Cet article est interessant a plus d'un titre, mais pour le découvrir il faut garder un oeil critique.
Prenons un exemple utilisé dans le documentaire, celui des collants féminins qui filent très vite, au point qu'il faut les changer toutes les deux semaines. Si un collant coûte 4€ et dure deux semaines, à l'issue desquelles les clientes en rachètent un, elles montrent à l'entreprise qu'elles sont disposées à dépenser 104€ par an en collants. Or, fabriquer un collant très solide coûte peut-être un peu plus cher à l'entreprise, mais certainement pas autant que de fabriquer 26 collants vendus 104 euros. Elle pourrait donc réaliser un profit largement supérieur, en vendant par exemple un collant garanti un an (avec remplacement gratuit s'il se file entretemps, pour rassurer les clientes) pour une centaine d'euros.
Oui, mais non. Il est beaucoup plus facile de faire acheter un collant à 4euros toutes les deux semaines qu'un collant à 100 euros tous les ans, meme si ce dernier reviens moins cher de 4 euros. Son argumentation ne tient pas : "elles démontrent qu'elles sont pretes a mettre 104 euros par an dans des collants". Non ! Elles démontrent qu'elles sont pretes à mettre 4 euros toutes les deux semaines. Ce n'est pas du tout la meme chose.
Bien sûr les choses ne sont pas si simples, et en pratique, beaucoup des produits que nous achetons ne sont pas particulièrement durables. Il peut y avoir deux raisons à cela. La première tient aux contraintes de la production. La durabilité est une qualité désirable; mais il y a d'autres, nombreuses qualités désirables, comme un faible coût de production, ou des caractéristiques spécifiques. Pour rester sur l'exemple des collants, on a supposé au dessus que faire un collant de durée de vie d'un an ne coûte pas cher. Ce n'est pas certain : si faire 26 collants durant deux semaines coûte au total moins cher qu'un seul collant durant un an, alors, il est préférable de fabriquer les produits moins durables - et les consommatrices soucieuses de leur pouvoir d'achat pourront préférer ceux-ci. Si pour que les collants soient durables, il faut qu'ils aient l'apparence de bas de contention, je connais beaucoup de femmes qui préféreront d'autres modèles moins solides.
Oui, mais non : ce n'est pas plus cher de faire des collants qui durent 1 an. C'est moins cher ! Rappel : on rajoute quelque chose, on fait un traitement en plus au nylon pour qu'il devienne moins résistant. Je vois pas comment ca pourrait être moins cher de faire un traitement en plus !
Et c'est la seconde raison qui explique pourquoi les produits ne sont pas toujours très durables; soumis au choix entre des produits durables et des produits rapidement obsolètes, nous avons souvent tendance à préférer les seconds. Nous aimons la variété et la nouveauté. Consommer n'est pas seulement satisfaire un besoin utilitaire; c'est aussi une source de satisfaction, de démonstration de diverses qualités personnelles à notre entourage. On peut qualifier ces sentiments de frivoles, se moquer de ces gens qui vont se ruer sur un Ipad 2 dont ils n'ont rien à faire; mais constater aussi que les sociétés qui ont voulu substituer à ces caractéristiques humaines la stricte austérité (ha, le col Mao pour tout le monde) n'étaient pas particulièrement respectueuses des libertés, ou de la vie humaine.
On vient de froler le point Godwin, là !
Et noter que jamais personne ne vous a obligé à acheter quoi que ce soit.
On ne nous met pas un pistolet sur la tempe, c'est vrai. Mais bon, les publicitaires savent quand meme bien étudier et utiliser toutes les techniques de manipulation mentale connues.
Le documentaire commence par un vieux canard qui ressort à intervalles réguliers : les ampoules électriques. Dans les années 20, un cartel entre producteurs d'ampoules aurait cyniquement établi une entente pour réduire la durée de vie des ampoules électriques à 1000 heures de fonctionnement, alors qu'auparavant, il n'était pas rare de fabriquer des ampoules de durée de vie largement supérieure. Un cartel, voilà qui éveille tout de suite l'attention de l'économiste. Comment fonctionnait-il? Comment empêchait-ils ses membres d'adopter un comportement opportuniste (par exemple, en vendant des ampoules de plus longue durée que les autres, ou des ampoules moins chères)?
Bah c'est le principe d'un cartel : on comprend qu'on a bien tous interet a bien s'entendre, donc on garde les memes prix élevés et la meme qualité pour tous. Pas besoin de s'assurer qu'aucun membre ne rompe l'accord : il suffit de s'assurer que tous les membres aient bien compris qu'ils n'y ont aucun interet.
Visiblement, d'apres ces economistes, les cartels n'existent pas. Moui.... La téléphonie mobile, en france, jusqu'a dernièrement, c'etait tellement pas un cartel, que lorsqu'un concurrent est arrivé, ils ont tous trouvé le moyen de faire entre moitié moins cher et 5 fois moins cher...
Le documentaire est muet sur cette question. Tout au plus est-il question d'amendes pour les membres fautifs et de "partage de technologies".
Bah oui, mais si le gars qui fait le reportage dispose d'une heure, il est obligé de faire des raccourcis. Il ne peut pas consacrer 2heures a expliquer le fonctionnement de ce fameux cartel.
Et d'interminables minutes sur un bâtiment public au fin fond des USA dans lequel une ampoule brille sans discontinuer depuis un siècle, d'une lueur un peu pâlotte, mais qui fait l'admiration des habitants qui organisent des fêtes anniversaire de l'ampoule (on se distrait comme on peut).
C'est pathétique d'essayer de tourner les gens au ridicule de cette facon...
Poussant vers les années 30, le documentaire nous fait le portrait d'un américain, Bernard London, présenté comme le "père spirituel" de l'obsolescence programmée, pour avoir écrit un pamphlet en 1932 intitulé "sortir de la crise par l'obsolescence programmée". La lecture de ce document, en fait, n'indique rien sur l'opportunité d'une stratégie des entreprises pour inciter les consommateurs à remplacer leurs produits; la préconisation de l'auteur est celle d'une vaste prime à la casse obligatoire, portant sur tous les produits manufacturés, l'Etat rachetant de façon obligatoire tous les produits à partir d'une certaine durée prévue à l'avance. Une idée économique stupide, mais dans le désarroi provoqué par la déflation et 25% de chômeurs en 1932, celles-ci étaient légion. Alors qu'un quart de la population américaine ne parvenait pas à se nourrir, le gouvernement américain payait les fermiers pour qu'ils abattent leurs troupeaux de vaches, afin de faire remonter le prix du lait. Nous savons aujourd'hui qu'il suffisait de sortir de l'étalon-or et d'appliquer une politique monétaire non-suicidaire pour se sortir de la crise; à l'époque, on ne le savait pas, et on assistait au grand concours des idées farfelues. Nous n'avons pas tellement changé, mais nous avons moins d'excuses.
Oui, en 1930, on etait cons, mais maintenant, on sait comment on sort des crises economiques. On le sait tellement bien, qu'on est en crise economique depuis bientot 4 ans, et que ca risque de durer encore. Quand il dit "nous n'avons pas tellement changé, mais nous avons moins d'excuses", bah on est d'accord. Surtout s'il parle des economistes.
Les designers sont opposés aux ingénieurs, que l'on présente comme scandalisés parce qu'on les obligeait à concevoir des produits moins durables que ce qu'ils auraient pu faire.
Ce passage m'a irrésistiblement rappelé cette phrase de J.M. Folz, ancien PDG de Peugeot, qui a déclaré un jour "qu'il y a trois façons de se ruiner : le jeu, les femmes et les ingénieurs. Les deux premières sont les plus agréables, la troisième est la plus sûre". Il entendait par là que ce que les ingénieurs aiment concevoir n'est pas toujours ce que les clients désirent, et qu'à trop suivre les ingénieurs, on finit par faire des produits hors de prix et qui n'intéressent pas les clients (ayant dirigé Citroen, il savait de quoi il parlait). Etant donnée la mentalité des ingénieurs dans les années 50, il est fort probable qu'ils n'ont pas apprécié de perdre une partie de leur pouvoir dans les grandes entreprises industrielles au profit des services de design et de marketing, et regretté de ne plus pouvoir fabriquer ce qui leur plaisait. Il est certain que tout le monde, consommateurs et entreprises, y a gagné.
Bah non, le consommateur n'y a pas gagné : lorsqu'un ingénieur concevait quelque chose qui ne correspondait pas à ce que le consommateur désirait, il n'achetait pas, et l'entreprise perdait de l'argent (ou fermait). Donc ceux qui y ont gagné, dans l'histoire, c'est les entreprises, pas les consomateurs. Perso je vois pas ce que le consommateur a gagné a avoir un iphone premiere generation qui soit "design" et "hype" mais incapable d'envoyer un mms...
Le marketing et le design, c'est vraiment deux choses qui me font hurler, alors les voir ainsi portés aux nues...
On en arrive ensuite à l'episode de l'imprimante, où ils déforment clairement la réalité : le problème n'est pas qu'ici on change alors qu'ailleurs on répare parce qu'ici le travail est trop cher, le problème vient du fait qu'on ait mis un compteur qui bloque l'imprimante après un certain nombre de pages. Mais ca, ils oublient bien d'en parler, nos deux "economistes" qui sont pourtant si prompts à souligner les choses dont le documentaire en question ne parle pas. C'est bizzare, cette chose qu'ils oublient, c'est un truc qui prouve que l'obsolecence programmée est une réalitée, et non pas un mythe, comme le suggère le titre de leur article...
[^] # Re: Ma liste perso
Posté par CHP . En réponse au journal Le téléphone portable idéal du libriste. Évalué à 4.
Cet article est interessant a plus d'un titre, mais pour le découvrir il faut garder un oeil critique.
Oui, mais non. Il est beaucoup plus facile de faire acheter un collant à 4euros toutes les deux semaines qu'un collant à 100 euros tous les ans, meme si ce dernier reviens moins cher de 4 euros. Son argumentation ne tient pas : "elles démontrent qu'elles sont pretes a mettre 104 euros par an dans des collants". Non ! Elles démontrent qu'elles sont pretes à mettre 4 euros toutes les deux semaines. Ce n'est pas du tout la meme chose.
Oui, mais non : ce n'est pas plus cher de faire des collants qui durent 1 an. C'est moins cher ! Rappel : on rajoute quelque chose, on fait un traitement en plus au nylon pour qu'il devienne moins résistant. Je vois pas comment ca pourrait être moins cher de faire un traitement en plus !
On vient de froler le point Godwin, là !
On ne nous met pas un pistolet sur la tempe, c'est vrai. Mais bon, les publicitaires savent quand meme bien étudier et utiliser toutes les techniques de manipulation mentale connues.
Bah c'est le principe d'un cartel : on comprend qu'on a bien tous interet a bien s'entendre, donc on garde les memes prix élevés et la meme qualité pour tous. Pas besoin de s'assurer qu'aucun membre ne rompe l'accord : il suffit de s'assurer que tous les membres aient bien compris qu'ils n'y ont aucun interet.
Visiblement, d'apres ces economistes, les cartels n'existent pas. Moui.... La téléphonie mobile, en france, jusqu'a dernièrement, c'etait tellement pas un cartel, que lorsqu'un concurrent est arrivé, ils ont tous trouvé le moyen de faire entre moitié moins cher et 5 fois moins cher...
Bah oui, mais si le gars qui fait le reportage dispose d'une heure, il est obligé de faire des raccourcis. Il ne peut pas consacrer 2heures a expliquer le fonctionnement de ce fameux cartel.
C'est pathétique d'essayer de tourner les gens au ridicule de cette facon...
Oui, en 1930, on etait cons, mais maintenant, on sait comment on sort des crises economiques. On le sait tellement bien, qu'on est en crise economique depuis bientot 4 ans, et que ca risque de durer encore. Quand il dit "nous n'avons pas tellement changé, mais nous avons moins d'excuses", bah on est d'accord. Surtout s'il parle des economistes.
Bah non, le consommateur n'y a pas gagné : lorsqu'un ingénieur concevait quelque chose qui ne correspondait pas à ce que le consommateur désirait, il n'achetait pas, et l'entreprise perdait de l'argent (ou fermait). Donc ceux qui y ont gagné, dans l'histoire, c'est les entreprises, pas les consomateurs. Perso je vois pas ce que le consommateur a gagné a avoir un iphone premiere generation qui soit "design" et "hype" mais incapable d'envoyer un mms...
Le marketing et le design, c'est vraiment deux choses qui me font hurler, alors les voir ainsi portés aux nues...
On en arrive ensuite à l'episode de l'imprimante, où ils déforment clairement la réalité : le problème n'est pas qu'ici on change alors qu'ailleurs on répare parce qu'ici le travail est trop cher, le problème vient du fait qu'on ait mis un compteur qui bloque l'imprimante après un certain nombre de pages. Mais ca, ils oublient bien d'en parler, nos deux "economistes" qui sont pourtant si prompts à souligner les choses dont le documentaire en question ne parle pas. C'est bizzare, cette chose qu'ils oublient, c'est un truc qui prouve que l'obsolecence programmée est une réalitée, et non pas un mythe, comme le suggère le titre de leur article...