Le Parti Pirate devrait accepter son orientation de gauche libertarienne
(si, ça existe, c'est nous, pire que des libéraux, des libertariens, mais
de gauche, car nous refusons de laisser crever notre voisin dans
l'indifférence générale)
Heu… Ca c'est clairement un point d'achoppement. La doctrine libertarienne ne peut pas être de gauche. C'est du libéralisme poussé à l'extrême.
Comment concilier ce libertarianisme avec certaines revendications poussant au contraire à ce que ce soit l'Etat le garant de nos libertés ? Nous vivons dans le pays des Droits de l'Homme et (donc) du Citoyen, et ce que pour moi est le Parti Pirate, c'est un rappel à ces principes fondamentaux, garantis par l'Etat, notamment dans le contexte de l'ère numérique dans laquelle nous vivons. poru moi, le Parti Pirate est avant tout la revendication pour un Etat plus interventionniste au nom des libertés fondamentales du citoyen. C'est une démarche civique, qui défend le bien commun, pas une démarche pro-individualiste (qui pense que le commun ne serait que la somme des individualités).
Il y a plusieurs critiques que j'adresserais au PP France sur la campagne des législatives 2012, à partir de mon expérience personnelle (donc toute relative). Je précise tout de suite qu'il y a beaucoup de points positifs, déjà énoncés ici. Mais dans la négativité que l'on prend conscience de soi, comme on dit :)
trivial : les références sans cesse répétées aux partis pirates allemand et suedois etc. Alors ca passe pas du tout : on est là pour construire un PP français, pas calquer un modèle germaniste/nordiste dans des circonscriptions qui ne collent pas avec (qu'est ce que ca donne à Marseille? En Alsace par contre ca peut à peu près marcher (je dis ca parce que j'y habite).
manque de maturité politique. Bon, c'était évident, la jeunesse (au sens de nouveauté) du parti etc. Mais il y a un point que je n'ai pas compris dans les problématiques. Nous vivons des temps de crise économique, on débloque des milliards d'euros pour "sauver les banques" de leur propre connerie. Mais dites moi : les flux financiers, la rapidité des échanges mondiaux, la logique boursière… depuis les téléscripteurs de Wall Street des années 1920 jusqu'à nos ordinateurs surpuissants en réseau (le seul vrai "second Internet" : une puissance dangereuse au-delà des Etats) d'aujourd'hui : n'est ce pas uniquement du numérique ? Je n'ai pas (bien) entendu le Parti Pirate prendre position là dessus : pourtant c'est bien en substance cette puissance numérique qui fait de la finance une contre-puissance sociale, non ? Le traitement informatique des capitaux financiers ne devrait-il pas être lui-même sujet à une surveillance sociétale ? Ne manque-t-il pas un wikileaks de la finance ? Et sans vouloir jeter de l'huile : le traitement des fonds (publics) européens devrait à mon sens lui aussi être sujet à réflexion. Tout cela entre dans le soucis de transparence prôné par le Parti Pirate mais cette transparence c'est à l'Etat de l'exiger en tant que garant des libertés. J'ai trouvé qu ecette problématique n'a pas été assez visible dans le Parti Pirate pour cette campagne des législatives et pourtant elle aurait été vraiment porteuse. donc leçon à tirer pour la prochaine fois : ne pas seulement penser à des revendications identitaires pour le parti mais aussi à des réflexion plus larges : partir du général pour arriver à positionner la défense des droits et des libertés que promeut le parti pirate. Il y aurait eu des voix électorales là-dessus (mais peut-être que je me trompe dans l'idée que je me fais du champ politique du PP).
sur le droit d'auteur, j'ai été assez déçu. Défendre la liberté de partager des oeuvres, c'est bien. Proposer un nouveau modèle, c'est mieux. A partir de là, il y a bel et bien eu des réflexions sur le droit d'auteur, sur la licence globale, sur Hadopi, sur ACTA, etc… Mais finalement, on parle de quoi? du partage. Et n'est-ce pas une valeur perdue aujourd'hui? Pourquoi ne pas avoir transcendé cette notion de partage au delà du seul échange de fichiers d'oeuvres musicales/cinématographiques/artistiques? Les réflexions autour de moi n'ont pas loupé : "le parti pirate? ha oui, c'est ceux qui veulent télécharger gratuitement". C'est une image réductrice mais elle est dûe au fait qu'il fallait jouer sur le sens du mot "Pirate", auquel décidément le PP est très (trop) attaché ? La piraterie, c'est quoi ? la référence est directement au 17e/18e siècle : la piraterie est un mouvement voulu par les Etats (contre la domination de l'Espagne, notamment), et qui avait aussi ses propres codes (par exemple, le capitaine d'un navire pirate était plus ou moins élu—en fonction aussi de la taille de son sabre—on peut dire plutôt "plébiscité"). Je veux dire par là que la piraterie dans ce contexte est aussi un mouvement visant à récupérer un bien, de manière plus ou moins légale, et ce bien dans le contexte des oeuvres numériques passe par la lutte contre les monopoles culturels. Et bien là encore : l'expression "monopoles culturels" n'est pas passée du tout dans les messages du Parti Pirate aux électeurs.
Pour résumer (il y aurait encore tant à dire), je ne prétends pas que les idées ci-dessus auraient du être diffusées telles quelles. Ce sont les miennes et pas forcément celles du PP. Mais j'estime qu'il y a eu un réel manque de réflexivité à cause:
d'un temps restreint où effectivement le PP a davantage été occupé à gérer la croissance des ses membres et leur représentativité dans les circonscriptions,
mais aussi d'un manque de réflexion sur le thème "qu'est-ce que le Parti Pirate en France" ? Et ce n'est selon moi pas du tout la même chose que chez nos voisins nordiques (qui, individuellement n'ont pas du tout la même culture politique) ou des pays de l'Est (où la notion de liberté individuelle a un sens très différent et souvent encore très douloureux à cause de l'histoire récente). Nous constituons une frontière culturelle, une sorte de barrière latine, et il faut absolument décliner le Parti Pirate en fonction de l'histoire si particulière de la France et en fonction d'un positionnement par grands thèmes : il faut traiter d'idéologie… L'Internationale des Pirates n'a de sens qu'en multipliant les clés de lecture de problèmes similaires.
# Question d'idéologie(s)
Posté par Christophe Masutti . En réponse au journal 0,76% de moyenne nationale pour le parti pirate, déception. Évalué à 7.
Heu… Ca c'est clairement un point d'achoppement. La doctrine libertarienne ne peut pas être de gauche. C'est du libéralisme poussé à l'extrême.
Comment concilier ce libertarianisme avec certaines revendications poussant au contraire à ce que ce soit l'Etat le garant de nos libertés ? Nous vivons dans le pays des Droits de l'Homme et (donc) du Citoyen, et ce que pour moi est le Parti Pirate, c'est un rappel à ces principes fondamentaux, garantis par l'Etat, notamment dans le contexte de l'ère numérique dans laquelle nous vivons. poru moi, le Parti Pirate est avant tout la revendication pour un Etat plus interventionniste au nom des libertés fondamentales du citoyen. C'est une démarche civique, qui défend le bien commun, pas une démarche pro-individualiste (qui pense que le commun ne serait que la somme des individualités).
Il y a plusieurs critiques que j'adresserais au PP France sur la campagne des législatives 2012, à partir de mon expérience personnelle (donc toute relative). Je précise tout de suite qu'il y a beaucoup de points positifs, déjà énoncés ici. Mais dans la négativité que l'on prend conscience de soi, comme on dit :)
trivial : les références sans cesse répétées aux partis pirates allemand et suedois etc. Alors ca passe pas du tout : on est là pour construire un PP français, pas calquer un modèle germaniste/nordiste dans des circonscriptions qui ne collent pas avec (qu'est ce que ca donne à Marseille? En Alsace par contre ca peut à peu près marcher (je dis ca parce que j'y habite).
manque de maturité politique. Bon, c'était évident, la jeunesse (au sens de nouveauté) du parti etc. Mais il y a un point que je n'ai pas compris dans les problématiques. Nous vivons des temps de crise économique, on débloque des milliards d'euros pour "sauver les banques" de leur propre connerie. Mais dites moi : les flux financiers, la rapidité des échanges mondiaux, la logique boursière… depuis les téléscripteurs de Wall Street des années 1920 jusqu'à nos ordinateurs surpuissants en réseau (le seul vrai "second Internet" : une puissance dangereuse au-delà des Etats) d'aujourd'hui : n'est ce pas uniquement du numérique ? Je n'ai pas (bien) entendu le Parti Pirate prendre position là dessus : pourtant c'est bien en substance cette puissance numérique qui fait de la finance une contre-puissance sociale, non ? Le traitement informatique des capitaux financiers ne devrait-il pas être lui-même sujet à une surveillance sociétale ? Ne manque-t-il pas un wikileaks de la finance ? Et sans vouloir jeter de l'huile : le traitement des fonds (publics) européens devrait à mon sens lui aussi être sujet à réflexion. Tout cela entre dans le soucis de transparence prôné par le Parti Pirate mais cette transparence c'est à l'Etat de l'exiger en tant que garant des libertés. J'ai trouvé qu ecette problématique n'a pas été assez visible dans le Parti Pirate pour cette campagne des législatives et pourtant elle aurait été vraiment porteuse. donc leçon à tirer pour la prochaine fois : ne pas seulement penser à des revendications identitaires pour le parti mais aussi à des réflexion plus larges : partir du général pour arriver à positionner la défense des droits et des libertés que promeut le parti pirate. Il y aurait eu des voix électorales là-dessus (mais peut-être que je me trompe dans l'idée que je me fais du champ politique du PP).
sur le droit d'auteur, j'ai été assez déçu. Défendre la liberté de partager des oeuvres, c'est bien. Proposer un nouveau modèle, c'est mieux. A partir de là, il y a bel et bien eu des réflexions sur le droit d'auteur, sur la licence globale, sur Hadopi, sur ACTA, etc… Mais finalement, on parle de quoi? du partage. Et n'est-ce pas une valeur perdue aujourd'hui? Pourquoi ne pas avoir transcendé cette notion de partage au delà du seul échange de fichiers d'oeuvres musicales/cinématographiques/artistiques? Les réflexions autour de moi n'ont pas loupé : "le parti pirate? ha oui, c'est ceux qui veulent télécharger gratuitement". C'est une image réductrice mais elle est dûe au fait qu'il fallait jouer sur le sens du mot "Pirate", auquel décidément le PP est très (trop) attaché ? La piraterie, c'est quoi ? la référence est directement au 17e/18e siècle : la piraterie est un mouvement voulu par les Etats (contre la domination de l'Espagne, notamment), et qui avait aussi ses propres codes (par exemple, le capitaine d'un navire pirate était plus ou moins élu—en fonction aussi de la taille de son sabre—on peut dire plutôt "plébiscité"). Je veux dire par là que la piraterie dans ce contexte est aussi un mouvement visant à récupérer un bien, de manière plus ou moins légale, et ce bien dans le contexte des oeuvres numériques passe par la lutte contre les monopoles culturels. Et bien là encore : l'expression "monopoles culturels" n'est pas passée du tout dans les messages du Parti Pirate aux électeurs.
Pour résumer (il y aurait encore tant à dire), je ne prétends pas que les idées ci-dessus auraient du être diffusées telles quelles. Ce sont les miennes et pas forcément celles du PP. Mais j'estime qu'il y a eu un réel manque de réflexivité à cause: