À mon avis, tu sous-estimes nos politiciens. Tout le monde sait bien quel est le problème, et le directeur de la banque centrale allemand l'a d'ailleurs signalé récemment dans le monde.
Le titre de l'article : Croire que les eurobonds résoudront la crise est une illusion.
Tout de suite, on se dit que c'est un méchant allemand près de ses sous qui refuse de partager. En fait, c'est plus compliqué : il refuse de partager sans condition. Il n'est pas contre les euro-obligations (en français), mais il dit que si les États européens empruntent ensemble, ils devront se doter d'une politique européenne commune. Et là, évidemment, ça coince.
De toute façon, la constitution allemande interdirait l'abandon de souveraineté que constitueraient les euros-obligations sans traité voté par le Parlement et sans garantie sur l'utilisation de l'argent ainsi emprunté. Ou alors faut la changer. Bref, rien n'est simple, parce que les enjeux sont énormes.
Citation :
Croire que les euro-obligations résoudront la crise actuelle est une illusion. Ce ne peut être que l'aboutissement d'un processus long, qui nécessite entre autres de changer la constitution dans plusieurs États, de modifier les traités, d'avoir davantage d'union budgétaire… On ne confie pas sa carte de crédit à quelqu'un si on n'a pas la possibilité de contrôler ses dépenses.
La communautarisation de la dette n'est qu'un élément possible de la face d'une médaille dont l'autre côté serait le fédéralisme. Les gouvernements qui y sont favorables négligent ce débat. Même dans les pays où les gouvernements réclament les euro-obligations, comme en France, je ne constate ni débat public ni soutien de la population au transfert de souveraineté devant l'accompagner. Mais c'est justement ce débat qu'il nous faut avoir.
La vraie crise européenne, pour l'instant, c'est une crise économique aggravée par une crise politique : nous ne savons pas orienter ensemble notre politique économique (et dieu sait si de l'Angleterre à la Pologne ça tire à hue et à dia).
La Grèce, c'est 3% du PIB européen à tout casser. C'est comme si une grosse région allemande était en faillite, en gros. Grave, mais pas dramatique.
La vraie question est donc : comment les pays européens vont-ils gérer la nécessité de réguler en commun leurs économies nationales, nécessité qui n'est que la conséquence de l'introduction d'une monnaie commune (un peu comme si on mettait la charrue avant les bœufs) ?
Je ne sais pas quelle est votre impression, mais il me semble que la question paraît souvent purement financière dans les médias, comme si les marchés pouvaient décider de tout. Or là, à mon avis, les marchés ne font plutôt que constater l'absence du politique.
L'impression que ça donne, c'est qu'il n'y a pas de diagnostic. Si, bien sûr, il y a des diagnostics. Mais renoncer au moins partiellement à la souveraineté budgétaire à cause de la Grèce pour éviter que ça s'empire, je suis pas sûr que ce diagnostic enchante tout le monde en France.
[^] # Re: Problème plus global
Posté par lapada . En réponse au journal La sortie de la Grèce n'aura pas lieu. Évalué à 10. Dernière modification le 31 mai 2012 à 01:28.
À mon avis, tu sous-estimes nos politiciens. Tout le monde sait bien quel est le problème, et le directeur de la banque centrale allemand l'a d'ailleurs signalé récemment dans le monde.
Le titre de l'article : Croire que les eurobonds résoudront la crise est une illusion.
Tout de suite, on se dit que c'est un méchant allemand près de ses sous qui refuse de partager. En fait, c'est plus compliqué : il refuse de partager sans condition. Il n'est pas contre les euro-obligations (en français), mais il dit que si les États européens empruntent ensemble, ils devront se doter d'une politique européenne commune. Et là, évidemment, ça coince.
De toute façon, la constitution allemande interdirait l'abandon de souveraineté que constitueraient les euros-obligations sans traité voté par le Parlement et sans garantie sur l'utilisation de l'argent ainsi emprunté. Ou alors faut la changer. Bref, rien n'est simple, parce que les enjeux sont énormes.
Citation :
La vraie crise européenne, pour l'instant, c'est une crise économique aggravée par une crise politique : nous ne savons pas orienter ensemble notre politique économique (et dieu sait si de l'Angleterre à la Pologne ça tire à hue et à dia).
La Grèce, c'est 3% du PIB européen à tout casser. C'est comme si une grosse région allemande était en faillite, en gros. Grave, mais pas dramatique.
La vraie question est donc : comment les pays européens vont-ils gérer la nécessité de réguler en commun leurs économies nationales, nécessité qui n'est que la conséquence de l'introduction d'une monnaie commune (un peu comme si on mettait la charrue avant les bœufs) ?
Je ne sais pas quelle est votre impression, mais il me semble que la question paraît souvent purement financière dans les médias, comme si les marchés pouvaient décider de tout. Or là, à mon avis, les marchés ne font plutôt que constater l'absence du politique.
L'impression que ça donne, c'est qu'il n'y a pas de diagnostic. Si, bien sûr, il y a des diagnostics. Mais renoncer au moins partiellement à la souveraineté budgétaire à cause de la Grèce pour éviter que ça s'empire, je suis pas sûr que ce diagnostic enchante tout le monde en France.