• [^] # Re: 14%... voire beaucoup plus ;)

    Posté par . En réponse au journal Mélenchon à 14% d'intentions de vote.... Évalué à 7.

    Houla, que de réactions, cool !

    La plupart des réactions sont sceptiques, ce qui est parfaitement sain (je le suis aussi, faut pas croire), mais voici tout de même un ou 2 éléments complémentaires :

    Théorie du complot, ou faits ? A vous de juger…

    Pour ceux qui ont foi en les sondages (sous prétexte qu’ils disent « tous pareil »), je pense que vous avez certainement loupé des chapitres les concernant… Alors je vous ai fait un topo (mais pardon d'avance : c'est long…)

    D’abord, comme l’a dit Pierre Weill de SOFRES-France (qu’il avait créé en 1963 et dirigé jusqu’en 2001, et dont il est toujours membre du Conseil de surveillance, en étant également membre du CA d’Air France) :
    « Le terme "institut" est devenu obsolète pour caractériser ce métier. Le terme institut en rappelle les origines, avec un côté universitaire et sociologique, alors que la réalité actuelle est celle des entreprises et du business. »

    Ensuite, à qui appartiennent ces "instituts" de sondage ? Récap :

    . CSA est une filiale à 100 % du groupe Bolloré depuis juillet 2008.

    . Harris interactive (100% sondages en ligne, en non par téléphone…) a Bolloré pour actionnaire principal.

    . IFOP est détenu à 75% et présidé par Laurence Parisot.

    . TNS-SOFRES appartient à WWP Group (numéro 1 mondial de la publicité, hein…) qui appartient au Britannique Martin Sorell, qui a déplacé son siège… sur l’île de Jersey. (lol)
    Ce monsieur est vachement neutre politiquement, lire par exemple cet édifiant interview:
    http://www.latribune.fr/technos-medias/publicite/20101205trib000579624/martin-sorrell-on-peut-tailler-dans-le-budget-d-un-etat-comme-dans-celui-d-une-entreprise-.html

    . IPSOS (énorme truc côté en bourse depuis 1999 et ayant acquis de nombreux instituts de sondage sur les 5 continents) est contrôlé par plusieurs groupes financiers, dont le premier est LT Participations (27% du capital et 40% des droits de vote), elle-même contrôlée par FFP, la société financière appartenant… à la famille PEUGEOT.

    . OpinionWay, partiellement détenu et dirigé par 3 ancien cadres d’IPSOS (dont Hugues Cazenave, qui fut 2 ans au cabinet de Gérard Longuet…), a des liens avec Patrick Buisson (conseiller de Sarkozy, ex directeur du journal d’extrême-droite Minute et patron de la chaîne… Histoire (ça fait peur)) via sa filiale Publifact – cf. affaire des sondages de l’Elysée :
    http://www.rue89.com/2009/07/19/publifact-la-polemique-qui-agite-lelysee
    Le Figaro commande tous ses sondages à OpinionWay.
    Les sondages politiques d’OpinionWay sont des sondages en ligne et non pas par téléphone, et le volontaire à y répondre reçoit une gratification. Lol.

    . BVA : longtemps partiellement détenu par BPCE (Banques Polulaires / Caisses d’Epargne), mais la BPCE a cédé ses part fin 2010.
    Actuellement dirigé et partiellement détenu par 4 particuliers, les autres actionnaires étant la société financière Capzanine (qui détient des parts dans des dizaines d’entreprises, et les revend quand elles ont pris de la valeur en bourse) et la « Société de Cadres » (aucune info accessible sur cette société… !).

    . LH2 (ex-Louis Harris) a été vendu par TNS-SOFRES à deux de ses dirigeants, Jean Levionnois et Emmanuel Bolle, inconnus au bataillon.

    LH2 apparaît donc comme le seul sondeur théoriquement indépendant du lobby financiaro-industriel - du point de vue de son capital, hein, parce que faut aussi regarder ce qu’ils ont comme clients ordinaires, tous ces instituts… : ils font 95% de leur chiffre d’affaires sur des enquêtes genre « le nouveau pot de yaourt Danone plait-il aux consommateurs ? », et uniquement pour des grands groupes (les PME n’ont pas les moyens de se payer leurs services). Mais capital indépendant donc… jusqu’à ce qu’on sache pour qui bossent MM Levionnois et Bolle. ;) (procès d’intention pour le plaisir de l’ironie)


    A noter que tous ces sondeurs + le gouvernement ont fait BLOC pour que le projet de Loi Portelli-Sueur sur la transparence des sondages (qui aurait eu le grand mérite de nous donner enfin accès aux DONNEES BRUTES !…………) ne soit jamais inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale, alors qu’il a été adopté par le Sénat en février 2011 !

    Perso j’irais plus loin que les 2 députés Portelli et Sueur (pas assez radicaux, mais courageux quand même), en posant la bête question suivante :

    Puisqu’il semble impossible d’interdire les sondages (ils seraient de toute façon publiés dans des journaux étrangers et accessibles par internet), pourquoi ne dispose-t-on pas d’un seul institut de sondage public (et mieux encore : sous contrôle citoyen) ?

    En effet, on sait que les sondages ont un pouvoir auto-réalisateur non négligeable (chiffres avancés : de l’ordre de 4 à 5% des votes (!)), en influençant notamment les personnes peu instruites et/ou peu politisées.
    C’est un « thermomètre qui colle la fièvre », exactement comme les Agences de notation.

    Alors, pourquoi laisser un tel pouvoir à des entreprises commerciales, majoritairement détenues par des groupes financiers et leurs exécutants, et qui réalisent l’essentiel de leur chiffre auprès de gros lobbies industriels (Danone, Nestlé, l’Oréal, Peugeot, etc etc) ?


    En attendant, vous avez la réponse à votre question : ni les actionnaires des groupes financiers, ni les actionnaires des grands groupes industriels (qui perçoivent beaucoup plus en dividendes (qu’ils placent dans la finance) que ce qu’ils laissent dans l’entreprise – qui, elle-même, place 2/3 des bénéfices restants dans la finance et seulement 1/3 dans l’investissement productif……), qui se trouvent être les propriétaires ET les clients des "instituts" de sondage, n’ont intérêt à ce que le Front de Gauche progresse, vu que – dommage – le FdG propose justement de couper les vivre… à la finance.
    Mais, beaucoup plus embêtant : avec des propositions PRECISES et EXHAUSTIVES – plus avec les principes flous et/ou incomplets annoncés aussi bien par l’extrême-gauche (sincère mais pas concrète) que par le PS (ni sincère – « I’m not dangerous » dit Hollande à la City^ - ni bien sûr concret…).

    En effet, quand on dit qu’on prend à la fois 1. sur les revenus (salaires, revenus immobiliers et revenus financiers) avec la dernière tranche à 100%, 2. sur le capital, 3. sur les (grosses) transmissions, 4. sur les revenus financiers des entreprises, 5. qu’on supprime les niches fiscales socialement inutiles (cadeaux sans retour au capital), 6. qu’on ferme toutes les filiales des banques françaises dans les paradis fiscaux (arg), 7. qu’on applique la taxation différentielle aux français domiciliés à l’étranger, 8. qu’on recrée un bon millier de postes d’inspecteurs du fisc, notamment dédiés aux grands groupes, 9. qu’on crée un délit d’aide à la fraude fiscale, 10. qu’on fera un emprunt forcé à 1% aux banques qui refuseraient de prêter à l’Etat français à des taux corrects (comme ça ils peuvent toujours nous noter CCC, lol), 11. qu’on interdira les plans de licenciements dans les entreprises bénéficiaires, 12. que l’on crée un droit de préemption prioritaire pour les salariés dès lors qu’une entreprise est mise en vente, 13. que l’Etat pourra réquisitionner les entreprises menacées de délocalisation, 14. que l’on interdit à des non-français de diriger des entreprises françaises, et 15. (la pire de toutes) qu’on modifiera la prise de décision dans les entreprises en ne donnant plus 100% des voix aux actionnaires mais seulement 25%, le reste étant réparti entre les salariés (50%) et l’Etat et les collectivités locales (25%), tout aussi légitimes à avoir voix au chapitre en matière de choix de développement de l’entreprise que les seuls actionnaires ! – le tout sans avoir à écrire de nouvelles lois, sauf pour les points 9, 14 et 15…
    … où voulez-vous qu’ils aillent se fourrer, avec tout ça ?! LOL pas de faille ! Ils pourront juste renoncer à la nationalité française et se barrer sur leurs yachts (bon vent),mais leurs entreprises, c’est-à-dire leur seule source originelle de profit, elles resteront en France… Ben j’sais pas pourquoi, mais je pense que très peu s’en iront. Car mieux vaut 4% de profit annuel que de repartir à zéro, hein…
    Bref : pas génial du tout, le plan à Méluche ! (actuellement, c’est 15 à 20%, qu’ils prennent…)


    Leur seul problème, c’est que si les sondages sont à 8 points d’écart avec le réel le 22 avril, les gens ne croiront plus au thermomètre, et donc il perdra de son pouvoir d’injonction pour la suite…
    Ainsi, je pense qu’ils se contentent de minimiser le FdG de 4 à 5 points, ni plus ni moins qu’ils ne l’avaient pour Montebourg (sondages 12%, résultat 17%) ou pour Joly (donnée largement perdante face à Monsieur Capitalisme Vert), qu’ils ne portent pas non plus dans leur cœur (lui trop à gauche, et elle juge qui en a emmerdé plus d’un), alors même qu’ils sont bien moins précis et déterminés que Mélenchon sur la nécessité de définanciariser le pays. ;)

    Ai-je faux quelque part au niveau du raisonnement ?

    De toute façon, on verra bien le 22, hein… ;)
    Mais moi je dis que pour le FdG, il y aura 4 points d’écart entre les sondages et le score réel.

    Sources :
    - Wikipedia et Linkedln pour l'essentiel
    - http://altair.blogs.nouvelobs.com/tag/harris%20interactive
    - http://blog.mondediplo.net/2011-05-03-Un-lobby-tres-conservateur
    - http://jpsueur.blog.lemonde.fr/2012/03/26/presidentielle-la-guerre-des-sondages/