Ce propos me paraît contradictoire. Affirmer des choses sans plus les démontrer, n'est-ce pas là le propre de la foi ?
Pas du tout. La raison a essentiellement une fonction d'organisation des connaissances, mais pour commencer à organiser quoique ce soit, il faut bien des connaissances avec lesquelles commencer. Ces dernières sont invariablement fournies par l'intuition.
C'est le cas en mathématiques, où on choisit des axiomes et des modes de raisonnement qui nous paraissent en adéquation avec les inuitions qui nous viennent du monde. C'est aussi le cas en philosophie, par exemple lorsqu'on reconnaît que la raison seule est incapable de fonder la morale: dans un système de valeurs morales, la raison permet d'organiser les jugemements ou de dériver de nouveaux jugemements (tuer plusieurs personnes est probablement plus grave que tuer une seule personne qui à son tour est probablement moins grave que de voler une pomme ou pisser dans la piscine de son voisin) de façon cohérente avec avec les premiers jugements.
En revanche, s'il est exclu de tout démontrer — car cela ne semble pas possible — il n'est pas interdit d'argumenter sur le choix de ces axiomes, sans toutefois fournir de démonstration au sens technique du terme. Par exemple, remarquer que tel choix d'axiomes mathématiques aboutit à une teorie contradictoire ou que tels choix de valeurs morales ne permet pas de condamner le nazisme1 peut mener vers une critique de ces choix.
La différence de taille entre science et religion est que dans un cas la critique des axiomes ou vérités premières est vivement encouragée (à condition d'avoir des arguments, tout de même!) dans l'autre absolument interdite, en tout cas en ce qui concerne le quidam.
1 Ce n'est pas un point Godwin mais le sujet du livre «Droit naturel et Histoire» de Léo Strauss.
[^] # Re: scientificité et scientisme....
Posté par Michaël (site web personnel) . En réponse au journal En Inde, un calvaire oppose catholiques et scientistes. Évalué à 5.
Pas du tout. La raison a essentiellement une fonction d'organisation des connaissances, mais pour commencer à organiser quoique ce soit, il faut bien des connaissances avec lesquelles commencer. Ces dernières sont invariablement fournies par l'intuition.
C'est le cas en mathématiques, où on choisit des axiomes et des modes de raisonnement qui nous paraissent en adéquation avec les inuitions qui nous viennent du monde. C'est aussi le cas en philosophie, par exemple lorsqu'on reconnaît que la raison seule est incapable de fonder la morale: dans un système de valeurs morales, la raison permet d'organiser les jugemements ou de dériver de nouveaux jugemements (tuer plusieurs personnes est probablement plus grave que tuer une seule personne qui à son tour est probablement moins grave que de voler une pomme ou pisser dans la piscine de son voisin) de façon cohérente avec avec les premiers jugements.
En revanche, s'il est exclu de tout démontrer — car cela ne semble pas possible — il n'est pas interdit d'argumenter sur le choix de ces axiomes, sans toutefois fournir de démonstration au sens technique du terme. Par exemple, remarquer que tel choix d'axiomes mathématiques aboutit à une teorie contradictoire ou que tels choix de valeurs morales ne permet pas de condamner le nazisme1 peut mener vers une critique de ces choix.
La différence de taille entre science et religion est que dans un cas la critique des axiomes ou vérités premières est vivement encouragée (à condition d'avoir des arguments, tout de même!) dans l'autre absolument interdite, en tout cas en ce qui concerne le quidam.
1 Ce n'est pas un point Godwin mais le sujet du livre «Droit naturel et Histoire» de Léo Strauss.