Ce qui est bizarre, c'est que c'est l'avis de tout les pirates mais d'assez peu de gens piratés. Mais tu vas faire toujours exprès de pas comprendre.
Entre ce qui est perçu (« Hé mais c'est ma musique que t'écoutes ! T'as payé pour ça au moins ?! ») et la réalité, y'a un monde. La « gratuité » qu'offre le p2p et autres moyens de téléchargement sur le net fait qu'effectivement plus de monde va sans doute écouter/télécharger une œuvre sans payer. Plein de monde va aussi acheter l'œuvre en question parce qu'ils ont découvert gratuitement l'œuvre. Ce qui dérange les artistes, j'ai l'impression, c'est que le nombre de gens qui écoutent sans payer et le nombre de gens qui finissent par acheter ne grandissent pas proportionnellement. Mais ce qu'ils oublient, c'est qu'au final, le nombre d'achat est TOUJOURS plus important que sans diffusion du tout via Internet (source : moi. Voir plus loin).
Je vais me répéter, mais bon allons-y, donnons quelques exemples.
Au bon vieux temps, on faisait comment déjà ?
Iron Maiden, ou « J'ai pas de sous pour payer 100FF un album de Maiden, je fais comment ?
Première copie de deux albums de Maiden quand j'ai 12 ans. Je ne sais pas ce qu'est le net à l'époque, et du coup je ... je ... ? Ah ben oui, j'exerce mon droit à copier une cassette audio vers une cassette vierge. Enfin, deux.
Metallica
Idem pour Metallica. Les deux groupes, je les connaissais parce qu'un pote m'avait un jour rapporté les cassettes en question en me disant que je devais écouter ça.
Bon, mais finalement à copier comme des gorets comme ça, on achète les CD oui ou merde ?
Lors d'un voyage chez les grands bretons, j'utilise un peu d'argent donné par mes parents pour acheter un album de Maiden, et un autre de Metallica. Les albums ne sont pas les mêmes que ceux que j'ai (légalement !) copiés. Mais j'ai bien payé des sous aux deux groupes.
À noter qu'acheter des cassettes audio n'est pas non plus totalement gratuit (~20-30FF pour 2 cassettes de 90 minutes si je me souviens bien).
Internet et Peer to Peer : ou comment satisfaire sa boulimie de musique
Tool un ch'tit groupe qu'il est bien (juste au niveau musical)
Fast forward. J'ai ~17 ans. J'ai Internet via le câble. Et on me parle de beaucoup de groupes que je ne connaissais pas : Nine Inch Nails, Tool, etc.
J'ai appris l'existence du groupe Tool il y a plus de 10 ans. On m'avait filé un CD de MP3 à l'époque.
J'ai commencé à écouter le bootleg qui se trouvait sur le CD deux ou trois ans après l'avoir acquis. J'étais encore un étudiant/lycéen sans le sou à l'époque.
Lorsque j'étais en stage, pas loin de cinq ans après avoir récupéré le CD de MP3 « original », j'ai acheté mon premier CD de Tool.
Deux ans plus tard, je réitérais (ça coïncide toujours avec des périodes où je suis rémunéré, de quelque façon que ce soit, c'est bizarre, hein?)
Nine Inch Nails, le groupe qui m'a fait dire « I wanna fuck you like an animal »
Pour Nine Inch Nails, c'est plus ou moins le même topo. À noter que Tool (et en particulier Meynard Keenan) sont des control freaks, à fond contre le « piratage », la copie, etc. Il faut vraiment que j'aime leur musique pour que j'achète leurs CD, même maintenant.
Au contraire, NiN (et donc Trent Reznor) s'est dégagé des majors dès qu'il a pu — i.e. dès que Reznor a eu suffisamment de sous et que la technologie a été suffisamment avancée pour qu'il puisse le faire. Au final, il propose ses albums sur le net (enfin ceux qui n'ont pas été produits avec son ancienne maison de disque) à des prix ridicules : gratuits, ou possiblement de l'ordre de 5$. Il a réitéré il y a peu avec la B.O. de The Social Network. Contre 5,ドル on obtient un enregistrement lossless de haute qualité. J'ai tout acheté. Au final, pas de CD, pas de packaging (sauf si on est prêt à payer ~20$), et trois albums payés 5$ pièce.
Et pourquoi pas ne pas écouter la musique à la radio ?
Je n'aime pas la musique que la plupart des radios françaises diffusent. Je n'aime pas la pub non plus. Même ici, aux USA, je n'écoute pas la radio car la pub est vraiment infernale (par contre il y a des stations qui diffusent de la musique que j'aime).
En fait, ma « radio » à moi, c'est Internet. Pas Deezer ou last.fm, non. Je télécharge les morceaux sur le net, en fonction de ce que j'ai entendu quelque part (chez un ami, à la télé, ou la radio1 etc.), ou qui m'ont été recommandés. Parfois, c'est simplement que je copie des fichiers depuis le disque dur externe d'un ami2. J'ai toujours fait ainsi : enregistrer un morceau depuis la radio sur une cassette, ou bien copier un CD ou une cassette sur une autre cassette, ou même plus tard copier d'un CD vers un autre CD.
Tous des pirates !
Je pense qu'il est bon de rappeler qu'on criait déjà au piratage, à l'assassinat, etc., du temps où la cassette audio a commencé à être commercialisée, et où les maisons d'édition/producteurs n'avaient plus le même contrôle absolu sur la marchandise qu'ils vendaient. Les industries du disque s'en sont pourtant relevées. L'avènement du CD a été une aubaine pour eux, puisque les graveurs étaient extrêmement chers à l'époque3. De même, la possibilité d'aller dans une vidéothèque et de louer une cassette vidéo, puis de copier celle-ci était parfaitement légale. Évidemment, les maisons d'édition n'étaient pas contentes. Mais je connais plein d'autres industries qui ne sont pas contentes parce qu'on ne les laisse pas vendre les produits comme elles l'entendent. Je suis sûr que Oracle serait très intéressé par forcer les gens à souscrire à un service de support pour toute installation de Java sur un OS ou un téléphone. Un opérateur téléphonique serait content de me forcer à souscrire à une assurance en cas de vol de mon portable à 1€ (assurance qui coûte 7€/mois, bien entendu)4.
J'ai tout entendu à propos du « piratage ». On m'a expliqué que « oui mais la différence entre le CD et la cassette, c'est que la cassette a un son dégradé par rapport au CD, donc la cassette c'est pas grave, mais le CD, si. Il ne faut pas autoriser la vente de graveurs. » Mais bien sûr. Je renvoie donc à ce que l'industrie disait à l'époque dans les années 50-60 à propos de la cassette (« voleurs », « pirates », etc.). Le CD était juste un nouvel outil pour contrôler la distribution des œuvres : la qualité de l'enregistrement n'a rien à voir avec tout ceci. Ensuite, lorsque Napster est arrivé, on a essayé de m'expliquer que « oui mais tu comprends, avant avec la cassette et le CD, c'était juste mano a mano, alors que là, c'est de la copie de masse ». Admettons. Mais à l'époque, vue la qualité des connexions Internet, on passait d'un format « parfait » (le CD) à un format avec pertes (MP3 128kbps), et donc exit l'excuse précédente du « Oui mais tu comprends le CD que tu copies tralala ».
Tous des vaches à lait, aussi.
Entre temps, la taxe sur les cassettes et CD a été généralisée à l'intégralité des supports de stockage. Je paie donc un droit à exercer mon droit à l'exception sur la copie privée (ou quelque soit le nom exact), qui me permet de copier des œuvres à titre privé.
Concernant le téléchargement sur Internet, le(s) juge(s) a tranché : télécharger une œuvre depuis Internet n'est pas condamnable. Mais télécharger vers Internet est de la contrefaçon. Ce qui signifie que globalement, des protocoles p2p tels que BitTorrent sont de facto des protocoles « illégaux » du point de vue de la loi française pour ce qui est de la copie d'œuvres via Internet. D'un point de vue purement technique (technique au sens du respect de la loi), je ne trouve rien à redire. D'un point de vue logique, je trouve ça débile. Le partage d'œuvres de l'esprit (pas forcément une œuvre d'art) est ce qui permet qu'elle se diffuse, et qu'elle soit visible. Et au final d'avoir plus de gens qui paient.
Et soit dit en passant, le bootleg qui m'a permis de connaître Tool et de finir par acheter leurs albums n'est pas (plus ?) commercialisé de nos jours. Idem pour les Nonnes Troppos, les VRP, et tout un tas d'autres groupes plus ou moins confidentiels qui ne ciblent pas le grand public directement.
[1] Je n'écoute pas la radio ou la télé, mais parfois elle mise en marche dans les coffee shops, dans la voiture d'amis, etc.
[2] Ce qui, selon moi, s'apparente à une exception à la loi sur le droit d'auteur en terme de copie privée. Mais IANAL, tout ça, tout ça.
[3] En 1994/1995, j'ai souvenir d'avoir vu des prix de l'ordre de 10'000FF — environ 1500€ — pour un graveur simple vitesse.
[4] Je sais, ces exemples ne sont pas les meilleurs qui soient, mais justement je trouve que montrer des exemples qui semblent absurdes permet de mettre en lumière que ce qui semble aller de soi pour certains est parfaitement incongru pour d'autres. Par exemple : si j'ai un appareil dont l'objectif est de pouvoir enregistrer et stocker des données (disons un magnétoscope), et qu'il est légalement autoriser de l'acheter, pourquoi est-ce que je n'aurais pas le droit de copier un film que j'ai loué ? Réponse : j'ai bien le droit.
[^] # Re: Merci Godard
Posté par lasher . En réponse au journal La licence globale, une "mauvaise solution pour un faux problème". Évalué à 9.
Sommaire
Entre ce qui est perçu (« Hé mais c'est ma musique que t'écoutes ! T'as payé pour ça au moins ?! ») et la réalité, y'a un monde. La « gratuité » qu'offre le p2p et autres moyens de téléchargement sur le net fait qu'effectivement plus de monde va sans doute écouter/télécharger une œuvre sans payer. Plein de monde va aussi acheter l'œuvre en question parce qu'ils ont découvert gratuitement l'œuvre. Ce qui dérange les artistes, j'ai l'impression, c'est que le nombre de gens qui écoutent sans payer et le nombre de gens qui finissent par acheter ne grandissent pas proportionnellement. Mais ce qu'ils oublient, c'est qu'au final, le nombre d'achat est TOUJOURS plus important que sans diffusion du tout via Internet (source : moi. Voir plus loin).
Je vais me répéter, mais bon allons-y, donnons quelques exemples.
Au bon vieux temps, on faisait comment déjà ?
Iron Maiden, ou « J'ai pas de sous pour payer 100FF un album de Maiden, je fais comment ?
Première copie de deux albums de Maiden quand j'ai 12 ans. Je ne sais pas ce qu'est le net à l'époque, et du coup je ... je ... ? Ah ben oui, j'exerce mon droit à copier une cassette audio vers une cassette vierge. Enfin, deux.
Metallica
Idem pour Metallica. Les deux groupes, je les connaissais parce qu'un pote m'avait un jour rapporté les cassettes en question en me disant que je devais écouter ça.
Bon, mais finalement à copier comme des gorets comme ça, on achète les CD oui ou merde ?
Lors d'un voyage chez les grands bretons, j'utilise un peu d'argent donné par mes parents pour acheter un album de Maiden, et un autre de Metallica. Les albums ne sont pas les mêmes que ceux que j'ai (légalement !) copiés. Mais j'ai bien payé des sous aux deux groupes.
À noter qu'acheter des cassettes audio n'est pas non plus totalement gratuit (~20-30FF pour 2 cassettes de 90 minutes si je me souviens bien).
Internet et Peer to Peer : ou comment satisfaire sa boulimie de musique
Tool un ch'tit groupe qu'il est bien (juste au niveau musical)
Fast forward. J'ai ~17 ans. J'ai Internet via le câble. Et on me parle de beaucoup de groupes que je ne connaissais pas : Nine Inch Nails, Tool, etc.
Nine Inch Nails, le groupe qui m'a fait dire « I wanna fuck you like an animal »
Pour Nine Inch Nails, c'est plus ou moins le même topo. À noter que Tool (et en particulier Meynard Keenan) sont des control freaks, à fond contre le « piratage », la copie, etc. Il faut vraiment que j'aime leur musique pour que j'achète leurs CD, même maintenant.
Au contraire, NiN (et donc Trent Reznor) s'est dégagé des majors dès qu'il a pu — i.e. dès que Reznor a eu suffisamment de sous et que la technologie a été suffisamment avancée pour qu'il puisse le faire. Au final, il propose ses albums sur le net (enfin ceux qui n'ont pas été produits avec son ancienne maison de disque) à des prix ridicules : gratuits, ou possiblement de l'ordre de 5$. Il a réitéré il y a peu avec la B.O. de The Social Network. Contre 5,ドル on obtient un enregistrement lossless de haute qualité. J'ai tout acheté. Au final, pas de CD, pas de packaging (sauf si on est prêt à payer ~20$), et trois albums payés 5$ pièce.
Et pourquoi pas ne pas écouter la musique à la radio ?
Je n'aime pas la musique que la plupart des radios françaises diffusent. Je n'aime pas la pub non plus. Même ici, aux USA, je n'écoute pas la radio car la pub est vraiment infernale (par contre il y a des stations qui diffusent de la musique que j'aime).
En fait, ma « radio » à moi, c'est Internet. Pas Deezer ou last.fm, non. Je télécharge les morceaux sur le net, en fonction de ce que j'ai entendu quelque part (chez un ami, à la télé, ou la radio1 etc.), ou qui m'ont été recommandés. Parfois, c'est simplement que je copie des fichiers depuis le disque dur externe d'un ami2. J'ai toujours fait ainsi : enregistrer un morceau depuis la radio sur une cassette, ou bien copier un CD ou une cassette sur une autre cassette, ou même plus tard copier d'un CD vers un autre CD.
Tous des pirates !
Je pense qu'il est bon de rappeler qu'on criait déjà au piratage, à l'assassinat, etc., du temps où la cassette audio a commencé à être commercialisée, et où les maisons d'édition/producteurs n'avaient plus le même contrôle absolu sur la marchandise qu'ils vendaient. Les industries du disque s'en sont pourtant relevées. L'avènement du CD a été une aubaine pour eux, puisque les graveurs étaient extrêmement chers à l'époque3. De même, la possibilité d'aller dans une vidéothèque et de louer une cassette vidéo, puis de copier celle-ci était parfaitement légale. Évidemment, les maisons d'édition n'étaient pas contentes. Mais je connais plein d'autres industries qui ne sont pas contentes parce qu'on ne les laisse pas vendre les produits comme elles l'entendent. Je suis sûr que Oracle serait très intéressé par forcer les gens à souscrire à un service de support pour toute installation de Java sur un OS ou un téléphone. Un opérateur téléphonique serait content de me forcer à souscrire à une assurance en cas de vol de mon portable à 1€ (assurance qui coûte 7€/mois, bien entendu)4.
J'ai tout entendu à propos du « piratage ». On m'a expliqué que « oui mais la différence entre le CD et la cassette, c'est que la cassette a un son dégradé par rapport au CD, donc la cassette c'est pas grave, mais le CD, si. Il ne faut pas autoriser la vente de graveurs. » Mais bien sûr. Je renvoie donc à ce que l'industrie disait à l'époque dans les années 50-60 à propos de la cassette (« voleurs », « pirates », etc.). Le CD était juste un nouvel outil pour contrôler la distribution des œuvres : la qualité de l'enregistrement n'a rien à voir avec tout ceci. Ensuite, lorsque Napster est arrivé, on a essayé de m'expliquer que « oui mais tu comprends, avant avec la cassette et le CD, c'était juste mano a mano, alors que là, c'est de la copie de masse ». Admettons. Mais à l'époque, vue la qualité des connexions Internet, on passait d'un format « parfait » (le CD) à un format avec pertes (MP3 128kbps), et donc exit l'excuse précédente du « Oui mais tu comprends le CD que tu copies tralala ».
Tous des vaches à lait, aussi.
Entre temps, la taxe sur les cassettes et CD a été généralisée à l'intégralité des supports de stockage. Je paie donc un droit à exercer mon droit à l'exception sur la copie privée (ou quelque soit le nom exact), qui me permet de copier des œuvres à titre privé.
Concernant le téléchargement sur Internet, le(s) juge(s) a tranché : télécharger une œuvre depuis Internet n'est pas condamnable. Mais télécharger vers Internet est de la contrefaçon. Ce qui signifie que globalement, des protocoles p2p tels que BitTorrent sont de facto des protocoles « illégaux » du point de vue de la loi française pour ce qui est de la copie d'œuvres via Internet. D'un point de vue purement technique (technique au sens du respect de la loi), je ne trouve rien à redire. D'un point de vue logique, je trouve ça débile. Le partage d'œuvres de l'esprit (pas forcément une œuvre d'art) est ce qui permet qu'elle se diffuse, et qu'elle soit visible. Et au final d'avoir plus de gens qui paient.
Et soit dit en passant, le bootleg qui m'a permis de connaître Tool et de finir par acheter leurs albums n'est pas (plus ?) commercialisé de nos jours. Idem pour les Nonnes Troppos, les VRP, et tout un tas d'autres groupes plus ou moins confidentiels qui ne ciblent pas le grand public directement.
[1] Je n'écoute pas la radio ou la télé, mais parfois elle mise en marche dans les coffee shops, dans la voiture d'amis, etc.
[2] Ce qui, selon moi, s'apparente à une exception à la loi sur le droit d'auteur en terme de copie privée. Mais IANAL, tout ça, tout ça.
[3] En 1994/1995, j'ai souvenir d'avoir vu des prix de l'ordre de 10'000FF — environ 1500€ — pour un graveur simple vitesse.
[4] Je sais, ces exemples ne sont pas les meilleurs qui soient, mais justement je trouve que montrer des exemples qui semblent absurdes permet de mettre en lumière que ce qui semble aller de soi pour certains est parfaitement incongru pour d'autres. Par exemple : si j'ai un appareil dont l'objectif est de pouvoir enregistrer et stocker des données (disons un magnétoscope), et qu'il est légalement autoriser de l'acheter, pourquoi est-ce que je n'aurais pas le droit de copier un film que j'ai loué ? Réponse : j'ai bien le droit.