Oui,c'est amusant ce délire sur les listes d'émargement :-) Il n'y avait qu'un seul truc à signer, la liste (exactement pareil que pour une élection traditionnelle). Signer la liste revenait à adhérer à la charte, qui n'était pas bien méchante d'ailleurs (en gros, on s'engageait à être de bonne foi).
De toutes manières, je pense que le débat sur le respect de la vie privée s'enlise très régulièrement dans des problèmes qui n'existent pas. L'engagement politique, par définition, ne fait pas partie de la vie privée : c'est un acte public. Aller voter est un acte public, on est libre d'y aller ou non, mais si on y va, n'importe qui doit pouvoir le savoir. Par contre, le secret du vote est garanti. C'était la même chose pour la primaire, on allait voter si on voulait, et le vote était secret.
Le problème du fichage est tout autre : avec les moyens de communication modernes, il est très facile de compiler des fichiers exhaustifs de données publiques, et surtout de les croiser. L'accumulation de données pourtant publiques permet de faire de fortes inférences sur la vie privée des personnes, et c'est ça qui est gênant. Ça a toujours été possible, par le recours par exemple à des détectives privés, mais c'est le caractère systématique et massif qui est un peu effrayant.
Ceci dit, j'ai remarqué que les "jeunes" (en gros, les gens qui sont plus jeunes que moi) semblent globalement ne pas s'intéresser au problème, et laissent beaucoup plus facilement que moi des informations réelles un peu partout (nom, adresse, numéro de téléphone, etc). On pourrait dire qu'ils sont stupides et insouciants, c'est le premier réflexe pour beaucoup d'entre nous, mais on pourrait aussi dire qu'ils ont accepté de vivre dans le monde qui est le leur, et qu'ils considèrent que le croisement automatisé de données n'est pas une atteinte à leur vie privée.
Une dernière remarque pour la route ; pour avoir vécu dans des pays un peu moins paranos sur le croisement de bases de données, je trouve qu'on n'imagine pas une seconde en France le confort que c'est d'avoir un point d'accès commun pour l'employeur, les impots, les services sociaux, les banques et les assurances. Ça a l'air de foutre super les jetons, comme ça, mais ça rationalise tellement le fonctionnement des services publics que c'est très difficile de revenir en arrière—pour moi, remplir à la main un formulaire administratif—nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance, etc etc—est digne d'un pays du tiers-monde : on perd du temps à le faire, quelqu'un payé par nos impôts va retaper à la main les informations, avec risque d'erreur, de doublon, etc.; des papiers vont être envoyés par la Poste entre les services, resaisis à l'arrivée; au final, on va se retrouver avec des délais administratifs énormes pour un acte qui aurait pu être effectué en (sans mentir) 10 secondes à partir d'un numéro INSEE. À côté d'un tel confort, le cloisonnement des bases de données entre différents services semble assez dérisoire (et probablement fort inutile, de toutes manières).
[^] # Re: D'après un mec qui AURAIT vu le truc
Posté par arnaudus . En réponse au journal Présidentielles 2012 : Le PS et la vie privée ? Connait pas.. Évalué à 3.
Oui,c'est amusant ce délire sur les listes d'émargement :-) Il n'y avait qu'un seul truc à signer, la liste (exactement pareil que pour une élection traditionnelle). Signer la liste revenait à adhérer à la charte, qui n'était pas bien méchante d'ailleurs (en gros, on s'engageait à être de bonne foi).
De toutes manières, je pense que le débat sur le respect de la vie privée s'enlise très régulièrement dans des problèmes qui n'existent pas. L'engagement politique, par définition, ne fait pas partie de la vie privée : c'est un acte public. Aller voter est un acte public, on est libre d'y aller ou non, mais si on y va, n'importe qui doit pouvoir le savoir. Par contre, le secret du vote est garanti. C'était la même chose pour la primaire, on allait voter si on voulait, et le vote était secret.
Le problème du fichage est tout autre : avec les moyens de communication modernes, il est très facile de compiler des fichiers exhaustifs de données publiques, et surtout de les croiser. L'accumulation de données pourtant publiques permet de faire de fortes inférences sur la vie privée des personnes, et c'est ça qui est gênant. Ça a toujours été possible, par le recours par exemple à des détectives privés, mais c'est le caractère systématique et massif qui est un peu effrayant.
Ceci dit, j'ai remarqué que les "jeunes" (en gros, les gens qui sont plus jeunes que moi) semblent globalement ne pas s'intéresser au problème, et laissent beaucoup plus facilement que moi des informations réelles un peu partout (nom, adresse, numéro de téléphone, etc). On pourrait dire qu'ils sont stupides et insouciants, c'est le premier réflexe pour beaucoup d'entre nous, mais on pourrait aussi dire qu'ils ont accepté de vivre dans le monde qui est le leur, et qu'ils considèrent que le croisement automatisé de données n'est pas une atteinte à leur vie privée.
Une dernière remarque pour la route ; pour avoir vécu dans des pays un peu moins paranos sur le croisement de bases de données, je trouve qu'on n'imagine pas une seconde en France le confort que c'est d'avoir un point d'accès commun pour l'employeur, les impots, les services sociaux, les banques et les assurances. Ça a l'air de foutre super les jetons, comme ça, mais ça rationalise tellement le fonctionnement des services publics que c'est très difficile de revenir en arrière—pour moi, remplir à la main un formulaire administratif—nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance, etc etc—est digne d'un pays du tiers-monde : on perd du temps à le faire, quelqu'un payé par nos impôts va retaper à la main les informations, avec risque d'erreur, de doublon, etc.; des papiers vont être envoyés par la Poste entre les services, resaisis à l'arrivée; au final, on va se retrouver avec des délais administratifs énormes pour un acte qui aurait pu être effectué en (sans mentir) 10 secondes à partir d'un numéro INSEE. À côté d'un tel confort, le cloisonnement des bases de données entre différents services semble assez dérisoire (et probablement fort inutile, de toutes manières).