Un artiste aujourd'hui est un produit, les investisseurs placent leur argent dans ce produit, et attendent en retour des bénéfices -rapides- évidemment. Les droits d'auteurs sont une partie de ces bénéfices que les investisseurs dans leur grande mansuétude, laissent à l'artiste pour ne pas qu'il dépérisse trop vite. Pour que ce produit fonctionne, on met en oeuvre la publicité, des circuits de diffusion contrôlés dont les coùts sont connus. Le produit-artiste est tenu de fournir des résultats réguliers, de qualité constante, dans des délais définis par avance. Notre artiste doit donc fournir à date fixe un album de x morceaux, eux-mêmes de x minutes et x secondes, dans une plage "artistique" prédéfinie (l'album devra être de type rock par ex., ya pas intérêt à y trouver un passage tout doux ou alors ce doit être défini dans le contrat de départ) pour pouvoir satisfaire aux circuits de diffusions sus-cités. S'il lui arrive -à notre artiste- d'avoir une panne d'inspiration, les bonnes idées originales n'arrivant pas à heures fixes, il risque d'avoir des comptes -financiers pour le coup- à rendre à ces commanditaires, et en conséquence à disparaitre rapidement du circuit pour y être remplacé par un autre plus productif et plus fexible. Les aspects juridiques sous forme de contrats/avovats sont là pour veiller et recadrer si besoin tout ce bazar.
Ce mode de fonctionnement est aujourd'hui appliqué à TOUT ce qui nous entoure. La musique que vous écoutez là en ce moment, l'eau que vous buvez -qu'elle soit du robinet ou en bouteille- l'électricité que vous consommez, etc etc etc…
Exemple avec Maurice Ravel et son boléro, extrait de "MAIN BASSE SUR LA MUSIQUE Enquête sur la Sacem" Par Irène Inchauspé et Rémy Godeau Editions Calmann_Lévy, 2003 :
Maurice RAVEL est né à Ciboure, au Pays Basque en 1875 et décédé en 1937. Il compose en 1928 le Boléro. Ses oeuvres rapportent chaque année environ 1.5 millions d’euros de droits d’auteur. A qui ? A un ancien directeur juridique de la Sacem, Jean-Jacques Lemoine, parti en 1969. Comment ? Par des comptes anonymes dans des paradis fiscaux tels que Monaco, Gibraltar, Amsterdam, les Antilles néerlandaises et les Iles Vierges Britanniques. C’est une bataille juridique qui a duré pendant dix ans. En attendant, les droits d’auteur étaient bloqués à la Sacem.
Jean-Jacques Lemoine a donc créé une société aux Nouvelles-Hébrides, appelée ARIMA (Artists Rights International Management Agency) qui devient la société éditrice des principales oeuvres de Ravel. Elle s’est expatriée et elle est aujourd’hui installée à Gibraltar car l’exemption fiscale est de 25 ans. Les oeuvres de Maurice Ravel ne tomberont dans le domaine public qu’en 2015. Il faut savoir que depuis 1970, le boléro a rapporté plus de 46 millions d’euros et tout ce pillage s’est fait sous les yeux de la Sacem, « consentante et silencieuse ». Si la Sacem intervenait, le catalogue risquerait de s’expatrier aux Etats-Unis.
Dans ce grand guignol désolant, la culture vivante ne se laisse pas faire ; difficile de la définir sous forme de réglements, de contraintes, de contrats ; difficile de la définir tout court d'ailleurs. Pour moi et quel que soit le support cela consiste en un élément qui me fait progresser, qui me fait découvrir un nouveau quelque chose. Ce peut donc être un bon livre, un film, des photos, une exposition, mais aussi un bon repas, une conversation fructueuse, un commentaire constructif sur un site reconnu…
Voila pourquoi je pense que les artistes morts, la culture morte sont plus faciles à rentabiliser. C'est prêt à consommer, c'est testé et c'est cuit depuis longtemps, ya juste à réchauffer. La télévision-micro-onde s'en charge très bien, rien qu'a voir les émissions régulières sur les 80's (entre autre), les re-re-re-méga-compilations qui relancent la machine pour un tour.
Reconsidérer l'artiste tel quel, le démouler de ce truc mercantile dans lequel il est coulé, ca va pas être facile. Le concert en direct est un point de départ, on écoute, on participe, on danse, on chante avec les artistes… A partir de là disposer de copies de l'évènement ne devrait pas coùter quoi que ce soit de plus.
Reste que l'artiste doit pouvoir vivre et non survivre. La mécanique en place aujourd'hui ne le permet tout simplement plus ; au même titre d'ailleurs que pour tout un tas d'autres activités de la vie courante.
Puisqu'on parle d'artiste et pour s'aérer l'esprit, voici une production qui m'a bien plu, vue ya un moment chez Maitre Eolas, je ne connais pas les modalités financières sous-jacentes ;-)
Enfin sur l'actuelle "culture gratuite" définie plus haut par Nayco que je cite : Une approche plus radicale me semble nécessaire : à l'ère des nouvelles technologies, la culture est gratuite. Point.
En réponse : Une citation de Andrew Lewis lue sur un blog voisin :
si vous ne payez pas un service, c’est que vous n’êtes pas le consommateur, vous êtes le produit vendu.
La musique téléchargée "gratuitement" est payante, payez votre matériel informatique, payez votre abonnement internet, votre consommation électrique, payez les taxes sur les supports tels cd dvd clé usb disque dur et autres. Dans le cas de la musique téléchargée, VOUS êtes le produit vendu, vous faites fonctionner le système.
# pourquoi investir
Posté par Christophe SELLIER . En réponse à la dépêche Pourquoi investir sur des auteurs vivants quand les morts sont aussi rentables ?. Évalué à 2.
Un artiste aujourd'hui est un produit, les investisseurs placent leur argent dans ce produit, et attendent en retour des bénéfices -rapides- évidemment. Les droits d'auteurs sont une partie de ces bénéfices que les investisseurs dans leur grande mansuétude, laissent à l'artiste pour ne pas qu'il dépérisse trop vite. Pour que ce produit fonctionne, on met en oeuvre la publicité, des circuits de diffusion contrôlés dont les coùts sont connus. Le produit-artiste est tenu de fournir des résultats réguliers, de qualité constante, dans des délais définis par avance. Notre artiste doit donc fournir à date fixe un album de x morceaux, eux-mêmes de x minutes et x secondes, dans une plage "artistique" prédéfinie (l'album devra être de type rock par ex., ya pas intérêt à y trouver un passage tout doux ou alors ce doit être défini dans le contrat de départ) pour pouvoir satisfaire aux circuits de diffusions sus-cités. S'il lui arrive -à notre artiste- d'avoir une panne d'inspiration, les bonnes idées originales n'arrivant pas à heures fixes, il risque d'avoir des comptes -financiers pour le coup- à rendre à ces commanditaires, et en conséquence à disparaitre rapidement du circuit pour y être remplacé par un autre plus productif et plus fexible. Les aspects juridiques sous forme de contrats/avovats sont là pour veiller et recadrer si besoin tout ce bazar.
Ce mode de fonctionnement est aujourd'hui appliqué à TOUT ce qui nous entoure. La musique que vous écoutez là en ce moment, l'eau que vous buvez -qu'elle soit du robinet ou en bouteille- l'électricité que vous consommez, etc etc etc…
Exemple avec Maurice Ravel et son boléro, extrait de "MAIN BASSE SUR LA MUSIQUE Enquête sur la Sacem" Par Irène Inchauspé et Rémy Godeau Editions Calmann_Lévy, 2003 :
Maurice RAVEL est né à Ciboure, au Pays Basque en 1875 et décédé en 1937. Il compose en 1928 le Boléro. Ses oeuvres rapportent chaque année environ 1.5 millions d’euros de droits d’auteur. A qui ? A un ancien directeur juridique de la Sacem, Jean-Jacques Lemoine, parti en 1969. Comment ? Par des comptes anonymes dans des paradis fiscaux tels que Monaco, Gibraltar, Amsterdam, les Antilles néerlandaises et les Iles Vierges Britanniques. C’est une bataille juridique qui a duré pendant dix ans. En attendant, les droits d’auteur étaient bloqués à la Sacem.
Jean-Jacques Lemoine a donc créé une société aux Nouvelles-Hébrides, appelée ARIMA (Artists Rights International Management Agency) qui devient la société éditrice des principales oeuvres de Ravel. Elle s’est expatriée et elle est aujourd’hui installée à Gibraltar car l’exemption fiscale est de 25 ans. Les oeuvres de Maurice Ravel ne tomberont dans le domaine public qu’en 2015. Il faut savoir que depuis 1970, le boléro a rapporté plus de 46 millions d’euros et tout ce pillage s’est fait sous les yeux de la Sacem, « consentante et silencieuse ». Si la Sacem intervenait, le catalogue risquerait de s’expatrier aux Etats-Unis.
Dans ce grand guignol désolant, la culture vivante ne se laisse pas faire ; difficile de la définir sous forme de réglements, de contraintes, de contrats ; difficile de la définir tout court d'ailleurs. Pour moi et quel que soit le support cela consiste en un élément qui me fait progresser, qui me fait découvrir un nouveau quelque chose. Ce peut donc être un bon livre, un film, des photos, une exposition, mais aussi un bon repas, une conversation fructueuse, un commentaire constructif sur un site reconnu…
Voila pourquoi je pense que les artistes morts, la culture morte sont plus faciles à rentabiliser. C'est prêt à consommer, c'est testé et c'est cuit depuis longtemps, ya juste à réchauffer. La télévision-micro-onde s'en charge très bien, rien qu'a voir les émissions régulières sur les 80's (entre autre), les re-re-re-méga-compilations qui relancent la machine pour un tour.
Reconsidérer l'artiste tel quel, le démouler de ce truc mercantile dans lequel il est coulé, ca va pas être facile. Le concert en direct est un point de départ, on écoute, on participe, on danse, on chante avec les artistes… A partir de là disposer de copies de l'évènement ne devrait pas coùter quoi que ce soit de plus.
Reste que l'artiste doit pouvoir vivre et non survivre. La mécanique en place aujourd'hui ne le permet tout simplement plus ; au même titre d'ailleurs que pour tout un tas d'autres activités de la vie courante.
Puisqu'on parle d'artiste et pour s'aérer l'esprit, voici une production qui m'a bien plu, vue ya un moment chez Maitre Eolas, je ne connais pas les modalités financières sous-jacentes ;-)
Enfin sur l'actuelle "culture gratuite" définie plus haut par Nayco que je cite : Une approche plus radicale me semble nécessaire : à l'ère des nouvelles technologies, la culture est gratuite. Point.
En réponse : Une citation de Andrew Lewis lue sur un blog voisin :
si vous ne payez pas un service, c’est que vous n’êtes pas le consommateur, vous êtes le produit vendu.
La musique téléchargée "gratuitement" est payante, payez votre matériel informatique, payez votre abonnement internet, votre consommation électrique, payez les taxes sur les supports tels cd dvd clé usb disque dur et autres. Dans le cas de la musique téléchargée, VOUS êtes le produit vendu, vous faites fonctionner le système.