• [^] # Re: Mauvaise définition du capitalisme

    Posté par . En réponse au journal Esprit du libre = Capitalisme. Évalué à 3.

    Merci nicolas c'est en effet ainsi qu'il faut comprendre mon intervention. Je critique la vision « mécaniste » de l'économie héritée du 19ème siècle, pas l'utilisation des mathématiques ou même de la physique pour modéliser les comportements des agents.
    Au cours du 20ème siècle ont été popularisées des approches qui se prêtent mieux à ce type de modélisation. Paradoxalement, la science de l'automatique et des systèmes, dont le nom même paraît s'opposer aux buts visés, permet de mieux modéliser les systèmes complexes comme les systèmes écologiques, climatiques ou humains donc les différents éléments ont un nombre d'interactions très élevé.

    L'approche classique consiste à décomposer un problème en briques simples dont les comportements et réponses sont étudiés isolément les uns des autres en leur appliquant une validation statistique. Une fois ces modèles individuels jugés satisfaisants, on les remet ensemble pour simuler le système complet (individualisme méthodologique en économie) en faisant à nouveau un agrégat statistique, souvent de type gaussien, mais ce n'est pas le coeur du problème. Le problème c'est que durant la phase d'étude des « atomes » du modèle, on perd de vue les relations, et en particulier les rétroactions possibles entre ces atomes.

    On perd ainsi de vue les possibilités de type "emballement" quasi-chaotique ou chaotique dues à des boucles de rétroactions qui, à partir d'un stimulus unique prenant une valeur improbable, peuvent renverser les principales grandeurs caractéristiques du modèle. Tout ceci est très mal voire pas du tout pris en compte dans les modèles classiques.

    Les méfaits de ces approches trop réductionnistes ont d'ailleurs été soulignés pour la finance lors de la crise des subprimes. Le fait de considérer tout risque comme tendant vers une loi normale en se basant sur la loi des grands nombres a amené une sur-simplification des modèles qui sont devenus décorrélés de la réalité et aveugles aux phénomènes quasi-chaotiques ou chaotiques.

    C'est donc pareil pour le modèle dit « classique » en économie, qu'il est temps de remettre au rang qui doit être le sien : au mieux un outil didactique pour étudiants de premières années d'économie, en insistant sur le lourd handicap que font peser sur lui ses racines épistémologiques, qui lui interdisent de pouvoir prétendre modéliser correctement un système économique complexe.