• [^] # Re: Erreur courante

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Jamendo, les creative commons et l'hypocrisie de la "culture libre". Évalué à 10.

    J'ai pensé comme toi. Mais en y réfléchissant, la problématique de gnuzer va plus loin que cela, c'est juste se mettre d'accord sur le vocabulaire qui est un peu difficile.

    Il est possible d'énumérer tous les degrés de libertés possibles pour un logiciel, une musique, un film, ou n'importe quelle œuvre en général. Le créateur a des sources ainsi que le produit final, et a le choix de ce qu'il en fait, et de ce qu'il autorise comme contrôle sur l'œuvre à l'utilisateur.

    La liberté d'une œuvre, ça ne devrait pas être un débat libre/pas libre. Ça devrait plutôt être une note, un indice, reflet du nombre de degrés de libertés fournis.
    Entre la version la plus permissive ("libre") de ce que tu peux faire en tant qu'utilisateur, et la version la plus restrictive ("propriétaire"), il y a tout un tas de nuances.

    À 100% "libre", on trouve le domaine public et la WTFPL, puis sur notre chemin vers le moins libre la BSD, la GPL, la LGPL, etc., jusqu'au freeware de base, le licence de logiciel proprio payant, et touuuuut en bas, la licence du logiciel payant que tu ne peux même pas exécuter. Comme quoi si on veut jouer sur les mots, même Windows est "libre": il satisfait la liberté 0. On ne devrait donc pas dire qu'il n'est pas libre, mais que sa licence est "moins libre que" telle autre.

    Une fois qu'on a cette échelle graduée par les différentes libertés proposées, et qu'on sait où classer chaque licence, la question "libre" ou "pas libre" ne se pose plus. Pour moi, les vrais questions deviennent:
    1. pourquoi le logiciel est plus libre que les autres domaines culturels ?
    2. y a-t-il des libertés qui ne peuvent être satisfaites à cause de limitations techniques ?
    3. la liberté à 100% est-elle un but légitime à atteindre ? Est-ce légitime sans distinction de domaine d'application (c'est à dire pour tout type d'œuvres) ? Par exemple, même Wikipédia impose des restrictions, mais une Wikipédia sans aucune restriction serait elle meilleure ou souhaitable ?
    4. faire du non libre (pour l'utilisateur), c'est aussi une liberté (pour le créateur). Est-ce que privilégier la liberté de l'utilisateur est un but souhaitable ? Un infographiste peut distribuer ses sources (son document, avec ses calques, etc), mais le graphiste qui fait son dessin sur papier ne le peut pas vraiment... Et même l'infographiste ne fournit pas quelque chose de 100% libre, il donne le travail final, mais on perd l'ordre dans lequel ont été effectuées les opérations... À un niveau élevé de panaroïa libriste, on pourrait comparer cela à de l'obfuscation de code...

    Avec ces problématiques, ça se corse. On débouche plutôt sur des débats de société, et de société du partage. On cause philosophie. Et c'est la vision portée par Stallman qui dans le domaine du logiciel, porte les valeurs du libre comme une philosophie. Mais il y a une autre vision possible: la pragmatique, celle de Linus Torvalds. Si l'on tente de transposer dans la musique et la création audio-visuelle, alors Jamendo se situe plutôt dans les pragmatiques. Les projets de la fondation Blender type Big Buck Bunny me semblent plutôt pragmatiques et philosophiques. Mais j'ai l'impression que ce sont tout de même les pragmatiques qui tirent la couverture: ce sont eux qui attirent les petits nouveaux, et leur montrent que faire comme ça, c'est cool, mais surtout ça marche mieux. Mais je ne pense pas que de vrais guides soient apparus dans la musique, des gens qui peuvent montrer que
    faire quelques chose de "plus libre", ça donne de meilleurs résultats (ce qui se traduit dans le monde de la musique par + de sous, + de popularité, + de femmes à tes genoux). Oh, je vois bien Nine Inch Nails par exemple, qui fait son bout de chemin en ce sens, et d'autres qui suivent des chemins plus ou moins parallèles, mais ce sont des artistes établis. J'attends de voir l'artiste inconnu qui deviendra connu et qui réussira parce qu'il aura été meilleur que beaucoup d'autres grâce au libre. Un "Linus" de la musique.

    Pour conclure, Rome ne s'est pas bâtie en un jour. La culture libre non plus. Jamendo, les CC et tout le reste sont des étapes indispensables sur le chemin vers du "+ libre". On peut se dire que c'est moins libre que du "logiciel libre", ou on peut se dire que c'est plus libre que la musique "d'avant". C'est l'éternel débat entre le verre à moitié vide et le verre à moitié plein. Mais ce n'est pas l'état actuel qui est important, c'est l'évolution. Et je pense que la culture libre a de beaux jours devant elles, parce qu'en quelques années, des progrès énormes ont été accomplis...