vieillissement artificiel aux yeux du consommateur" (ou obsolescence, en fait : le fait que quelque chose devienne obsolète, le terme est bien choisi finalement, je ne vois pas quel problème tu as avec ce mot…).
    "Programmée" ne doit pas se comprendre comme "volontaire", ni même comme "consciente". L'abeille est programmée pour concevoir des alvéoles, il n'y a pourtant pas là de mécanisme conscient, ce n'est que la résultante d'un système (l'évolution) qui va dans un sens particulier.

    L'obsolescence programmée n'est pas une théorie du complot, c'est juste le constat d'une tendance. Mais dire que tout le monde est conscient de participer à cette tendance, ce serait comme dire que les développeurs de logiciels propriétaires cachent leur code par pure malveillance. Pour continuer dans la comparaison avec l'évolution, ce serait comme dire que si les cactus ont des épines, c'est parce que quelqu'un a voulu qu'ils soient en mesure de se défendre : non, c'est uniquement quelque chose qui s'est mis en place naturellement, étape par étape, une adaptation nécessaire à l'environnement, mais certainement pas consciente.
    Quand Apple change les vis standard par des vis en trèfle dans ses produits, mais les décisionnaire d'Apple ne se sont pas dit : "gnierk gnierk, on va faire de l'obsolescence programmée", mais plutôt "nous voulons que nos utilisateurs aient la meilleure expérience possible, donc nous gardons le plus possible la main sur nos produits". Pourtant, c'est de l'obsolescence programmée. Les gens qui dénoncent l'obsolescence programmée s'attachent aux faits, aux conséquences, pas aux motivations.

    La société dans laquelle nous vivons est extrêmement complexe, et les mécanismes anti-économiques ne se mettent pas en place délibérément, mais simplement parce que c'est comme cela que la société survit à un système dont les bases sont bancales.
    Au fur et à mesure que l'humanité progresse, il faut de moins en moins de travail pour subvenir aux besoins de toute la société : quand seule une partie de la population est capable de produire suffisamment pour subvenir aux besoins de toute la population, la conséquence naturelle est l'apparition du chômage. Certaines personnes ne travaillent plus. Or, à la base de notre système, il y a l'association du fait de travailler avec la capacité d'accéder aux richesses créées et donc subvenir à ses besoins.
    Et plutôt que de remettre en cause cet axiome (trop profondément ancré dans la société, pour des raisons culturelles), on va chercher à remettre en cause les conséquences naturelles de l'économie : chômage, progrès, consommation raisonnable. On va donc tenter de sauver des emplois, ralentir le progrès d'une façon ou d'une autre, et pousser à une consommation déraisonnable, voire au gaspillage.
    Mais je le répète, tout ça n'est qu'une réaction du système, pas un ensemble de décisions délibérées et conscientes. Un peu comme dans le film "Cube", où
    [SPOILER ALERT]
    l'un des protagonistes découvre que son métier consistait à concevoir certaines pièces (les portes) de la machine infernale dans laquelle il est enfermé, et qu'il ne l'a jamais su. Il va ainsi affirmer : "Si l'on sépare bien les secteurs d'activité, la main gauche ignore ce que fait la main droite, et personne ne rencontre jamais le cerveau." et "C'est un peu difficile à admettre, mais il n'y a pas de conspiration, et pas de cerveau de démoniaque. Il s'agit d'une erreur."
    [/SPOILER ALERT]

    Bref, le système est énorme, et il faut prendre beaucoup de recul pour voir des choses comme l'obsolescence programmée ou le gaspillage à vaste échelle, parce que au niveau de l'individu, ces mécanismes n'existent pas : c'est une tendance globale qu'on déduit de l'observation de petits phénomènes, pas forcément alarmants en tant que tels. D'ailleurs quand tu critiques le comportement des utilisateurs, dans ton journal, c'est ce que tu fais : tu observes un petit phénomène participant au système d'obsolescence programmée. Ton erreur est juste de croire que tes détracteurs voient une grande conspiration alors qu'il n'y en a pas. Les industriels ne se sont pas mis tous d'accord pour faire la même connerie : ils ne font que suivre des mécanismes, rien d'autre.