• [^] # Re: Influence de l'internet et du numérique sur la société

    Posté par (Mastodon) . En réponse au journal Un avocat en droit d'auteur, la rémunération et Google. Évalué à 1.

    « Qu'elles soient obtenu ainsi ou par un travail humain, ça n'influence pas nécessairement l'intérêt qu'on leur portera. »

    Justement, si.
    Comment tu la trouves l'image qui va bien parmi toutes les possibles ?
    C'est justement le travail de l'artiste de fabriquer la bonne, et non pas de la découvrir.

    Autre exemple : tu fais de la photo, tu utilises un appareil photo numérique, ta photo est un nombre, mais dire ça n'a aucun sens. Ta photo c'est un lieu, un moment, une pose, des réglage, tout un tas de choses sur lesquelles le photographe a un contrôle assez fort.

    Jamais un programme informatique ne sortira une des photos que j'ai prise aujourd'hui.
    Jamais pour plusieurs raisons, la première étant que ça n'aurait absolument aucun sens et aucun intérêt.

    Et ces photos, je ne les ai pas découvertes, je les ai prises.
    C'est comme de dire qu'une armée de singes tapant au hasard sur des claviers finiront par pondre « Les Misérables », ça n'a absolument aucun sens, et ça n'arrivera jamais, ne serait-ce que parce que l'expérience n'apporte rien et ne sert à rien. Donc sans Victor Hugo, et avec tout les singes et ordinateurs du monde, ce texte n'aurait jamais été écrit.

    Pour pousser l'absurde de ta proposition encore plus loin, et bien voilà, je définis une méthode de cryptage des données qui fait qu'une numérisation donnée du texte intégral des Misérables est codée par le chiffre « 1 », pour le reste, rien ne change, on garde le chiffre construit par la juxtaposition de toutes les valeurs numérisées, et ce qui aurait été « 1 » devient le chiffre du texte des Misérables..
    Youpi, j'écris donc 1, et j'ai à une bijection près, écrit Les Misérables !
    Je suis trop trop trop balaise.

    Sauf que mon « 1 » tout le monde s'en fout, et il ne sert à rien à personne dans ce cadre.
    Ce n'est pas parce que « 1 » existe en dehors de l’œuvre de Victor Hugo, que son travail se résume à ce chiffre, et a aussi peu d'intérêt littéraire.

    Il est techniquement possible de réduire toute œuvre numérique ou numérisable à un nombre, c'est vrai, mais la création d'une œuvre n'a rien de la découverte d'un nombre. Et même si sous sa forme de texte en français on a besoin de divers outils pour le comprendre (l'alphabet, la langue, la culture, un paquet de choses), un texte n'est pas un simple nombre, une référence à un index préexistant de tous les textes, que l'auteur serait juste allé piocher.
    Ca n'a rien à voir avec la démarche d'écriture, rien à voir avec la démarche de lecture, et n'a aucun sens par ailleurs.

    Moi, en changeant à chaque fois ma fonction de numérisation, je peux tout, absolument tout, réduire au chiffre « 1 », et ben me voilà vachement avancé, je n'ai rien trouvé, rien construit, rien fait, et ça ne me sert à rien. alors que les livres que j'ai lu, les photos que j'ai prises, les programmes que j'ai codé, me servent tous, et existent au delà de moi.

    Je suis d'accord avec la majeure partie de ce que tu dis, que lire un texte c'est lui donner un sens inédit, et donc qu'une œuvre n'a de sens que pour la personne qui la regarde/lit/expérimente... au moment où elle le fait, et que dans d'autres circonstances (personne différente, moment différent, etc...), elle a un sens différent.
    Mais pas sur le fait de dire qu'une œuvre quelconque n'est que la découverte d'un nombre. Ca n'a tout simplement pas de sens, même si ça peut être techniquement vrai, ce n'est pas ça qui donne du sens à la proposition.
    Pour le coup c'est extraordinairement réducteur quant au travail nécessaire à la fabrication d'une œuvre.

    Je ne suis pas d'accord non plus avec ta rationalisation forcenée, et ton z tout est quantifiable », non tout ne répond pas à une logique, tout n'est pas quantifiable. La croyance ne se fait pas forcément sur de quelconques critères rationnels ou rationnalisables, et peut ne pas être liée du tout au bourrage de mou. Dans la même situation, dans les mêmes circonstances, avec les mêmes paramètres, on peut prendre une décision différente. Donc ce choix lui-même n'est pas quantifiable, ni modélisable.
    Dire que tout est quantifiable, c'est dire que cette décision ne pouvait avoir qu'une seule issue.

    Et fichtre, je ne pensais vraiment pas même en commençant ce commentaire en arriver là, mais c'est toute la question du libre-arbitre en fait ! Est-ce que la décision est prise par les paramètres, ou est-ce qu'elle est prise avec eux. C'est à dire est-ce que l'état du système à un instant t décide de façon sûre son état à un instant t+1, ou est ce qu'il se contente de l'influencer, et de présenter des états futurs plus ou moins probable.

    Pan, en plein dans la mécanique quantique ! Et la réponse de la mécanique quantique, c'est que non, on ne peut pas prévoir l'état futur du système, uniquement une répartition de probabilités. Donc l'état d'un système à un instant donné ne détermine pas son état futur, donc une prise de décision n'est pas une fonction déterministe, et dans une situation strictement identique, on peut faire un choix différent. Le bourrage de mou n'est pas quantifiable, ou s'il l'est il ne fait qu'influencer mes croyances mais ne les déterminent pas, et donc le résultat de mes croyances n'est pas mesurable. Ce qui est vrai pour moi n'est pas le fruit direct et mesurable de mon passé, ni même de mon état présent.
    Donc j'ai personnellement mon mot à dire lorsque je crée, ou que je construit, et ce qui sort de mon esprit n'est pas déterminé par le reste de l'univers, il n'est qu'influencer, c'est donc très personnel, et non pré-existant par essence.
    De fait ma photo de cet aprèm n'est pas la découverte d'un nombre indexant cette photo précise dans le grand catalogue des possibles.

    Et une œuvre n'est pas réductible à un simple nombre. Un monopole temporaire sur une création n'est donc pas un monopole sur un nombre. Et si tu croyais réussir à abattre le système du droit d'auteur tel qu'il existe avec cet argument là, cherches-en un autre qui tienne mieux la route, un argument socio-économique aurait probablement plus de poids, et serait moins sujet à être démonté rationnellement.

    En fait ton erreur c'est de dire : une œuvre peut se résumer à un nombre, on octroi un monopole sur un nombre, mais un seul, et donc on impose une façon d'interpréter l’œuvre à cause de ce monopole sur un nombre unique. Mais non, le monopole sur une œuvre, c'est bien le monopole sur toutes les interprétations de cette œuvre. Y compris celles qui te sont personnelles et que personne ne t'impose nulle part...

    Yth, damned, métaphysique et physique quantique, je vais me coucher moi, promis...