• [^] # Re: La répression c'est pas cool?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Pigalle, DSLZ, téléchargement, toussa. Évalué à 10.

    Quelle solution as-tu à proposer qui règlerait le problème ?

    L'inquiétude du "il faut bien qu'on mange" est compréhensible. On parle de petits groupes là, pas de Céline Dion. Moi, c'est pareil, je taffe, j'aime bien être payé.

    Dire que les artistes n'ont qu'à se rémunérer sur les concerts, c'est supposer qu'ils ne peuvent vivre qu'avec ça. Je ne suis pas sûr que ce soit bien le cas pour ce genre de groupes. On n'est pas tant que ça à aller à des concerts et la place est souvent juste un peu plus cher que le prix d'un album. Ca aurait été une question intéressante à leur poser d'ailleurs.
    Accessoirement, les patterns de consommation de musique que je vois se généraliser sont plus tournés vers le single que vers l'album. Je ne suis pas sûr que ça aide à remplir les salles de concert : les gens ont plus l'air obsédés par un titre que par un artiste ou un album. Quand on coupe ce lien, ça devient difficile de créer un lien "affectif" avec un artiste ou un album et d'avoir le déclic concert.

    La licence globale est, à mon sens, un truc relativement pervers. Le calcul de la répartition se fera forcément par rapport à des indicateurs chiffrés qui mettront en difficulté les petits artistes. Qu'on compte les passages à la radio, le nombre de spectateurs au concert ou le nombre de téléchargements, il y aura forcément un souci pour eux... Alors que justement, ce sont probablement eux qui bénéficient le plus du fait qu'on achète vraiment les CD. Je pense qu'ils sont de loin les moins "piratés".
    Accessoirement, ça me ferait profondément chier de sponsoriser la production des albums des gros artistes alors que je n'écoute pas ça du tout : je veux pouvoir choisir les artistes que j'aime et dont j'achète les albums, bref où mon argent va.

    Le téléchargement et Deezer sont vraiment chouettes pour découvrir des trucs (je ne compte pas le nombre de groupes que j'ai découvert comme ça) et ensuite acheter les albums et aller les voir en concert. Mais ça a aussi l'effet pervers d'enlever de la valeur à la musique : on considère vite que c'est quelque chose de gratuit. Bref, ça ne marche que si les gens sont globalement corrects.
    Accessoirement, les Deezer-like enferment l'écoute musicale dans un cadre géré par des sociétés et des contrats. J'aime quand même être libre d'avoir les albums chez moi et pouvoir écouter ce que je veux, quand je veux, autant de fois que je le veux. C'est donc vraiment un moteur de découverte mais je ne suis pas sûr d'avoir envie que tout aille dans ce sens.

    La musique libre, c'est pareil, on va compter sur le fait que les gens sont corrects. Dans leur majorité, ils ne le sont même pas alors que c'est interdit. J'ai des doutes sur le fait que la musique libre puisse se généraliser en étant vraiment viable pour les artistes (ie qu'ils ne puissent faire que ça, sans avoir un vrai boulot à côté) - je ne parle pas de cas particuliers qui peuvent s'en sortir mais bien de l'écosystème global.
    Faire un parallèle avec le logiciel libre est assez caduque car la majorité des modèles économiques du LL sont basés sur le service. Accessoirement, actuellement en tout cas, on a une minorité qui paye pour que la majorité puisse se servir et une grosse partie de la production de LL qui se fait bénévolement. Et je ne m'étendrais pas sur la difficulté de faire de la vraie édition de logiciels avec une approche services.

    La seule solution non répressive est l'éducation et le fait que les gens aient un comportement responsable. Maintenant, vu ce que je vois autour de moi comme comportements chez des gens de mon âge (donc vers les 30 ans), je me dis que ce n'est pas gagné de compter là-dessus...

    Le principe de production par les consommateurs qui se base sur un single (je précise single) me semble aussi assez dangereux. Ca ne me semble pas forcément la meilleure idée pour créer des choses chouettes. On va vite se retrouver avec un tas d'albums bidons produits parce qu'un single sexy et easy listening a plu à la majorité des gens sur un site. Je ne dis pas que ce n'est pas intéressant comme concept mais, à mon avis, il y a un petit peu de réflexion à avoir si on ne veut pas se retrouver avec une production musicale bien pauvre.
    Perso, les albums que j'écoute le plus sur le long terme sont ceux qui ne m'ont pas forcément plu à la première écoute et qu'il a fallu que je découvre vraiment (ou que j'attende le bon moment).

    Reste qu'à mon sens, il faudrait au moins arriver à quelques avancées :
    - avoir un prix qui soit plus bas. Perso, je me ferai quand même plus plaisir avec des albums vers 15 euros plutôt que vers 20 euros (voire parfois beaucoup plus pour des trucs un peu vieux). Idem pour les DVD. Typiquement, je suis allé voir CirKus en concert vendredi : ancien CD à 10E, nouveau à 12E avec des pochettes plutôt chouettes : et ben ça fait envie. J'avais déjà l'ancien album, je n'ai pas hésité deux secondes avant d'acheter le deuxième.
    - changer la manière de communiquer sur la musique et mettre plus en valeur les trucs qui sortent de l'ordinaire, plutôt que le nième groupe à la mode. Ceci dit, j'ai l'impression que ça évolue quand même un peu dans le bon sens de ce côté là - les diffusions de festival à la télé sont vraiment bien pour ça.
    - si c'est bien l'oeuvre qu'on achète (et tout le monde a l'air d'accord là-dessus), nous permettre après achat de la récupérer sur n'importe quel support à un prix qui tiennent compte des précédents achats. Ca s'applique à la musique en ligne et à la VOD. Pour prendre l'exemple des séries américaines par exemple, on paye aussi cher en VOD qu'à acheter le coffret DVD donc si tu veux regarder un peu rapidement les séries légalement et avoir le DVD après, tu payes 2 fois...
    - faire des belles pochettes, que l'objet soit sexy et donne envie de l'avoir.
    - vendre les enregistrements live : qu'est-ce que j'aimerai retrouver le son de certains concerts !
    - avoir capacité à acheter tous les albums possibles sous quelque forme que ce soit et ne pas galérer à trouver certains groupes.
    - arrêter avec cette connerie de DRM et ces conneries de messages anti-piratage au début des DVDs qui ne gênent que les gens qui achètent les albums et les DVDs.
    - ne plus supposer que tout téléchargement est illégal. On est au moins un certain nombre à acheter des CDs et des DVDs en pagaille. Malheureusement, on a beau dire ça, le comportement de la majorité des gens n'aide pas vraiment à changer cette vision...

    En conclusion, arrêtons aussi de diaboliser les artistes qui se posent des questions sur leur avenir, c'est relativement compréhensible et il n'y a pas forcément d'issue super simple qui ne demande pas un compromis des deux côtés. La situation est loin d'être toute blanche ou toute noire, il faut aussi que les gens évoluent vers des comportements de consommation responsable.
    On peut déjà les y inciter en leur donnant envie, reste qu'il y a aussi un chemin à faire du côté des gens qui écoutent et regardent la production des artistes.