• [^] # Re: Au maïs et à la patate

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Mass reduction. Évalué à 10.

    Hello,

    je ne peux pas lire la vidéo mais je suppose qu'elle montre une vache fistulée. Je sais que l'INRA utilisait ce système pour étudier la manière dont sont digérés les aliments dans ce merveilleux ensemble qu'est le système digestif d'un ruminant, capable de valoriser des trucs hyperbasiques et plein de cellulose (que nous ont peu pas).

    En ce qui concerne l'alimentation des bovins, on peut dire (en partie grâce aux études de l'INRA) que l'image de la vache qui ne mange que de l'herbe n'est plus en adéquation avec les capacités productives des animaux d'aujourd'hui et c'est surtout vrai pour les vaches laitières. Pour faire simple, un bovin qui ne consomme que de l'herbe satisfait très bien à ses besoins alimentaires pour avoir une croissance dans la norme de la Nature. D'un point de vue énergétique, l'herbe est assez "pauvre". Donc, passé un certain seuil de production (de muscle ou de lait), il faut plus d'apport calorique.

    C'est un peu la même chose si tu fais de la muscu ou même simplement du sport: tu constateras que tu manges plus.

    En ce qui concerne la production de lait, il faut bien voir que globalement, l'éleveur ne fait qu'entretenir au maximum la capacité de production de la lactation: si l'apport calorique reste dans la norme des conditions naturelles, la quantité de lait produite est finalement assez faible (prévue essentiellement pour nourrir un veau). Sachant qu'une Prim'Holstein (la race laitière la plus répandue en Europe: celles avec les tâches noires et blanches) a une capacité de production de près de 10000L de lait par an et qu'une Bretonne pie noire des années 50 en produisait 3500L, on peut comprendre que la révolution agricole a changé la donne.
    Pour arriver à de tels niveaux de production permis par la sélection, l'alimentation joue un rôle essentiel ! L'herbe ne suffit plus, il faut complémenter. Très tôt, les éleveurs ont utilisé ce qu'ils avaient sous la main: des céréales. Les bovins sont capables de les assimiler correctement. Puis on s'est rendu compte que le tourteau de soja (le truc qui reste une fois qu'on a enlevé l'huile du soja) marchait encore mieux (mieux valorisé, plus d'énergie dans moins de volume). Et enfin, le nec plus ultra de ces compléments, était les farines animales, aujourd'hui interdites suite aux conséquences qui en découlent (vache folle).

    A noter que ces aliments sont des compléments: c'est à dire, des trucs qui viennent en ajout d'une ration constituée essentiellement de fourrages (aliments grossiers), indispensables à la rumination (et donc à la digestion du bol alimentaire). Donc, une vache ne peut pas consommer uniquement des compléments (sinon, elle va avoir faim).

    De plus, les fourrages ont également évolué: l'herbe c'est bien d'un point de vue énergétique et digestion mais il y a mieux: l'ensilage de maïs. C'est ce qui explique que partout, on plante du maïs non pas pour faire plaisir à Géant Vert mais pour boire du lait.

    Pour terminer, il est possible de produire de la bouffe avec des trucs moins ultra et plus proches de la Nature: donner de l'herbe (qui est un truc "historique" du ruminant pour le fourrage), complémenter avec des trucs locaux (céréales) et sélectionner non pas sur le pissage de lait mais sur la robustesse, la sobriété et l'efficacité énergétique (un peu comme dans le logiciel libre). Néanmoins, de tels systèmes n'ont (pour l'instant) pas la même capacité de production que ceux qui sont courrament rencontrés. Maintenant, est-ce-vraiment aux agriculteurs français de "nourrir l'humanité" ?

    Voilà ,c'était un petit intermède agricole qui nous fait du bien...