Le problème face auquel font face les enseignants est abyssal:
1) C'est un savoir-faire plus qu'un savoir qu'il faut communiquer à un étudiant, mais le résultat du savoir-faire est un savoir caractérisé par une forme d'universalité. Il est donc souvent difficile de savoir si un devoir est le fruit d'un travail véritable de réflexion ou une compilation de sources diverses.
2) L'acquisition du savoir-faire s'articule à l'acquisition d'un savoir. On ne peut pas apprendre le savoir-faire dans le vide, le savoir faire s'améliore lorsqu'il est mis à l'épreuve d'idées précises. Aussi, le travail de réflexion véritable s'accompagne d'un travail d'appropriation de la culture existante. On ne peut pas reprocher à un étudiant d'être aller chercher une idée ici où là, car c'est une étape nécessaire à sa progression.
3) L'enseignant n'a pas seulement un rôle de pédagogue, il doit aussi valider un cursus, et justifier de l'acquisition ou non d'un diplôme ou d'un niveau d'études. Or, ce contrôle des connaissances tend à privilégier le savoir acquis sur le savoir faire.
L'équilibre entre savoir acquis et savoir faire se maintenait lorsqu'il fallait fournir un effort véritable pour acquérir un savoir (travail sans moteur de recherche). Maintenant qu'en trois clics on a accès à une information précise (concernant un sujet très précis, ce qui ne signifie pas qu'elle soit vraie), on ne peut plus vraiment faire confiance au savoir manifeste dans une copie pour juger de la qualité du travail d'un étudiant.
En même temps, le savoir faire n'apparaît pas autrement que sous la forme d'un savoir acquis… Ce sont plutôt des astuces qui permettent de repérer qu'une information a été glanée sur le net: copies semblables, formulations qui ne correspondent pas au style de l'étudiant… C'est un travail étrange, désagréable, et encore plus chronophage que la correction des copies que de pister cela.
Mais en y réfléchissant, je me dis que la solution est pourtant simple: citer ses sources. C'est ce que nous apprend internet. En lettres, on devrait apprendre en outre à commenter ses sources. Par exemple, une copie excellente aurait consisté à discuter les incohérences entre les diverses interprétations de ce texte présentes sur internet, voire à les remettre en cause, en les comparant au texte lui-même.
# Pédagogie de l'internet
Posté par Sygne (site web personnel) . En réponse au journal Un prof pourris internet pour piéger ses élèves. Évalué à 10.
Le problème face auquel font face les enseignants est abyssal:
1) C'est un savoir-faire plus qu'un savoir qu'il faut communiquer à un étudiant, mais le résultat du savoir-faire est un savoir caractérisé par une forme d'universalité. Il est donc souvent difficile de savoir si un devoir est le fruit d'un travail véritable de réflexion ou une compilation de sources diverses.
2) L'acquisition du savoir-faire s'articule à l'acquisition d'un savoir. On ne peut pas apprendre le savoir-faire dans le vide, le savoir faire s'améliore lorsqu'il est mis à l'épreuve d'idées précises. Aussi, le travail de réflexion véritable s'accompagne d'un travail d'appropriation de la culture existante. On ne peut pas reprocher à un étudiant d'être aller chercher une idée ici où là, car c'est une étape nécessaire à sa progression.
3) L'enseignant n'a pas seulement un rôle de pédagogue, il doit aussi valider un cursus, et justifier de l'acquisition ou non d'un diplôme ou d'un niveau d'études. Or, ce contrôle des connaissances tend à privilégier le savoir acquis sur le savoir faire.
L'équilibre entre savoir acquis et savoir faire se maintenait lorsqu'il fallait fournir un effort véritable pour acquérir un savoir (travail sans moteur de recherche). Maintenant qu'en trois clics on a accès à une information précise (concernant un sujet très précis, ce qui ne signifie pas qu'elle soit vraie), on ne peut plus vraiment faire confiance au savoir manifeste dans une copie pour juger de la qualité du travail d'un étudiant.
En même temps, le savoir faire n'apparaît pas autrement que sous la forme d'un savoir acquis… Ce sont plutôt des astuces qui permettent de repérer qu'une information a été glanée sur le net: copies semblables, formulations qui ne correspondent pas au style de l'étudiant… C'est un travail étrange, désagréable, et encore plus chronophage que la correction des copies que de pister cela.
Mais en y réfléchissant, je me dis que la solution est pourtant simple: citer ses sources. C'est ce que nous apprend internet. En lettres, on devrait apprendre en outre à commenter ses sources. Par exemple, une copie excellente aurait consisté à discuter les incohérences entre les diverses interprétations de ce texte présentes sur internet, voire à les remettre en cause, en les comparant au texte lui-même.