• [^] # Re: Culture

    Posté par . En réponse au journal Les pubs contre, eux pour HADOPI. Évalué à 4.

    Une œuvre n'a pas vraiment de "code source", en tout cas les problématiques sont différentes. Il n'y a pas de risque d'être espionné par une oeuvre, ou qu'elle ait un comportement malveillant. Ce ne sont que des données, pas du code actif.

    Ça, c'est si on compare avec un logiciel opensource. Si on compare avec un logiciel libre, il y a des problématiques similaires : on doit pouvoir modifier l'œuvre, en partager les modifications...
    L'accès au "code source" d'une œuvre, c'est à mon avis au moins la disponibilité de l'original au format lossless (dans la mesure du possible), un .xcf pour une image retouchée, les partitions pour de la musique, etc... (J'étais persuadé d'avoir vu un site sur lequel Stallman et d'autres travaillaient à définir le caractère libre d'une œuvre (je croyais que c'était definefreedom.org, mais apparemment non).)

    En tout cas cela me désole toujours autant de voir sur Jamendo des musiques sous licence libre, sans accès aux fichiers lossless, aux partitions, tablatures, paroles de la chanson... Alors que sur les réseaux pirates, je peux avoir accès à tous ça pour une œuvre non-libre suffisamment connue...

    L'intéropérabilité permet de communiquer entre utilisateurs de logiciels propriétaires et libres, alors qu'il y a une barrière (théoriquement) étanche entre culture libre (ou de libre diffusion) et culture propriétaire

    Pire : on peut facilement remplacer un logiciel par un équivalent libre, puisqu'un logiciel est un outil dont on veut simplement accéder aux fonctions (ex : GIMP != Photoshop, mais convenable car permet de faire les mêmes choses), or on ne pourra jamais remplacer une œuvre propriétaire qu'on apprécie par une œuvre libre "équivalente".

    Mais je pense que la vraie raison du non-boycott du propriétaire par les libristes, du discours très majoritaire selon lequel "la culture est à tout le monde" et le fait que des gens qui évitent les logiciels propriétaires n'évitent pas la culture propriétaire, c'est qu'on a l'impression d'être débordés. Entre les sollicitations publicitaires, la pression sociale, les références culturelles, la reprise de la culture propriétaire par les internautes créateurs (les mèmes, les "motivators", les détournements de campagne Hadopi qui s'appuient sur des films), on a beaucoup beaucoup de mal à se couper de la culture propriétaire.

    Oui. Et quand bien même on voudrait se couper totalement, d'un jour au lendemain, de la "culture propriétaire", en n'accédant qu'à des œuvres dans le domaine public ou sous licence libre (ce qui est d'ailleurs à mon avis une illusion totale : il y aura toujours des gens riches et puissants pour nous reprocher de partager des œuvres tombées depuis des années dans le domaine public), il nous serait impossible de créer quelque chose qui ne soit influencé de près ou de loin par toute la culture propriétaire que nous avons absorbé avant de devenir libriste.

    En ce qui concerne le financement de la création, je suis globalement d'accord avec tout ce que tu as dit, même si je pense qu'il est souvent difficile, pour ne pas dire impossible, de faire la différence entre de l'art et du divertissement. Star Wars, c'est de l'art ou du divertissement ?

    Je crois beaucoup à l'économie du don pour soutenir la création. Mais il faudrait pour cela que le système de paiement soit très simple (façon Flattr, mais en plus égalitaire), et que Madame Michu ait quelque chose à donner (donc arrêter de la surcharger de taxes et d'impôts pour remplir les poches des ayants-droit). Je crois également au crowdfunding, c'est à dire le don à priori (où ce sont les consommateurs qui jouent le rôle de producteurs, en fait). Ça semble bien marcher pour le cinéma en tout cas.
    Il y aussi la formule CwF + RtB = $$$ (Connect with Fans + Reasons to Buy), de Trent Reznor, qui ne marcherait pas forcément à tous les coups, mais sur laquelle les artistes pourraient se pencher.

    Y'a un concept de Benjamin Bayart que j'aime beaucoup, c'est la licence "fais pas chier".

    Je connaissais pas, moi qui pensais avoir vu toutes les conférences...c'est dans laquelle ?

    Ce genre de trucs doit être sous licence "Fais pas chier": tu le modifies, tu le copies, t'évites de me faire dire un truc que j'ai pas dit, tu m'emmerdes pas toutes les 5 minutes pour demander si tu peux faire ceci ou cela, et tu fais preuve d'un peu de bon sens, merci.

    Il y a un truc similaire en droit français. Il me semble que quand je place un contenu sous licence WTFPL ou dans le domaine public, je conserve malgré tout un "droit au respect de l'œuvre", qui empêche quiconque de dénaturer mes propos.

    D'ailleurs je trouve ça dommage : quand je place un contenu sous licence WTFPL, j'aimerais pouvoir dire "vous pouvez faire ce que vous voulez avec, y compris de la merde, y compris me critiquer méchamment en dénaturant mes propos", mais apparemment je ne peux pas.