• [^] # Re: Mais merde à la fin

    Posté par . En réponse au journal Délit d'opinion : 1 an de prison ferme. Évalué à 2.

    De fait article intéressant qui parle bien de ce dont on parle.

    Je ne saurais pas te répondre précisément, parce que c'est un sujet que j'ai déjà travaillé de première main et que je n'ai pas envie de lire des tas de compte-rendus pour voir si ce que j'en ai retenu personnellement colle avec toutes les interprétations/vulgarisations/raccourcis que l'on trouve là-dessus.

    Ça m'obligerait à retravailler le sujet pour faire la part des erreurs et des travers dans des tas de sources plus ou moins fiables, ce qui est fatigant.

    Et je ne me souviens pas assez du sujet/n'ai pas mes papiers sous la main pour pouvoir te sortir des citations précises qui montrent que ce que je raconte n'apparaît pas erroné.

    Bon, grosso-modo, le point qui me paraît essentiel dans ce que je dis et que j'ai retenu de ce que j'ai lu, c'est que Popper est en un sens assez positiviste: il fait confiance à l'expérience pour départager les théories, donc il suppose qu'on puisse avoir à chaque fois plusieurs théories/un fait.

    Et en cela, je trouve que Kuhn, lorsqu'il raconte que les scientifiques font certes des expériences mais que celles-ci ne sont pas forcément déterminantes en elles-même pour qu'une théorie soit valide ou non, n'est pas positiviste: il ne défend pas que dans le domaine scientifique les faits départagent les théories.

    D'où les conséquences, assez logiques, sur ce que l'on appelle progrès. Chez Popper, il existe un invariant dans l'histoire à partir duquel on puisse juger l'amélioration des théories, c'est que les faits répondent toujours pareils.

    Chez Kuhn, puisque l'interprétation des faits/expériences par un cadre théorique est par soi-même beaucoup plus fluctuante que chez Popper (il faut aussi voir que du coup expérience et théorie ne veulent pas dire la même chose chez les deux auteurs), la possibilité de trouver un maître-étalon permanent dans l'histoire, à partir duquel juger d'un quelconque progrès, est beaucoup plus problématique.

    C'est d'ailleurs pour ça que je dis que tu raisonnes de manière très positiviste: tu supposes que avec des paradigmes différents les faits/expériences restent les mêmes, et qu'ils n'y a que la valeur explicative, la puissance des paradigmes qui changent, toutes choses restant égales par ailleurs. Je pense qu'avec Kuhn on a une vision de la science où ce que les expériences veulent bien dire dépendent largement de ce que les paradigmes employés leur permettent de signifier. D'où l'idée que l'on a en lisant Kuhn, qui est que les différentes théories, les différents paradigmes successifs, ne sont en fait pas vraiment commensurables, puisqu'il est difficile de trouver un critère d'évaluation de l'efficacité commun à toutes les théories.

    Concrètement, avec Kuhn il est par exemple plus facilement possible de défendre que plusieurs théories sont valables en même temps, en disant par exemple que même si elles parlent du même objet elles n'en parlent pas de la même manière, ce qui ne les empêchent pas pour autant d'être effectives à leur manière.

    Ce qui m'amène à Feyerabend, qui lui radicalise la possibilité d'avoir plusieurs théories concurrentes et valables, en déclarant qu'il vaut mieux défendre n'importe quoi pour voir si d'une manière ou d'une autre ça ne marcherait pas, position que je trouve attirante.