• [^] # Re: Chasse, putes, nutella et traditions

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Parti pirate : inutile et inefficace ?. Évalué à 7.

    Je ne pige pas ton argument: chaque société historique a des règles liées au sexe donc notre société doit avoir des règles qui réglementent le sexe.

    Euh?

    Chaque société historique a des rites religieux donc notre société doit avoir des rites religieux.

    Chaque société historique a des rites de passage pour l'adolescence donc notre société doit avoir des rites de passage pour l'adolescence.

    Chaque société historique diviser les humains en caste hiérachisée (que ce soit par le sang, le sexe ou n'importe quoi) donc notre société doit diviser les humains en caste.

    C'est fort faible comme argument et, je dirais même plus, ça va à l'encontre d'un phénomène assez récent appelé multiculturalité.

    Le problème d'une société multi-culturelle est que, par essence, elle est très libérale, imposant un socle minimal (généralement codifié par la loi) et laissant aux individus la possibilité de suivre les rites et les coutumes de leur choix tant qu'ils restent dans le cadre de la loi.

    Cependant, notre société actuelle ne fonctionne pas comme cela. Plusieurs grandes cultures fort semblables car issus des mêmes bases (à savoir les religions monothéistes) se sont drappé dans une apparence de multiculturalité et, plutôt que d'imposer un socle minimal, ont imposé comme socle tout ce qu'il y avait en commun. (la diabolisation de la femme et du sexe font partie de ce socle commun. Le manichéisme également)

    On pourrait dire que c'est pas grave, vu que les échanges avec des cultures fondamentalement différentes sont rares. Et on pourrait arguer que le but d'une société multi-culturelle n'est donc pas nécessaire.

    Mais c'est sans compter sur l'humain. La morale d'une société à une vocation purement utilitaire. C'est un outil pour répondre aux contraintes d'un temps donné. Les égyptiens ont inventés la circoncision parce qu'avec l'eau du Nil, l'hygiène de l'époque et la chaleur, le prépus était un nid à infection.
    La sexualité a été diabolisée par les monothéistes car elle était liée très à la procréation. Les monothéistes voyant tout en bien et en mal, la seule chose qui était bien chez eux était une relation un homme une femme et un enfant ne pouvait qu'être issu d'un couple reconnu. (d'où le terme, encore péjoratif de nos jours, de bâtard).

    Le sexe en dehors du mariage est donc diabolisé et, même au sein du mariage, il est perçu comme négativement.

    C'est une manière comme une autre de contrôler les naissances et, pour les hommes, de favoriser leur patrimoine génétique.

    Cependant, l'instinct sexuel est particulièrement fort et cette contradiction entre l'instinct naturel et la morale crée pas mal de déséquilibre. Mais la société y survit.

    Au 20ème siècle, apparait un outil qui va révolutionner le monde de manière absolue: la pillule contraceptive.

    D'un coup, la sexualité n'est plus liée à la procréation. La sexualité devient un acte à part entière. Toutes les morales qui reglement la sexualité deviennent d'un coup obsolètes ! C'est d'ailleurs ce qu'on observe en mai 68, liberté et compagnie.

    Cependant, la morale est encore très portée par la religion (en fait, c'est le contraire: la morale, outil de survie d'une société, s'est servi de la religion comme vecteur et est, pour le moment, en train de migrer doucement vers un autre transport, la loi). La religion, c'est avant tout des hommes. Des hommes qui ont du pouvoir, un pouvoir qu'ils prétendent être absolu et infaillible. Remettre en cause un seul et unique point de leur morale historique reviendrait donc à mettre à bas le mythe d'infaillibilité. Ce serait l'écroulement de tout leur pouvoir.

    Il s'en suit une réaction fort logique: le refus du progrès. Ces personnes le reconnaisse d'elle même en se qualifiant de « conservateurs », les gens opposés au changement.

    Mais le ver est dans le fruit: la sexualité pourrait être banale, plaisante. Techniquement, rien ne s'y oppose. La religion tente fait donc feu de tout bois pour dénoncer la sexualité (par exemple avec le sida). Mais le malaise est profond. Tous les scandales de pédophilie qui sortent maintenant ne sont pas dus au hasard: la morale qui tente de diaboliser le sexe crée des pervers, des frustrés qui, à un moment ou un autre, cède à leurs pulsions.

    Cela a été accepté pendant des siècles, étant tacitement le prix à payer pour maintenir la société, pour éviter des naissances incontrôlées. Les putes, indispensables pour assouvir les pulsions, étaient rejetées car, implicitement, tout le monde savait qu'elles avortaient régulièrement, car elles étaient le reflet que tout le monde souhaitait cacher.

    La contraception a mis fin à cela. La morale du tabou sexuel n'a plus de raison d'être. Du coup, les victimes de cette morale sortent des bois et n'acceptent plus de souffrir sans aucune raison valable.

    Mes livres CC By-SA : https://ploum.net/livres.html