Ça peut aussi vouloir dire : j'y ai réfléchi mais je ne trouve pas de réponse satisfaisante. Donc pour l'instant je n'en sais rien.
L'agnosticisme est une position scientifique tout à fait acceptable dans certains contextes. Pour reprendre l'exemple donné par Dawkins dans son excellent "The God delusion", la plupart des scientifiques est agnostique sur la question de l'existence de la vie extraterrestres: on ne les a pas encore trouvés, donc on n'a pas démontré qu'ils existaient, mais en même temps, on ne peut pas rejeter leur existence sur la base d'un raisonnement probabiliste. Chacun place le curseur un peu où il veut sur le segment ]0-1[ de la probabilité d'existence des ETs, mais la position de Dawkins (plus près de 0.5 que des extrêmes) est raisonnable.
Pour l'existence de Dieu, l'argument est de dire que la science expérimentale a détruit la quasi-totalité des propositions réfutables émises à partir des mythes des différentes religions, et qu'il n'y a aucune indication que le mouvement puisse s'inverser dans l'avenir. Par exemple, si on prend la Bible, on peut y trouver des propositions scientifiquement réfutables : l'ordre de création de l'Univers (la terre avant les étoiles, etc), l'âge de la terre, sa forme ("aux quatre coins du monde"), etc. Ces propositions reflètent l'état des connaissances des gens qui ont écrit la Bible, et s'ils ont par chance écrit des choses vaguement semblables aux théories scientifiques actuelles, ils se sont magistralement planté la plupart du temps (et il a même souvent été dit que l'aspect "scientifique" de la Bible aurait pu être bien meilleur si ses rédacteurs avaient eu une culture scientifique à l'époque).
Alors oui, certains théologiens utilisent le joker "suprême" de la métaphore : ah oui mais en fait, les 7 jours de la création, c'est une métaphore, et c'est compatible avec 4.5 milliards d'années d'évolution. L'argument est imparable, surtout qu'on redéfinit ce qui est métaphorique ou ce qui ne l'est pas en fonction du progrès des connaissances : Quand Jésus marche sur l'eau, c'est une métaphore, mais quand on dit de cramer les homos, ça c'est sérieux (genre, Dieu ne pouvais pas mettre en italique ce qui était métaphorique, il laisse le choix aux mortels de cramer les pécheurs jusqu'à ce que la science suggère qu'on aurait peut-être mieux fait de pas les cramer). Bref, il y a 200 ans, la création du monde telle que relatée dans la Bible, c'était la vérité vraie, maintenant, c'est une métaphore. Par contre, la création de l'Univers dans la bible, ça doit être le big bang -- je parie que ça va devenir une métaphore un de ces jours.
Mais à mon avis, ce qui est le plus frappant, c'est le renoncement par la plupart des théologiens à la nature interventionniste de Dieu. Si on essaye d'estimer l'effet d'une prière sur la guérison de la même manière que l'effet d'un médicament, on ne trouve rien d'autre que l'effet Placébo habituel : prier pour quelqu'un ne sert donc absolument à rien, soit Dieu n'entend rien, soit il ne fait rien, soit il traite de la même manière les malades cathos, boudhistes ou athées, qu'on prie pour eux ou non (donc il se fout totalement des prières). Dans le même temps, malgré les progrès techniques, on n'a jamais réussi à enregistrer ou reproduire un miracle de manière scientifique ; personne n'a filmé de manière convaincante une guérison miraculause ou l'apparition de la Vierge dans une grotte. Il n'y a pas non plus aucune trace statistique de miracles ; par exemple, le nombre de survivants dans les catastrophes aériennes suit exactement les lois statistiques attendues -- si Dieu sauve des gens, il les sauve selon les lois de la statistique et de la physique (par exemple, il sauve les passagers installés dans l'axe des ailes, la partie la plus renforcée d'un avion). Soit Dieu fait bien attention à réaliser ses miracles loin d'un smartphone, soit il n'y a pas plus de miracles que de poils sur un œuf dur. Bref, la science a démontré au moins deux choses qui n'étaient pas du tout évidentes il y a 2000 ans : 1) Rien ne soutient le caractère surnaturel de la Bible (c'est juste un bouquin écrit par des Hommes et inspiré de légendes plus anciennes), et 2) Rien ne soutient le caractère interventionniste de Dieu. Bref, si il y a même 500 ans des gens intelligents et raisonnables plaçaient le curseur à mi-chemin entre 0 et 1, chaque nouvelle constatation scientifique a déplacé année après année le curseur vers le 0. Actuellement, n'importe qui disposant d'une culture scientifique moyenne et d'une liberté d'esprit pas trop engoncée dans ses croyances familiales admet que le curseur est tellement proche de 0 qu'il est probablement plus sage de le mettre carrément à 0 plutôt que d'espérer qu'une expérience scientifique aille dans le sens contraire des millions de précédentes dans les années qui viennent.
Alors bon, la théologie accorde bien entendu une place à un Dieu non-interventionniste, un observateur bienveillant qui n'agit pas sur le monde (par choix, autrement s'il ne peut pas agir du tout, ce n'est pas un Dieu). Parfois, on peut lire des trucs comme "Dieu a créé l'univers parfait avec le Big Bang, il n'a plus à intervenir", mais évidemment, c'est un argument magique seulement en apparence : il n'y a aucune différence entre "ne pas exister" et "exister mais de manière parfaitement indétectable et irréfutable". Les trucs basés sur un Dieu non-interventionniste finissent toujours sur des problèmes de sémantique superficiellement profonds, par exemple à la question de l'existence de Dieu au moment du big bang (comment Dieu peut-il provoquer quelque chose sans exister, puisque rien ne peut exister avant le big bang), on entend souvent des réponses comme "Dieu existe hors du temps et de l'espace". Ce n'est pas profond du tout, c'est simplement des mots qui n'ont pas de sens. Je peux aussi dire que ma carte mère transcende le processeur, ou que le Dalaï Lama aurait quand même existé s'il y avait eu plus d'antimatière que de matière dans l'univers ; quand on arrive à des réponses qui n'ont pas de sens, c'est simplement qu'on s'est coincé dans un raisonnement fallacieux.
Ah si, un classique : Dieu existe pour ceux qui y croient, c'est donc une manière d'exister. L'avantage, c'est que ça marche aussi avec le père Noël :-)
[^] # Re: C'est dingue... Donc, merci.
Posté par arnaudus . En réponse au journal Plaisir de lire, réjouissance du malheur d'autrui.. Évalué à 9.
L'agnosticisme est une position scientifique tout à fait acceptable dans certains contextes. Pour reprendre l'exemple donné par Dawkins dans son excellent "The God delusion", la plupart des scientifiques est agnostique sur la question de l'existence de la vie extraterrestres: on ne les a pas encore trouvés, donc on n'a pas démontré qu'ils existaient, mais en même temps, on ne peut pas rejeter leur existence sur la base d'un raisonnement probabiliste. Chacun place le curseur un peu où il veut sur le segment ]0-1[ de la probabilité d'existence des ETs, mais la position de Dawkins (plus près de 0.5 que des extrêmes) est raisonnable.
Pour l'existence de Dieu, l'argument est de dire que la science expérimentale a détruit la quasi-totalité des propositions réfutables émises à partir des mythes des différentes religions, et qu'il n'y a aucune indication que le mouvement puisse s'inverser dans l'avenir. Par exemple, si on prend la Bible, on peut y trouver des propositions scientifiquement réfutables : l'ordre de création de l'Univers (la terre avant les étoiles, etc), l'âge de la terre, sa forme ("aux quatre coins du monde"), etc. Ces propositions reflètent l'état des connaissances des gens qui ont écrit la Bible, et s'ils ont par chance écrit des choses vaguement semblables aux théories scientifiques actuelles, ils se sont magistralement planté la plupart du temps (et il a même souvent été dit que l'aspect "scientifique" de la Bible aurait pu être bien meilleur si ses rédacteurs avaient eu une culture scientifique à l'époque).
Alors oui, certains théologiens utilisent le joker "suprême" de la métaphore : ah oui mais en fait, les 7 jours de la création, c'est une métaphore, et c'est compatible avec 4.5 milliards d'années d'évolution. L'argument est imparable, surtout qu'on redéfinit ce qui est métaphorique ou ce qui ne l'est pas en fonction du progrès des connaissances : Quand Jésus marche sur l'eau, c'est une métaphore, mais quand on dit de cramer les homos, ça c'est sérieux (genre, Dieu ne pouvais pas mettre en italique ce qui était métaphorique, il laisse le choix aux mortels de cramer les pécheurs jusqu'à ce que la science suggère qu'on aurait peut-être mieux fait de pas les cramer). Bref, il y a 200 ans, la création du monde telle que relatée dans la Bible, c'était la vérité vraie, maintenant, c'est une métaphore. Par contre, la création de l'Univers dans la bible, ça doit être le big bang -- je parie que ça va devenir une métaphore un de ces jours.
Mais à mon avis, ce qui est le plus frappant, c'est le renoncement par la plupart des théologiens à la nature interventionniste de Dieu. Si on essaye d'estimer l'effet d'une prière sur la guérison de la même manière que l'effet d'un médicament, on ne trouve rien d'autre que l'effet Placébo habituel : prier pour quelqu'un ne sert donc absolument à rien, soit Dieu n'entend rien, soit il ne fait rien, soit il traite de la même manière les malades cathos, boudhistes ou athées, qu'on prie pour eux ou non (donc il se fout totalement des prières). Dans le même temps, malgré les progrès techniques, on n'a jamais réussi à enregistrer ou reproduire un miracle de manière scientifique ; personne n'a filmé de manière convaincante une guérison miraculause ou l'apparition de la Vierge dans une grotte. Il n'y a pas non plus aucune trace statistique de miracles ; par exemple, le nombre de survivants dans les catastrophes aériennes suit exactement les lois statistiques attendues -- si Dieu sauve des gens, il les sauve selon les lois de la statistique et de la physique (par exemple, il sauve les passagers installés dans l'axe des ailes, la partie la plus renforcée d'un avion). Soit Dieu fait bien attention à réaliser ses miracles loin d'un smartphone, soit il n'y a pas plus de miracles que de poils sur un œuf dur. Bref, la science a démontré au moins deux choses qui n'étaient pas du tout évidentes il y a 2000 ans : 1) Rien ne soutient le caractère surnaturel de la Bible (c'est juste un bouquin écrit par des Hommes et inspiré de légendes plus anciennes), et 2) Rien ne soutient le caractère interventionniste de Dieu. Bref, si il y a même 500 ans des gens intelligents et raisonnables plaçaient le curseur à mi-chemin entre 0 et 1, chaque nouvelle constatation scientifique a déplacé année après année le curseur vers le 0. Actuellement, n'importe qui disposant d'une culture scientifique moyenne et d'une liberté d'esprit pas trop engoncée dans ses croyances familiales admet que le curseur est tellement proche de 0 qu'il est probablement plus sage de le mettre carrément à 0 plutôt que d'espérer qu'une expérience scientifique aille dans le sens contraire des millions de précédentes dans les années qui viennent.
Alors bon, la théologie accorde bien entendu une place à un Dieu non-interventionniste, un observateur bienveillant qui n'agit pas sur le monde (par choix, autrement s'il ne peut pas agir du tout, ce n'est pas un Dieu). Parfois, on peut lire des trucs comme "Dieu a créé l'univers parfait avec le Big Bang, il n'a plus à intervenir", mais évidemment, c'est un argument magique seulement en apparence : il n'y a aucune différence entre "ne pas exister" et "exister mais de manière parfaitement indétectable et irréfutable". Les trucs basés sur un Dieu non-interventionniste finissent toujours sur des problèmes de sémantique superficiellement profonds, par exemple à la question de l'existence de Dieu au moment du big bang (comment Dieu peut-il provoquer quelque chose sans exister, puisque rien ne peut exister avant le big bang), on entend souvent des réponses comme "Dieu existe hors du temps et de l'espace". Ce n'est pas profond du tout, c'est simplement des mots qui n'ont pas de sens. Je peux aussi dire que ma carte mère transcende le processeur, ou que le Dalaï Lama aurait quand même existé s'il y avait eu plus d'antimatière que de matière dans l'univers ; quand on arrive à des réponses qui n'ont pas de sens, c'est simplement qu'on s'est coincé dans un raisonnement fallacieux.
Ah si, un classique : Dieu existe pour ceux qui y croient, c'est donc une manière d'exister. L'avantage, c'est que ça marche aussi avec le père Noël :-)