• [^] # Re: Conditionnons dans la joie

    Posté par . En réponse à la dépêche Deux nouveaux CD pour découvrir les jeux libres. Évalué à 6.

    Sur ce sujet précis :

    « Une dame peut devenir très bonne cavalière, c’est-à-dire mettre facilement son cheval à toutes les allures, le conserver en équilibre et le conduire avec précision mais elle doit prendre le soin de ne monter qu’un cheval sage et bien dressé; d’abord parce qu’il n’est pas dans le caractère de ce sexe timide autant que gracieux de s’exposer à batailler avec son cheval; ensuite parce que celui-ci ne tarderait à s’apercevoir du peu de force qu’on lui oppose, et que d’ailleurs la position d’une femme ne comporte pas assez de moyens de répression. »
    (Baucher 1851)

    Lire pour plus d'éclairage :
    Des Amazones aux amazones. Équitation et statut féminin

    Dont je livre ici un extrait à vos scientifiques esprits.

    Empêchées d’ouvrir les cuisses pour chevaucher, les femmes se trouvent doublement écartées du pouvoir, du pouvoir sur l’animal et du pouvoir par l’animal. Il est possible d’établir un parallèle entre cet accès particulier des femmes au cheval (avant le XXe siècle) et leur accès aux outils. Les femmes se voient « constamment refuser la possibilité de prolonger leur corps et leurs bras d’outils complexes qui augmenteraient leur pouvoir sur la nature » ; de même en équitation, on leur refuse une technique qui leur garantirait un contrôle performant de l’animal et leur donnerait un accès complet au monde équestre. L’étude de la différenciation sexuelle des outils dans certaines sociétés primitives met en évidence que le travail féminin est bloqué par deux interdits : l’emploi des armes et des outils-armes, et l’emploi des instruments de production complexes. Ces interdits assurent aux hommes un contrôle de tout le processus productif et confinent les femmes dans des activités subordonnées, même lorsqu’elles accomplissent la plus grande partie des opérations agricoles. Le double rôle des outils masculins explique aussi leur « rôle symbolique, leur identification avec le sexe masculin ou avec la virilité ». L’accès à l’équitation suit la même logique : les femmes ont un accès au cheval via une technique qui les met dans une position handicapante et les « confine dans un rôle subordonné ». La maîtrise de l’équitation permet aux hommes d’asseoir leur pouvoir et, corollairement, de construire une dimension symbolique masculine qui contribue à la hiérarchisation entre les sexes.