Tu poses là des questions complexes, dans le sens où on arrive à des domaines tellement abstraits et philosophiques qu’il y a à peu près autant d’opinions que de personnes. Essayons quand même.
La réponse simple, déjà, est que la plupart des libéraux sont avant tout… démocrates. Si l’assemblée nationale vote des lois socialistes, alors la réponse est juste de gagner l’assemblée nationale pour les abroger, pas de faire une VIe république qui graverait le libéralisme dans la constitution. Dire que les libéraux seraient nécessairement anti-parlementaires parce que une AN peut être majoritairement socialiste, c’est comme dire que les socialistes seraient nécessairement anti-parlementaires parce qu’une AN peut être majoritairement libérale. Ça marche pour la plupart des courants politiques en fait. Même s’il y a toujours une tension entre l’acceptation du résultat de la démocratie et la protection constitutionnelle de valeurs fondamentales. Note que ce n’est pas spécifique au libéralisme : la plupart des socialistes acceptent certaines protections contre l’arbitraire d’essence plutôt libérale, et les libéraux acceptent par exemple que le principe de l’impôt soit fixé constitutionnellement. Grosso modo, l’équilibre actuel est à peu près accepté par la majorité, même si dans chaque camp tu en trouveras quelques uns qui pensent que ça ne va pas assez loin (des socialistes qui aimeraient plus de « droits à », des libéraux qui aimeraient plus de garanties notamment contre une fiscalité trop importante…). Mais encore une fois, la question de l’étendue des garanties constitutionnelles opposée au degré de liberté du choix démocratique n’est pas vraiment spécifique au libéralisme.
Pareil pour le droit naturel, pour la plupart des libéraux c’est ce qui doit guider la recherche d’un droit compatible avec le libéralisme, pour les libéraux démocrates (l’écrasante majorité), ça signifie donc que le droit naturel c’est ce que les libéraux doivent défendre à l’AN, pas ce qu’on doit graver dans le marbre dans la constitution (après encore une fois il y a toujours la tension étendue de la démocratie/protections constitutionnelles).
Pour ce qu’est le droit naturel en lui-même, ce n’est pas que le droit naturel en lui-même est flou, c’est surtout que le terme est utilisé par des courants philosophiques différents, plus ou moins (in)compatibles, et même pas toujours d’accord sur les conclusions. Par contre, chacun de ces courants est assez bien défini. Si tu veux un topo très très rapide :
certains appellent le droit naturel un ensemble de droits déduits d’une réflexion philosophique sur la nature humaine (l’homme est un animal social, qui cherche à maximiser son bien être, doué de raison…) (exemple : Rothbard)
certains appellent le droit naturel tout système juridique qui repose sur la jurisprudence et la tradition plutôt que sur la législation (Hayek, même s’il n’utilise jamais le terme « droit naturel ». Patrick Simon a repris la pensée de Hayek sur ce sujet et a remis le terme droit naturel dessus)
certains font remarquer que des systèmes juridiques essentiellement jurisprudentiels ont existé, et qu’on peut appeler droit naturel les traditions juridiques qui en sont sorti.
Si tu veux les points d’accord entre tous ces courants, c’est, grosso-modo :
- la nature humaine existe
- cette nature humaine suit un certain nombre de lois naturelles (dans le même sens que la loi de la gravitation, pas dans de sens de loi « tu ne tueras point »). Certains comme moi te diront que la science économique est l’étude des lois naturelles relativement à la nature humaine, au même titre que la physique étudie les lois naturelles des objets inanimés, mais ce n’est pas un point de vue très répandu ;)
- il existe un ensemble de droits plus conformes à cette loi naturelle que d’autres. Les droits les plus « optimaux » en regard de la loi naturelle sont appelés droits naturels
- point de désaccord : les droits naturels sont-ils totalitaires ou non ? autrement dit, toute question juridique a-t-elle une réponse dans le cadre du droit naturel, ou le droit naturel est-il « muet » ou « indifférent » sur certaines questions, donnant une certaine latitude au droit positif
- point de désaccord : quelle est la meilleure méthode pour découvrir ce droit naturel ? par un système jurisprudentiel, au jour le jour ? par essais/erreurs ? par la réflexion de quelques philosophes ? par le débat et la contradiction/concertation dans une assemblée législative ?
[^] # Re: libertarien ??
Posté par Moonz . En réponse au journal 0,76% de moyenne nationale pour le parti pirate, déception. Évalué à 2.
Tu poses là des questions complexes, dans le sens où on arrive à des domaines tellement abstraits et philosophiques qu’il y a à peu près autant d’opinions que de personnes. Essayons quand même.
La réponse simple, déjà, est que la plupart des libéraux sont avant tout… démocrates. Si l’assemblée nationale vote des lois socialistes, alors la réponse est juste de gagner l’assemblée nationale pour les abroger, pas de faire une VIe république qui graverait le libéralisme dans la constitution. Dire que les libéraux seraient nécessairement anti-parlementaires parce que une AN peut être majoritairement socialiste, c’est comme dire que les socialistes seraient nécessairement anti-parlementaires parce qu’une AN peut être majoritairement libérale. Ça marche pour la plupart des courants politiques en fait. Même s’il y a toujours une tension entre l’acceptation du résultat de la démocratie et la protection constitutionnelle de valeurs fondamentales. Note que ce n’est pas spécifique au libéralisme : la plupart des socialistes acceptent certaines protections contre l’arbitraire d’essence plutôt libérale, et les libéraux acceptent par exemple que le principe de l’impôt soit fixé constitutionnellement. Grosso modo, l’équilibre actuel est à peu près accepté par la majorité, même si dans chaque camp tu en trouveras quelques uns qui pensent que ça ne va pas assez loin (des socialistes qui aimeraient plus de « droits à », des libéraux qui aimeraient plus de garanties notamment contre une fiscalité trop importante…). Mais encore une fois, la question de l’étendue des garanties constitutionnelles opposée au degré de liberté du choix démocratique n’est pas vraiment spécifique au libéralisme.
Pareil pour le droit naturel, pour la plupart des libéraux c’est ce qui doit guider la recherche d’un droit compatible avec le libéralisme, pour les libéraux démocrates (l’écrasante majorité), ça signifie donc que le droit naturel c’est ce que les libéraux doivent défendre à l’AN, pas ce qu’on doit graver dans le marbre dans la constitution (après encore une fois il y a toujours la tension étendue de la démocratie/protections constitutionnelles).
Pour ce qu’est le droit naturel en lui-même, ce n’est pas que le droit naturel en lui-même est flou, c’est surtout que le terme est utilisé par des courants philosophiques différents, plus ou moins (in)compatibles, et même pas toujours d’accord sur les conclusions. Par contre, chacun de ces courants est assez bien défini. Si tu veux un topo très très rapide :
Si tu veux les points d’accord entre tous ces courants, c’est, grosso-modo :
- la nature humaine existe
- cette nature humaine suit un certain nombre de lois naturelles (dans le même sens que la loi de la gravitation, pas dans de sens de loi « tu ne tueras point »). Certains comme moi te diront que la science économique est l’étude des lois naturelles relativement à la nature humaine, au même titre que la physique étudie les lois naturelles des objets inanimés, mais ce n’est pas un point de vue très répandu ;)
- il existe un ensemble de droits plus conformes à cette loi naturelle que d’autres. Les droits les plus « optimaux » en regard de la loi naturelle sont appelés droits naturels
- point de désaccord : les droits naturels sont-ils totalitaires ou non ? autrement dit, toute question juridique a-t-elle une réponse dans le cadre du droit naturel, ou le droit naturel est-il « muet » ou « indifférent » sur certaines questions, donnant une certaine latitude au droit positif
- point de désaccord : quelle est la meilleure méthode pour découvrir ce droit naturel ? par un système jurisprudentiel, au jour le jour ? par essais/erreurs ? par la réflexion de quelques philosophes ? par le débat et la contradiction/concertation dans une assemblée législative ?