• [^] # Re: Discrimination positive

    Posté par . En réponse au journal Journée de la femme : frustration et marketing. Évalué à 2. Dernière modification le 14 mars 2012 à 16:56.

    Je vois la situation : l'élève qui ne rentre pas dans les bonnes cases (pas en ZEP, mais juste au dessus tout en étant pas assez bon, et donc pas en situation facile non plus), lui, se fait baiser : il ne rentre pas dans les bons quotas, et n'est pas assez bon. Une super trappe.

    Non non, je le répète : il suffit d'aller soi-même dans les ZEP partenaires du programme pour bénéficier du traitement de faveur.

    Ensuite, les écoles d'ingé ont des quotas en fonction de la provenance des étudiants (MP,PC,PT,PSI,IUT,BTS,Licence de maths, d'info, de sciences de la matière,etc.). Explique-moi en quoi c'est mal. Si on avait « l'égalité » devant le concours, ça donnerait quoi ? Des exos super durs en maths/physique, qui excluraient d'office les gens du technique, et ne diraient pas grand chose des gens de fac ou prépa, vu que ceux venant de MP torcheraient les maths et seraient le bec dans l'eau pour la physique, et inversement.

    Bref, le « quota ZEP » de l'IEP entre dans la même catégorie selon moi : les élèves ont été sélectionnés selon des critères rigoureux, d'abord au sein-même de leur lycée, puis sur présentation de projet et oral de 40 minutes. Ils méritent leur place dans l'école.

    Ensuite, oui, on peut être à la limite. Par exemple, mes parents gagnaient 1000€ annuels de trop, donc je n'ai pas pu être exonéré de frais de scolarité pendant mes études en école d'ingé. Bouhouhou. Tant pis pour moi. « Tant mieux » pour les enfants de ceux qui gagnaient pile-poil 1000€ annuels de moins que mes parents.

    À propos de ma diatribe sur les défaillances du système et d'y remédier, tu disais :

    Beaucoup de monde dit qu'il tente, mais très souvent l'effet est inverse à ce qui est annoncé.

    Donne-moi des exemples. Dans le cas de Sciences Po, si tu avais lu l'article, tu aurais vu l'interview d'un ancien étudiant sorti de ZEP. Il dit deux choses que je trouve intéressantes :

    1. Il ne crie pas sur tous les toits qu'il a intégré Sciences Po grâce au CEP, car, dit-il, les Français aiment bien coller des étiquettes1.
    2. Il intervient dans son ancien lycée pour aider d'autres lycéens à intégrer l'école (soutien, etc.). Bref, il y a bien un effet bénéfique à cette mise en place de quotas dans ce cas précis.

    L'idée des quotas n'est certainement pas d'arrêter de penser à restructurer le système pour l'améliorer sur le moyen ou long terme. Mais en attendant on fait quoi, sur le court terme, pour égaliser les chances ?

    Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est le cas pour les quotas, ça aide certaines personnes (en en laissant d'autres sur le carreau),

    Définissons « sur le carreau ». Dans le cas des 6% (putain c'est quand même pas beaucoup) d'élèves issus de ZEP (et qui sont donc déjà, par définition, « sur le carreau », à bien des égards) qui intègrent l'IEP, de combien d'étudiants « prennent-il » la place qui ne pourraient pas :

    1. Aller à Dauphine ou tout autre fac plus ou moins prestigieuse
    2. Aller dans une autre formation (école de commerce, etc.) ou dans une prépa HEC quelconque : s'ils sont bons, ils peuvent y entrer — et comme leurs parents sont très certainement loin d'être ignorants de la façon dont le système éducatif fonctionne, ils n'auront clairement pas mis leurs œufs dans le même panier, et auront fait postuler leur gamin à plusieurs écoles et facs.
    3. Retenter leur chance l'année suivante (je rappelle que pour les ZEP, il y a UNE chance, pas plus).

    Je n'aime pas parler de bouquins que je n'ai pas lus intégralement, mais si on prend « Les héritiers » de Bourdieu, et la thèse soutenue dans le bouquin ­— à savoir que les élites se reproduisent, et dès lors forment un « club » relativement fermé, de parent en enfant — alors « l'école de la République » ne pourra jamais exister, à moins d'avoir une école parfaitement inégalitaire du point de vue du temps consacré aux gamins.

    juste que créer des inégalités pour corriger le problème d'inégalité, c'est sacrément tordu et pas logique du coup

    Pas d'accord : quand tu as deux plateaux pour une balance, dont un plateau qui penche plus que l'autre, tu as le choix : tu retires des poids du plateau le plus lourd (dans le système éducatif, je dirais que ça reviendrait à supprimer quelques sujets dans certaines matières pour avoir plus de temps de bien expliquer les autres sujets), ou bien parfois, si le poids est impossible à fragmenter ou que ce n'est de toute manière pas souhaitable, tu rajoutes du poids de l'autre côté (i.e. tu fournis d'autres moyens d'accéder aux écoles aux gens qui n'ont pas été favorisés par leur éducation, leur connaissance du système, leur environnement de vie, etc.).

    [1] C'est d'ailleurs assez rigolo, je connais des gens dans une situation « inverse » : ils ont fait Polytechnique ou Supelec, et quand à l'époque on leur demandait quelle école ils faisaient, ils répondaient « une école à Palaiseau » ou bien « une école à Gif ». À croire que les préjugés (généralement négatifs) touchent tout le monde en France…