• [^] # Re: La confiance se mérite

    Posté par . En réponse au journal L’anti-rationnalisme comme réaction au scientisme politique ?. Évalué à 3.

    >> Les scientifiques qui croient que « les faits devaient parler d’eux-même » sont dans leur tour d’ivoire.

    > Les fait ne parlent jamais d'eux même mais un bon scientifique doit savoir sortir l'information pertinente parmi la masse de chiffres disponibles. Ca n'est pas de la communication mais de l'argumentation. Il s'agit de sortir des hypothèses l'information pertinente. Il n'y a pas besoin de "romancer" les faits, ça dessert le propos.


    Hum, j'ai l'impression que tu fais un glissement entre "les faits qui parlent aux scientifiques dans le cadre de leur communauté scientifique" et "les faits qui parlent aux autres en dehors" {*}. Parce que justement la question est là : si je lis un papier scientifique dans mon domaine, je regarde la cohérence globale de la construction de l'étude, je vérifie si les données fournies et les expériences réalisées supportent les conclusions, etc. Donc, oui, dans ce cas, les faits suffisent et parlent d'eux-même. Il est évident qu'en cas de changement d'auditoire, on n'abordera pas une étude scientifique de la même façon.

    Après, qu'est-ce que tu appelles "un bon scientifique" pour la société ?

    Enfin, je t'assure que mieux tu communiques, mieux tu fais de la recherche parce que la bonne communication "vend" ton projet et donc, c'est toi qui obtiens les grants à la fin ;-) Qu'on ne se leurre pas : l'évaluation en vue d'obtention de financements et les demandes de financements sont sensibles aux capacités de communication. Cette dernière peut être un tout petit truc tel que l'écriture de la demande par quelqu'un dont la langue maternelle est l'anglais.


    {*} Par les "autres en dehors" je veux dire toute personne n'étant pas spécialiste du domaine en question. Exemple : je suis scientifique, mais ne suis pas spécialiste en astronomie, donc je me trouve en dehors de la communauté des astronomes de nébuleuses trucmuche tout comme tout citoyen lambda non scientifique de formation.


    > Il y a quelques jours j'écoutais une émission de radio où un des intervenants a copieusement mouché son interlocuteur qui était un socio-philo-pipologue professionel. A chaque fois que l'autre sortait ses opinions bien arrêtées (et basées uniquement sur son intime conviction), il lui mettait sous le nez le chiffre qui contredisait complètement sa théorie. A la fin, le pipologue ne savait plus vraiment quoi répondre. C'est ça un bon scientifique : Sortir parmi les informations disponibles celle qui permet de trancher.

    Je trouve cette évaluation très violente. Ce que j'y lis est un dénigrement immédiat et fondé sur rien de quelqu'un issu des sciences humaines (dites "molles"). Et qu'est-ce qui t'a plu dans ce cas ? Que quelqu'un oppose du quantitatif à du qualitatif. Mais dans tout ce que tu décris plus haut, je ne vois transpirer que *ton* avis bien arrêté (et peut-être basé uniquement sur ton intime conviction ? ;-) ) : nulle part, tu ne critiques la validité et la qualité des "chiffres" dont tu parles. Et ta conclusion n'est soutenue par rien d'autre qu'un passage direct "chiffres vs. non chiffres".


    > Encore une fois, c'est justifié. Le doute, la remise en question, c'est la base de la science. Quelqu'un demande au gens de le croire sur parole parce qu'il est une référence n'est pas un scientifique mais un gourou. On a le droit de douter jusqu'à ce qu'une preuve soit apportée.

    Oui, il faut douter, mais pas n'importe comment. Par exemple, dans ton témoignage personnel sur l'opposition entre un "pipologue" et un "bon scientifique" il n'y aucun doute. Et personne ne demande aux gens de le croire sur parole. Beaucoup peuvent user d'un argument d'autorité ce qui est intellectuellement malhonnête, mais les demandes de croire sur parole sont rares (jamais lu ou entendu dans une communication scientifique). On peut douter, on doit douter, mais en opposant des arguments suffisamment construits et solides, pas en disant "ce que tu fais, c'est de la m*rd*, je doute que ce soit possible".