• [^] # Re: Tout sur le prix unique du livre (?)

    Posté par . En réponse au journal Les français aiment-ils leurs libraires ?. Évalué à 3.

    Y'a quand même un truc un peu bizarre dans tout ça, c'est le fait que le libraire il paie d'avance les livres qu'il va vendre (enfin qu'il espère vendre), c'est quand même un gros effort de trésorerie qui me semble pas forcément normal. C'est pareil pour les grandes surfaces et amazon ? Les premières sont plutôt habitués à payer les fournisseurs à 90 jours tout en ayant des clients qui paient comptant. J'imagine d'ailleurs fort bien qu'un éditeur aura du mal à dire à une grande surface (enfin la centrale d'achat) "vous me payez d'avance" quand ladite grande surface représente une part non négligeable de la vente des livres de l'éditeur en question.

    Je ne crois pas que le prix libre du CD ou du DVD ait joué dans la chute de la vente (enfin surtout celle du CD). D'ailleurs j'aime bien profiter des 5 DVD à 30€ qu'on peut voir parfois à la Fnac (faut voir le choix forcément), quitte à en prendre un ou deux que je n'aurais pas acheté autrement. Ce mode de vente me semble donc impossible avec le prix unique du livre.

    De toute façon vendre du Marc Lévy ou autre blockbuster est-ce que ça participe à la diversité culturelle ? Non, par contre faut l'acheter en librairie pour le CA du libraire ! C'est donc le blockbuster qui favorise la diversité culturel, étonnant, non ?

    En relisant le lien que j'ai donné on trouve quand même quelques points à redire :
    "Le livre est-il un "produit" comme les autres ?
    Par sa diversité (370 000 titres disponibles) et parce qu'il est un véhicule privilégié de la culture, le livre ne peut être considéré seulement comme un "produit". Ce patrimoine écrit doit être partout à la disposition du public ; c'est pourquoi il est indispensable qu'un réseau dense et diversifié de librairies soit maintenu et développé. La loi sur le prix unique du livre n'a pas d'autre but que d'y concourir."

    La vente en ligne est le réseau le plus dense qu'on puisse souhaiter !

    Pourquoi une loi sur le prix du livre ?
    En 1981, M. Jack Lang, ministre de la culture, a défini devant l'Assemblée nationale les objectifs de la loi :
    "Ce régime dérogatoire est fondé sur le refus de considérer le livre comme un produit marchand banalisé et sur la volonté d'infléchir les mécanismes du marché pour assurer la prise en compte de sa nature de bien culturel qui ne saurait être soumis aux seules exigences de rentabilité immédiate.
    Le prix unique du livre doit permettre :
    - l'égalité des citoyens devant le livre, qui sera vendu au même prix sur tout le territoire national ;
    - le maintien d'un réseau décentralisé très dense de distribution, notamment dans les zones défavorisées ;
    - le soutien au pluralisme dans la création et l'édition en particulier pour les ouvrages difficiles."

    Le libraire doit lui avoir une rentabilité sinon immédiate au moins à court/moyen terme, l'égalité de prix oui pourquoi pas mais quid alors des disques, dvd, etc. ? Le maintien d'un réseau décentralisé semble avoir échoué sinon il ne faudrait pas sauver le soldat libraire. Quant au soutien au pluralisme dans la création et l'édition en particulier pour les ouvrages difficiles, le prix unique rend-il cela plus facile ? Si l'ouvrage est difficile (c'est quoi donc un ouvrage difficile ?) avec un prix libre, pourquoi ne le serait-il plus avec un prix unique ?

    La pratique du bradage (discount) entraîne, à long terme, une raréfaction du nombre de titres disponibles, chacun s'attachant alors à proposer des ouvrages à "rotation rapide", connaissant un vaste public (best-sellers, guides...), au détriment des œuvres de création originale ou des rééditions de titres jugés "difficiles" qui sont pour la plupart des livres à "rotation lente". Dans un tel contexte, seuls les libraires ayant un chiffre d'affaires important pourraient survivre. On assisterait (et c'est ce qui s'est passé en Belgique depuis l'abolition du prix unique du livre en 1984) alors à une réduction du nombre des détaillants de livres, au profit des grandes surfaces (généralistes ou spécialisées), qui sont souvent moins à même que les librairies de taille plus modeste de fournir un service personnalisé aux clients. Enfin, le prix unique dispense l'acheteur de comparer les prix d'un point de vente à l'autre, il préserve ainsi les achats d'impulsion et permet un accès plus facile à la lecture.
    Sur la pratique du discount, est-ce que ça vaut mieux d'avoir des blockbusters ? On n'est plus en 1981 quand Amazon et Internet n'existait pas (pour ainsi dire). Et que dire de la dernière phrase, si le prix unique empêche l'acheteur de comparer, qu'en est-il de l'accès plus facile à la lecture ? Pour qu'il y ait lecture, il faut un lecteur et je ne vois pas en quoi le prix unique favorise la lecture. Les livres que j'ai dû lire au collège ou au lycée n'ont jamais éveillé en moi l'envie de lecture. Est-ce qu'on veut forcer les gens à lire ? et vaut-il mieux qu'ils lisent le dernier truc à la mode qui est en tête de gondoles chez Leclerc ou qu'ils ne lisent rien ? Quelques statistiques sur la lecture : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&id=397 (il doit y avoir de quoi lire et analyser ici : http://www.centrenationaldulivre.fr/?Chiffres-cles-du-livre )

    bref, je reste dubitatif