Je suis d'accord avec toi, je rappelais juste qu'il y a une cohérence dans les définitions de l'OCDE, et que si on applique cette cohérence, les effets pervers sont immédiatement visibles. Les premiers effets pervers que je vois, c'est pour ceux qui produisent réellement l'innovation, car dans les buts de leur travail on les élimine. C'est une vieille distinction qui date des grecs, et que tu as peut-être vu au lycée en philo, chez Aristote entre poesis et praxis. [1] Les deux désignent l'activité de production, mais dans l'une, le but de la production est compris dans l'activité (exemple: travailler à être en bonne santé pour l'être), dans l'autre le but est externe à la production (exemple: travailler à tailler des cailloux pour faire plaisir au contremaître). Et j'insistais sur le fait que dans les définitions des organisations de production (=entreprises) de l'OCDE, il était explicite que c'était la poésis qui était demandée à l'employé, et non pas la praxis. Et qu'en poussant la logique jusqu'au bout, en empêchant toute praxis, il est clair que c'est aliénant, parce que la dominante aujourd'hui est plutôt d'aimer décider de ce qu'on fait que le contraire. Bien sûr je draine là-dedans tout un cadre conceptuel que je ne maîtrise pas, mais bon, la distinction était éclairante je trouve.
Les effets pervers que tu pointes, c'est que en fait dans les domaines intellectuels définir les buts de l'innovation comme étant marketing ou comptables tout en gardant les mêmes outils de mesure que dans la production matérielle (même conception de la propriété) aboutit justement à directement empêcher l'innovation. Par exemple pour Internet. Et qu'en plus pour travailler il y a toujours besoin de connaissances intellectuelles (par exemple médecine), et que donc une telle définition de l'innovation appliquée au bout est clairement stupide car elle empêche de bien travailler. Comme si en fait la coopération était plus efficace pour travailler plutôt que la concurrence ^^. Car si toutes les entreprises en voulant conquérir, s'approprier des parts de marché gardent jalousement pour elles toute leur méthode de fabrication de A à Z, et ben elles innoveront moins et travailleront moins bien que si elles mettaient tout en commun et s'entraidaient. Comme si en fait l'économie était mal foutue aujourd'hui, même d'un point de vue efficacité, puisqu'elle repose normalement sur la concurrence.
Pour le premier point, ça m'a l'air clair. Pour le deuxième, je dirais: ne devrait pas être. Car des gens qui sont obligés d'être employés pour gagner leur vie, ils ont peut-être en définitive, s'ils veulent devenir clodo, le choix de résilier leur contrat. Mais souvent les employés ont mari-femme-enfant-maison-famille, et là quitter son taf veut clairement dire qu'ils laissent le reste du monde être clodo avec eux. Bref, le contrat peut être un choix plus imaginaire que réel.
Quand au travailleur uni-personnel, je défend souvent l'idée qu'il faudrait remettre les aides sociales à plat pour ne plus créer que quelques niches particulières en plus d'un salaire d'état universel. L'idée peut paraître folle, je ne pense pas qu'elle le soit tant que ça. Les arguments sont là. [2] Les artistes d'ailleurs avec une telle mesure ne pourraient plus se plaindre qu'ils n'ont même pas de quoi bouffer.
Quand au rapport artistes/travailleurs intellectuels, ça me paraît être dans l'ordre du monde actuel que de tout mettre sous le même régime de production immatérielle. D'ailleurs tout est placé sous le même signe de l'industrie (musicale, du logiciel) où des producteurs (musiciens, ingénieurs) louent leurs talents à des entrepreneurs qui les rétribuent parce qu'ils leur permettent de vendre des produits finaux. Mais je me demande bien comment ça se justifie, le fait qu'on puisse tout mettre ensemble. Je me demande si l'étiquette immatériel suffit.
[^] # Re: Hadopi la loi inapplicable :)
Posté par llaxe . En réponse au sondage La loi Hadopi va-t-elle permettre de faire diminuer le piratage en France ?. Évalué à 3.
Les effets pervers que tu pointes, c'est que en fait dans les domaines intellectuels définir les buts de l'innovation comme étant marketing ou comptables tout en gardant les mêmes outils de mesure que dans la production matérielle (même conception de la propriété) aboutit justement à directement empêcher l'innovation. Par exemple pour Internet. Et qu'en plus pour travailler il y a toujours besoin de connaissances intellectuelles (par exemple médecine), et que donc une telle définition de l'innovation appliquée au bout est clairement stupide car elle empêche de bien travailler. Comme si en fait la coopération était plus efficace pour travailler plutôt que la concurrence ^^. Car si toutes les entreprises en voulant conquérir, s'approprier des parts de marché gardent jalousement pour elles toute leur méthode de fabrication de A à Z, et ben elles innoveront moins et travailleront moins bien que si elles mettaient tout en commun et s'entraidaient. Comme si en fait l'économie était mal foutue aujourd'hui, même d'un point de vue efficacité, puisqu'elle repose normalement sur la concurrence.
Pour le premier point, ça m'a l'air clair. Pour le deuxième, je dirais: ne devrait pas être. Car des gens qui sont obligés d'être employés pour gagner leur vie, ils ont peut-être en définitive, s'ils veulent devenir clodo, le choix de résilier leur contrat. Mais souvent les employés ont mari-femme-enfant-maison-famille, et là quitter son taf veut clairement dire qu'ils laissent le reste du monde être clodo avec eux. Bref, le contrat peut être un choix plus imaginaire que réel.
Quand au travailleur uni-personnel, je défend souvent l'idée qu'il faudrait remettre les aides sociales à plat pour ne plus créer que quelques niches particulières en plus d'un salaire d'état universel. L'idée peut paraître folle, je ne pense pas qu'elle le soit tant que ça. Les arguments sont là. [2] Les artistes d'ailleurs avec une telle mesure ne pourraient plus se plaindre qu'ils n'ont même pas de quoi bouffer.
Quand au rapport artistes/travailleurs intellectuels, ça me paraît être dans l'ordre du monde actuel que de tout mettre sous le même régime de production immatérielle. D'ailleurs tout est placé sous le même signe de l'industrie (musicale, du logiciel) où des producteurs (musiciens, ingénieurs) louent leurs talents à des entrepreneurs qui les rétribuent parce qu'ils leur permettent de vendre des produits finaux. Mais je me demande bien comment ça se justifie, le fait qu'on puisse tout mettre ensemble. Je me demande si l'étiquette suffit.
1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristote#Science_pratique_.28.C(...)
2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Allocation_universelle