Je suis traducteur (anglais, allemand), et locuteur de plusieurs langues (l'italien en plus).
Contrairement à ce qu'on dit, l'irrégularité n'est pas forcément un problème en soi.
L'allemand est une langue extrêmement régulière. Même les verbes que les collégiens français apprennent comme irréguliers suivent une règle systématique simple. Les déclinaisons ne souffrent pas d'exception. L'accent standard possède peu de phonèmes, et on prononce toutes les lettres. Nietsche expliquait gentiment que si on veut raisonner, il faut le faire en allemand. Soit. Mais ce n'est le cas de personne en dehors de ceux dont c'est la langue maternelle, pour des raisons de rapport de force brutaux entre États (et non entre cultures, j'y tiens).
L'anglais, contrairement à ce qu'on croit, est une langue aussi très régulière. La grammaire (qui pose en général plus de problèmes que le vocabulaire) est extrêmement simple, ce qui rend la traduction automatique bien plus efficace. Pour cette histoire de dérivation, c'est une sombre ânerie : il y a les racines germaniques et les racines latines. Les deux ont des dérivés, ce qui fait par exemple qu'un locuteur français peut à l'écrit comprendre très facilement un énoncé construit.
Enfin, la question de la prononciation compliquée est un faux problème. L'anglais est parlé dans des populations de cultures très diverses ; à ce titre, les accents sont très divers. Les vocabulaires aussi. Dire "l'accent d'Oxford est très compliqué, personne n'y arrivera" est vrai ET stupide, parce que personne ne parle avec l'accent des bourgeois d'Oxford.
Lorsque des locuteurs non-natifs parlent entre eux en anglais, ils se comprennent très facilement, précisément parce que leur prononciation est extrêmement simplifiée.
L'anglais qui est utilisé dans le monde économique est un sous-ensemble de l'anglais, avec une prononciation standardisée qui ne dit pas son nom, de même que la grammaire (plus de s de 3e personne, plus de conjugaison au passé, etc.)
Or l'anglais se plie relativement facilement à ce traitement douloureux en raison de son histoire : il est une langue populaire (parlée par les saxons conquis en Angleterre, les pauvres aux États-Unis, les pauvres en Afrique) et n'a pas été comme le français la langue des aristocrates et de la diplomatie avant tout pour des locuteurs non-natifs. En outre l'anglais a absorbé des termes étrangers et créé des néologismes spontanément avec une facilité étonnante (contre-exemple flagrant : l'académie française, qui n'a toujours pas fini son dico).
Dire que l'anglais n'est pas "rentable" est absurde à plusieurs titres.
Enfin, une langue artificielle n'évolue pas. Adieu poésie, adieu jeux de mots qui sont tout de même essentiels lors du maniement d'une langue.
Qu'on ne se méprenne pas, il faut absolument préserver les langues, toutes les langues, parce que ce sont des façons de penser différentes. Pour cela il faut stimuler l'apprentissage de plusieurs langues étrangères chez les jeunes, leur donner de bonnes bases en grammaire dans leur langue natale, et pousser au maximum les traductions.
[^] # Sombres âneries
Posté par Brndan (site web personnel) . En réponse à la dépêche Est‐il démocratique, adapté et rentable que l’anglais soit la langue internationale ?. Évalué à 7.
Je suis traducteur (anglais, allemand), et locuteur de plusieurs langues (l'italien en plus).
Contrairement à ce qu'on dit, l'irrégularité n'est pas forcément un problème en soi.
L'allemand est une langue extrêmement régulière. Même les verbes que les collégiens français apprennent comme irréguliers suivent une règle systématique simple. Les déclinaisons ne souffrent pas d'exception. L'accent standard possède peu de phonèmes, et on prononce toutes les lettres. Nietsche expliquait gentiment que si on veut raisonner, il faut le faire en allemand. Soit. Mais ce n'est le cas de personne en dehors de ceux dont c'est la langue maternelle, pour des raisons de rapport de force brutaux entre États (et non entre cultures, j'y tiens).
L'anglais, contrairement à ce qu'on croit, est une langue aussi très régulière. La grammaire (qui pose en général plus de problèmes que le vocabulaire) est extrêmement simple, ce qui rend la traduction automatique bien plus efficace. Pour cette histoire de dérivation, c'est une sombre ânerie : il y a les racines germaniques et les racines latines. Les deux ont des dérivés, ce qui fait par exemple qu'un locuteur français peut à l'écrit comprendre très facilement un énoncé construit.
Enfin, la question de la prononciation compliquée est un faux problème. L'anglais est parlé dans des populations de cultures très diverses ; à ce titre, les accents sont très divers. Les vocabulaires aussi. Dire "l'accent d'Oxford est très compliqué, personne n'y arrivera" est vrai ET stupide, parce que personne ne parle avec l'accent des bourgeois d'Oxford.
Lorsque des locuteurs non-natifs parlent entre eux en anglais, ils se comprennent très facilement, précisément parce que leur prononciation est extrêmement simplifiée.
L'anglais qui est utilisé dans le monde économique est un sous-ensemble de l'anglais, avec une prononciation standardisée qui ne dit pas son nom, de même que la grammaire (plus de s de 3e personne, plus de conjugaison au passé, etc.)
Or l'anglais se plie relativement facilement à ce traitement douloureux en raison de son histoire : il est une langue populaire (parlée par les saxons conquis en Angleterre, les pauvres aux États-Unis, les pauvres en Afrique) et n'a pas été comme le français la langue des aristocrates et de la diplomatie avant tout pour des locuteurs non-natifs. En outre l'anglais a absorbé des termes étrangers et créé des néologismes spontanément avec une facilité étonnante (contre-exemple flagrant : l'académie française, qui n'a toujours pas fini son dico).
Dire que l'anglais n'est pas "rentable" est absurde à plusieurs titres.
Enfin, une langue artificielle n'évolue pas. Adieu poésie, adieu jeux de mots qui sont tout de même essentiels lors du maniement d'une langue.
Qu'on ne se méprenne pas, il faut absolument préserver les langues, toutes les langues, parce que ce sont des façons de penser différentes. Pour cela il faut stimuler l'apprentissage de plusieurs langues étrangères chez les jeunes, leur donner de bonnes bases en grammaire dans leur langue natale, et pousser au maximum les traductions.