• [^] # Re: Euh ... ?

    Posté par . En réponse au journal Spam électoral des Français à l'étranger, mon bilan. Évalué à 3.

    En somme, tu voudrais changer les électeurs plutôt que le scrutin. Ton discours tient du déni de démocratie. Quand tu votes, tu votes pour tes idées, les représentants font ensuite les compromis nécessaires en fonction du rapport des forces en présence. C’est ainsi que fonctionne une démocratie moderne. Par exemple, aux États-Unis, il y a en ce moment même une campagne et un vote pour désigner le challenger du président sortant. Contrairement à la France, le président sortant n’y prend pas part. Ainsi les différents courants au sein du parti de l’opposition peuvent s’exprimer (on pensera au tea party) et influencer le candidat, qui sera bien au fait des rapports de force des différents courants politiques au sein de son parti, et devra en tenir compte. Je ne suis pas fan du système américain, mais au moins le bi-partisme y est assumé et bien construit, là où en France on a un système bâtard à deux tours où le report des voix fait que le premier tour n’est pas représentatif du second tour, comme je l’ai déjà dit.

    Le vote est une des rares occasions où la population a la possibilité de s’exprimer. Si celle-ci doit tenir compte d’un rapport de force, inconnu, pour faire des compromis, mystérieux, pour éviter une menace, incertaine, pour voter, alors le vote aura totalement perdu de sa substance. Le rapport de force est inconnu, puisque c’est précisément le vote qui doit permettre de le déterminer. Les compromis, tout aussi mystérieux, car on ne peut savoir avec qui et sur quels points il doit être fait, je veux bien voter pour mon voisin s’il accepte la mesure A, mon cousin veut bien voter pour mon voisin s’il accepte la mesure B, mais nous ne voulons ni l’un ni l’autre de C proposé par le voisin, acceptant par ailleurs le reste de son programme. Comment l’exprimer dans un vote au « compromis » d’avance ? Ainsi pour qu’il y ait compromis, il faut qu’il y ait avant tout désaccord, bien identifié et ensuite négocié. Quant à la menace, là encore on ne peut l’identifier qu’après l’avoir évaluée… par un vote. Tout ceci montre que le pluralisme est essentiel en politique, parce que seul le pluralisme peut espérer exprimer ne serait-ce que partiellement l’ensemble des courants politiques possibles. Ton idée vise précisément à détruire ce pluralisme, de manière totalement artificielle et non représentative qui plus est.

    Ainsi, le vote sera incapable d’être la représentation fidèle des idées politiques d’une population si celle-ci devait voter stratégiquement. Par là même détruisant l’essence même du vote. Car il n’est pas question de compromis dans ton idée, mais de stratégie. On vote stratégiquement, non pas pour quelque chose, mais contre quelque chose. Cette façon de voter me répugne, c’est ce qui amène à une crise de confiance des représentants politiques, à un désintéressement, faute de réelle solution de rechange à proposer. Enfin, on condamne ensuite la population à être une éternelle « râleuse » votant toujours contre, rendant le vote de moins en moins légitime, aussi bien de la part des représentants que de la population qui s’en détourne, faute de réel projet à proposer via le vote, se contentant d’être une sanction du projet existant.