• [^] # Re: Ca ne va pas changer grand chose...

    Posté par . En réponse au journal Liberté de la presse et mensonge d'Etat. Évalué à 4.

    le droit de contrôle de la planche à billet revient à un décideur et un seul : le marché.

    Je ne sais pas si tu te rend compte que ta phrase est un non sens total. C'est exactement comme si tu disais que la démocratie c'est la dictature d'une personne et d'une seule : le peuple. Le marché n'est pas une entité unique, c'est les banques, les entreprises, les ménages, et nous et nous... Bref le monde réel. Après on peut dire que le monde réel doit se plier aux lois de la politique (c'est l'avis de quelques politiciens, pas le mien). Ou critiquer le fait que ce n'est pas le marché qui dicte ses lois mais quelques acteurs privilégiés uniquement. Mais je crois que tu as une interprétation un peu personnelle du terme marché, et donc on ne sais pas trop de quoi tu parles au juste.

    Le gros problème de laisser le gouvernement contrôler la banque centrale, c'est qu'il a tendance à laisser filer l'inflation pour avoir de l'argent pas cher. Le marché (le vrai, ie les entreprises, les ménages, etc...) craignant cela, va imaginer que l'inflation sera importante. Or on a une capacité d'investissement moindre en période d'inflation importante. D'où investissement plus faible, d'où croissance plus faible, chômage, perte du pouvoir d'achat, mort et désolation, ...

    En fait ce qui est vraiment intéressant c'est de faire croire qu'il y aura une inflation plus faible que l'inflation réelle, car dans ce cas il y a les avantages de l'inflation (remboursement des dettes, ...) sans les inconvénients (absence de croissance). Ce qui est bien pour la société c'est de lui mentir, il faut mieux entendre ca que d'avoir une crise économique.

    Ceci est vrai dans une perspective dynamique. Petit scénario :
    année 1: le gouvernement annonce qu'il y aura 1% d'inflation. Il imprime plus de billets, et il y a 2%.
    année 2: le gouvernement annonce 2% d'inflation. Chat échaudé craint l'eau froide, le marché prévoit 3%, donc investit moins (par ex 1% d'investissement en moins par rapport à une prévisions à 2%).

    Trois possibilités pour le gouvernement:
    1. Faire 3% d'inflation, puis l'année d'après 4%, puis 5%, etc. D'où au final hyperinflation, avec les conséquences que l'on sait.
    2. Faire 2% d'inflation. On a perdu 1% d'investissement.
    3. Faire 1% (par exemple) d'inflation. On a perdu 1% d'investissement, et moins d'inflation.

    Donc dans tous les cas le contrôle du gouvernement est mauvais. Alors on a imaginé à la place un système simple : au lieu que le gouvernement fixe chaque année les objectifs à atteindre, on dit une bonne fois pour toute "on veut entre 1.75% et 2.25% d'inflation" et on laisse un organisme indépendant s'occuper de cet objectif. La banque centrale indépendante est née. C'est peut-être non démocratique, mais tout ne peux pas être démocratique. C'est un concept tellement fondamental pour toute l'économie que l'efficacité vaut peut-être le non contrôle direct des gouvernements sur la banque centrale.

    Après il peut y avoir des subtilités, par exemple la BCE a comme unique objectif l'inflation, alors que la FED a comme objectifs l'inflation et (dans une moindre mesure) la croissance économique. Les deux approches se défendent, et c'est un débat très compliqué et théorique, qui n'a pas sa place sur linuxfr je pense.