Je voulais pas non plus argumenter, mais juste signaler qu’il y avait une réflexion approfondie derrière le programme du FdG (méchamment certes, et je présente mes excuses). Lire SMIC à 1700€ et qualifier la mesure de farfelue et populiste sans autre forme de procès, c’est passer à côté du programme. Plus généralement c’est une forme d’argumentation très dangereuse qui a pris le pas dans les médias et chez les politiques, où tout progrès social serait « impossible » et nécessairement « populiste ». De facto on s’interdit toute avancée sociale.
Quand je dis que c’est une alternative envisageable, je veux dire que je n’ai pas non plus les moyens de juger de sa faisabilité. Le problème est que le cadre médiatique est totalement noyauté par des arguments bas-de-plafond, sans débats, et que je suis frustré de cet état de fait, avec un possible choix politique important à faire, volé à la population par désinformation. Je veux dire : s’il y a des arguments rationnels qui vont à l’encontre de la politique du FdG, alors qu’ils soient donnés plutôt qu’une doctrine assénée comme une fatalité.
Sur Keynes je ne connais pas encore assez le sujet, je suis pas mal plongé dans l’éco. en ce moment, peut-être dans quelques semaines je pourrais répondre plus amplement. :p Je suis incapable de répondre, et je te renvoie à mon précédent paragraphe, déçu que je suis de ne pas voir un tel débat prendre place durant la campagne. L’intro de Wikipedia répond au moins à ta question : Keynes était appliqué avant 1980 puis a perdu de l’influence depuis.
Pour Marx, c’est le côté « état instable » du capitalisme, et donc le fait qu’on va droit au mur et les crises seraient intrinsèques au capitalisme. Là encore Généreux en parle succinctement dans La Grande Régression (qu’il situe après 1980, en écho à la perte d’influence de Keynes) mais ce n’est pas un livre d’économie et je n’ai pas encore eu le temps d’approfondir. Pour faire vite : le capital cherche un maximum de rendement, donc production boostée, mais il faut écouler les marchandises, c’est la politique de l’offre, et il faut donc que les ménages achètent toujours plus (consumérisme), jusqu’à s’endetter. Et c’est ce qui est à l’origine de la crise : les ménages américains étaient endettés, pire, le taux d’épargne privé USA baissait depuis plus de 10 ans (une information corroborée par un graphe dans le « Stiglitz » Principes d’économie moderne), et le taux d’épargne atteignait les 0 % durant les années 2000, ce sont les ménages insolvables qui ont fait que les produits financiers étaient pourris. Après on vient asséner que untel vivait au-dessus de ses moyens, alors que le problème est inhérent au système capitaliste.
J’ai le sentiment que Marx a été réinterprété et réinventé pour éviter de reproduire le communisme soviétique et il m’a semblé que l’idée de coopérative est directement issue de cette réflexion. Les coopératives sont proposées dans le programme du FdG (je crois qu’il y a eu des expériences concluantes en Amérique du Sud). Elles sont bien issues de l’idée centrale de Marx : les moyens de production doivent appartenir aux travailleurs (et non aux capitalistes). Primo, le système de coopérative ne craint pas la dérive soviétique. Secundo, le programme du FdG rendrait possible une économie mixte : dans les sociétés capitalistes on se contentera de renforcer les pouvoirs des travailleurs aux instances de décision pour rééquilibrer le pouvoir avec ceux qui possèdent les moyens de production (ie. les capitalistes), et surtout la reprise en coopérative par les travailleurs d’une usine qui ferme sera possible. L’entrepreunariat ne devrait pas être gêné de cette économie.
Ford c’est pour le côté « je paie bien mes ouvriers pour qu’ils achètent les voitures qu’ils construisent eux-mêmes » (mais en abandonnant le côté « organisation scientifique du travail »). C’est l’argument que Mélenchon avance systématiquement pour justifier la montée du SMIC. Et il me semble que c’est aussi très grossièrement l’idée de Keynes quand il y a une crise.
Sans aller aussi loin dans le raisonnement, qui est personnel et donc pas forcément parfaitement juste, ce qui m’a plus dans le programme de Mélenchon de premier abord, c’est qu’il table sur une croissance, comme tous, mais contrairement aux autres il va la chercher « avec les dents », plutôt qu’une hypothétique croissance plus ou moins providentielle.
[^] # Re: linuxfr n'est pas soumis
Posté par Le faussoyeur . En réponse au journal Élection présidentielle en France. Évalué à 2.
Je voulais pas non plus argumenter, mais juste signaler qu’il y avait une réflexion approfondie derrière le programme du FdG (méchamment certes, et je présente mes excuses). Lire SMIC à 1700€ et qualifier la mesure de farfelue et populiste sans autre forme de procès, c’est passer à côté du programme. Plus généralement c’est une forme d’argumentation très dangereuse qui a pris le pas dans les médias et chez les politiques, où tout progrès social serait « impossible » et nécessairement « populiste ». De facto on s’interdit toute avancée sociale.
Quand je dis que c’est une alternative envisageable, je veux dire que je n’ai pas non plus les moyens de juger de sa faisabilité. Le problème est que le cadre médiatique est totalement noyauté par des arguments bas-de-plafond, sans débats, et que je suis frustré de cet état de fait, avec un possible choix politique important à faire, volé à la population par désinformation. Je veux dire : s’il y a des arguments rationnels qui vont à l’encontre de la politique du FdG, alors qu’ils soient donnés plutôt qu’une doctrine assénée comme une fatalité.
Sur Keynes je ne connais pas encore assez le sujet, je suis pas mal plongé dans l’éco. en ce moment, peut-être dans quelques semaines je pourrais répondre plus amplement. :p Je suis incapable de répondre, et je te renvoie à mon précédent paragraphe, déçu que je suis de ne pas voir un tel débat prendre place durant la campagne. L’intro de Wikipedia répond au moins à ta question : Keynes était appliqué avant 1980 puis a perdu de l’influence depuis.
Pour Marx, c’est le côté « état instable » du capitalisme, et donc le fait qu’on va droit au mur et les crises seraient intrinsèques au capitalisme. Là encore Généreux en parle succinctement dans La Grande Régression (qu’il situe après 1980, en écho à la perte d’influence de Keynes) mais ce n’est pas un livre d’économie et je n’ai pas encore eu le temps d’approfondir. Pour faire vite : le capital cherche un maximum de rendement, donc production boostée, mais il faut écouler les marchandises, c’est la politique de l’offre, et il faut donc que les ménages achètent toujours plus (consumérisme), jusqu’à s’endetter. Et c’est ce qui est à l’origine de la crise : les ménages américains étaient endettés, pire, le taux d’épargne privé USA baissait depuis plus de 10 ans (une information corroborée par un graphe dans le « Stiglitz » Principes d’économie moderne), et le taux d’épargne atteignait les 0 % durant les années 2000, ce sont les ménages insolvables qui ont fait que les produits financiers étaient pourris. Après on vient asséner que untel vivait au-dessus de ses moyens, alors que le problème est inhérent au système capitaliste.
J’ai le sentiment que Marx a été réinterprété et réinventé pour éviter de reproduire le communisme soviétique et il m’a semblé que l’idée de coopérative est directement issue de cette réflexion. Les coopératives sont proposées dans le programme du FdG (je crois qu’il y a eu des expériences concluantes en Amérique du Sud). Elles sont bien issues de l’idée centrale de Marx : les moyens de production doivent appartenir aux travailleurs (et non aux capitalistes). Primo, le système de coopérative ne craint pas la dérive soviétique. Secundo, le programme du FdG rendrait possible une économie mixte : dans les sociétés capitalistes on se contentera de renforcer les pouvoirs des travailleurs aux instances de décision pour rééquilibrer le pouvoir avec ceux qui possèdent les moyens de production (ie. les capitalistes), et surtout la reprise en coopérative par les travailleurs d’une usine qui ferme sera possible. L’entrepreunariat ne devrait pas être gêné de cette économie.
Ford c’est pour le côté « je paie bien mes ouvriers pour qu’ils achètent les voitures qu’ils construisent eux-mêmes » (mais en abandonnant le côté « organisation scientifique du travail »). C’est l’argument que Mélenchon avance systématiquement pour justifier la montée du SMIC. Et il me semble que c’est aussi très grossièrement l’idée de Keynes quand il y a une crise.
Sans aller aussi loin dans le raisonnement, qui est personnel et donc pas forcément parfaitement juste, ce qui m’a plus dans le programme de Mélenchon de premier abord, c’est qu’il table sur une croissance, comme tous, mais contrairement aux autres il va la chercher « avec les dents », plutôt qu’une hypothétique croissance plus ou moins providentielle.