• [^] # Re: Réseau social

    Posté par . En réponse à la dépêche Le libre accès et l'appel au boycott contre Elsevier. Évalué à 9.

    La bibliométrie étant devenue un index d'évaluation pour la qualité de la recherche, on n'est pas prêt de changer le système.

    Pour info, beaucoup d'éditeurs scientifiques (openaccess principalement) ont mis en place sur le site la possibilité de commenter les articles. Ça ne marche absolument pas, les gens ont d'autre chose à faire que d'aller reviewer sans aucune raison des articles aléatoires sur Internet. Le peer-review marche sur la base du bénévolat, mais les gens ne le font que parce qu'on leur demande personnellement, ces demandes sont des signes de reconnaissance, et en général, ce signe suffit à la motivation. L'autre motivation c'est le rôle de filtre, c'est important de ne pas laisser passer les mauvais papiers. Si l'article est déja publié, lui mettre une mauvaise notre ou un commentaire négatif n'a pas du tout le même impact. Bref, la review "a posteriori" n'a aucun avenir.

    Ce qui fonctionne un peu mieux, c'est les "revues de presse" a posteriori, des sélections d'articles intéressants après leur publication. C'est sur ce principe que fonctionne la "Faculty of 1000", qui propose des listes d'articles choisis par des scientifiques éminents... et payés pour ce service. Donc l'accès aux listes est payant, ce sont les institutions qui payent, et ça ne résoud pas du tout le problème.

    Le principal obstacle à mon avis à l'évaluation ouverte est l'effet de réseau, le même qui génèrent 90% de "j'aime" aux vidéos de Dédé en vacances sur les réseaux sociaux. Il va se mettre en place très rapidement des communautés d'amis qui ont des affinités scientifiques ou méthodologiques et qui vont s'autocongratuler en boucle. Par contre, les gens qui vont vraiment prendre leur rôle au sérieux et fournir des critiques plus argumentées vont se retrouver rapidement exclues des réseaux et leur boulot ne sera jamais reconnu. En plus de ça, il existe simplement des facteurs humains qui gênent l'honnêteté du processus : il est socialement inadéquat de descendre gratuitement le travail de quelqu'un qu'on ne connait pas quand on ne nous a rien demandé.

    Bref, les réseaux Facebook, dans le monde de la recherche, je ne vois pas comment ça peut fonctionner. Il y a quelques principes auxquels le remplaçant du système actuel ne pourra pas déroger : (i) l'utilisation et la reconnaissance institutionnelle de facteurs quantitatifs comme proxys de la qualité et de l'intérêt d'un travail scientifique, (ii) l'aspect gratifiant du travail "gratuit" et son efficacité (par exemple son influence sur le devenir d'un article), et (iii) la possibilité de bloquer (ou de reléguer dans une seconde zone, comme "Arxiv") les travaux sans intérêt, de manière à contenir le nombre de publications significatives dans un domaine.