Dans la plupart des pays, et en France depuis 1973, il est interdit à la Banque centrale de financer directement, par émission monétaire, les gouvernements nationaux. Cette règle a été adoptée au moment où, avec la fin de la convertibilité or du Dollar, la monnaie mondiale est devenue une pure monnaie de crédit. Autrement dit, dans tous les pays du monde, les banques centrales n’ont plus émis la monnaie à partir d’un stock d’or qui représentait une valeur sûre, mais à partir d’un jugement sur la cohérence entre les prêts que concédaient les banques privées.
En quelque sorte on a renoncé à l’or, "cette relique barbare" disait Keynes , que moyennant une règle de prudence, la "double signature" : les banques privées évaluent la crédibilité de l’emprunteur, puis les banques centrales évaluent la crédibilité des banques en réescomptant, contre une pure monnaie de papier, les crédits qu’avaient concédé ces banques privées aux emprunteurs. En l’état actuel des choses, je crois qu’il faut renforcer ce genre de règles de prudence, en se débarrassant des agences de notation (qui racontent n’importe quoi) et en créant de véritables offices, transparents et autant que faire se peut scientifiques, chargés d’évaluer la fragilité des différents emprunteur, publics comme privés, et surtout il nous faut un institut d’évaluation "macro prudentiel" de la cohérence des niveaux d’endettement des différents agents de l’économie européenne.
La méthode actuelle, dans laquelle on laisse les marchés procéder à une première évaluation du crédit que l’on peut accorder aux Etats qui s’endettent, puis la Banque centrale intervient en pompier pour acheter aux banques privées les crédits de plus en plus pourris accordés aux promoteurs immobiliers ou aux Etats (sans que les fameuses agences de notation se soient aperçu de leur pourriture...), cette méthode est trop archaïque.
Mais pour l’instant on n’en a pas d’autre. Un avantage de la création d’eurobonds, c’est qu’il obligerait à concevoir ces nouvelles règles prudentielles à inventer.
Cela dit, au fond, il faudra de plus en plus regarder la réalité en face : une partie conséquente des dettes mondiales ne sera jamais remboursée, parce qu’elle représente un modèle de développement caduc (par exemple des exhubérentes autoroutes espagnoles, les hôtels des stations balnéaires de masse). Il vaut mieux, dans des conférences internationales, négocier le rééchelonnement général de ces dettes, par des mécanismes qui ne provoquent évidemment pas la faillite des banques qui ont fait crédit, et qui n’entravent pas l’émission de nouveaux crédits pour financer la conversion verte.
[^] # Re: Loi Pompidou-Giscard de 1973
Posté par Internaciulo . En réponse au journal [HS] où trouver 10 milliards ?. Évalué à 8.
commentaire bookmark à propos de la Loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France
Dans la plupart des pays, et en France depuis 1973, il est interdit à la Banque centrale de financer directement, par émission monétaire, les gouvernements nationaux. Cette règle a été adoptée au moment où, avec la fin de la convertibilité or du Dollar, la monnaie mondiale est devenue une pure monnaie de crédit. Autrement dit, dans tous les pays du monde, les banques centrales n’ont plus émis la monnaie à partir d’un stock d’or qui représentait une valeur sûre, mais à partir d’un jugement sur la cohérence entre les prêts que concédaient les banques privées.
En quelque sorte on a renoncé à l’or, "cette relique barbare" disait Keynes , que moyennant une règle de prudence, la "double signature" : les banques privées évaluent la crédibilité de l’emprunteur, puis les banques centrales évaluent la crédibilité des banques en réescomptant, contre une pure monnaie de papier, les crédits qu’avaient concédé ces banques privées aux emprunteurs. En l’état actuel des choses, je crois qu’il faut renforcer ce genre de règles de prudence, en se débarrassant des agences de notation (qui racontent n’importe quoi) et en créant de véritables offices, transparents et autant que faire se peut scientifiques, chargés d’évaluer la fragilité des différents emprunteur, publics comme privés, et surtout il nous faut un institut d’évaluation "macro prudentiel" de la cohérence des niveaux d’endettement des différents agents de l’économie européenne.
La méthode actuelle, dans laquelle on laisse les marchés procéder à une première évaluation du crédit que l’on peut accorder aux Etats qui s’endettent, puis la Banque centrale intervient en pompier pour acheter aux banques privées les crédits de plus en plus pourris accordés aux promoteurs immobiliers ou aux Etats (sans que les fameuses agences de notation se soient aperçu de leur pourriture...), cette méthode est trop archaïque.
Mais pour l’instant on n’en a pas d’autre. Un avantage de la création d’eurobonds, c’est qu’il obligerait à concevoir ces nouvelles règles prudentielles à inventer.
Cela dit, au fond, il faudra de plus en plus regarder la réalité en face : une partie conséquente des dettes mondiales ne sera jamais remboursée, parce qu’elle représente un modèle de développement caduc (par exemple des exhubérentes autoroutes espagnoles, les hôtels des stations balnéaires de masse). Il vaut mieux, dans des conférences internationales, négocier le rééchelonnement général de ces dettes, par des mécanismes qui ne provoquent évidemment pas la faillite des banques qui ont fait crédit, et qui n’entravent pas l’émission de nouveaux crédits pour financer la conversion verte.