• [^] # Re: o_O'

    Posté par . En réponse au journal Petit candidat contre Grand Journaliste. Évalué à 1.

    Heu… je suis en train de me taper Hollande (pour l’instant je me cantonne à des paroles et des actes), c’est certes plus complaisant que pour d’autres. Mais il tombe (sciemment) dans le panneau. C’est juste merdique, le mec est pas là pour défendre un projet, il est là pour parler de lui, pour sortir de grandes phrases creuses, puis basta. Il n’a aucun charisme (de la répartie, ce que j’appelle une intelligence « de l’instant »), sur le fond c’est pas solide, c’est pas assumé. Le PS avait toutes ces chances à ses élections et ils sont bien foutu de les perdre. En cela le filtre reste efficace. Mais je ne te conteste pas qu’il y a de très nettes différences de traitement (bon après faut aller voir qui est Jacques Cheminade plus dans le détail, mais le mec qui, de son propre aveu, n’a aucun réseau militant, c’est un mec qui compte sur le système médiatique de masse pour se faire connaître, le système médiatique de masse lui rigole au nez, étonnant ? Et j’insiste parce qu’à travers les sarcasmes des journalistes il y a bien ce point important de soulevé).

    Mais je vais tout de même rebondir parce qu’il y a un point sur lequel je ne suis pas d’accord : l’objectivité des journalistes. J’y ai cru longtemps. Force est de constater que ça ne marche pas. Comment ça le pourrait d’ailleurs ? Non, je ne crois pas un seul instant que les journalistes doivent être objectifs. Le problème est pas là. Le problème vient de l’uniformisation du mode de pensée des journalistes : ils pensent tous pareil, ils ont tous les mêmes idées. Il n’ont, plus généralement, aucun esprit critique sur le monde, son fonctionnement. Il n’y aurait rien à redire si M. Cheminade se faisait descendre en beauté la veille sur son passé pas vraiment irréprochable (c’est une hypothèse hein, j’en sais rien), aucun problème à ce qu’il ait à s’expliquer face à des contradicteurs véhéments sur sa vie, personnelle on va dire. Si le lendemain il peut être invité par quelqu’un proche de ses idées, pour qu’il puisse argumenter sur son programme. Parce que les meilleurs débats sont ceux qui opposent des personnes proches idéologiquement, cela permet de cerner les nuances sans inévitablement tomber dans la discussion de sourds quand on invite deux bords totalement en désaccords, mauvaise foi patente garantie.

    Le second point est qu’il y a un véritable schisme entre ce que pense les journalistes (on va dire les élites en plus général) et ce que pense la population. Les élites appellent ça le populisme (cf. le récent journal à ce sujet), je crois qu’ils font un mauvais diagnostic à un réel problème : ils sont totalement déconnectés de la réalité. Les populistes eux tiennent un discours contestataires, s’ils ont tant de succès c’est parce que précisément la population ne se reconnait plus dans ses élites. En 2007 ça commençait déjà, tous, dans les médias, à un moment ou un autre prétendent parler « au nom des français », « ceci ne préoccupe pas les français », « c’est cela que veulent savoir les français », tout ça pour appuyer leur argumentaire d’un improbable soutien de la population (puis ducon pourrait avoir l’obligeance d’attendre d’être élu pour parler au nom des français…). Pour peu que « les français » soient unanimement d’accord sur le point avancé par le candidat (ce qui est trivialement faux), ils ne justifient jamais ça par un résultat… au hasard… en ces temps bénis, d’un sondage. Pour terminer d’enfoncer le clou : les outsiders sont à chaque fois des surprises, ça va faire quand même presque 10 ans maintenant qu’on voit que les élections se cherchent une alternative, qu’il y a des outsiders qui sortent du lot, l’élite les découvre à chaque fois par surprise, étonnée, alors qu’elle aurait très logiquement due accompagner le mouvement général si elle avait été l’émanation de la population. Bref, ils sont totalement à la ramasse concernant ce que peuvent bien penser et préoccuper les gens. Mais plutôt que de se remettre en question, c’est plus commode pour eux de dire que « non le peuple n’a pas toujours raison » (petite pique au récent journal qui pointait sur un débat de « qualitay »), ou encore de s’indigner de la montée du populisme.

    Bref, tout ceci suppose une diversité du paysage médiatique que nous n’avons pas. C’est à mon avis à ça qu’il faut s’attaquer, plutôt que la chimère de l’objectivité.