• # mouais

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Les vierges effarouchées du langage. Évalué à 5.

    D'un coté tu as raison, et ça m'agace d'entendre toujours les mêmes râler contre les évolutions, fussent-elles des erreurs ou des anglicismes au départ.

    Je pense à "palier + code", "après que + indicatif", "chiffrer"/"coder"/"crypter", et d'autres trucs du genre.

    Mais en même temps attention à ne pas créer trop facilement des mots ou triturer la grammaire. Tu as montré toi même le contre exemple de ton argumentation. J'ai du passer plusieurs minutes (réellement, ce n'est pas une façon de parler) pour comprendre "essémesse".

    Bref, en tout cas à l'écrit, la reconnaissance visuelle des mots et des construction de phrase joue un grand rôle. Quelqu'un qui lit bien ne déchiffre plus syllabe par syllabe. Un nouveau mot c'est une lecture extrêmement ralentie.

    Pour certains comme moi, un nouveau mot c'est dramatique. Je ne "lis" que rarement. J'ai une vision très photographique et en réalité je survole plus les textes que je ne les lis (le terme est mauvais, ça ne veut pas dire que je lis à moitié pour autant). Je suis énormément plus rapide que mes connaissances, mais ça a d'autres désavantages :

    Dans ce cas là un mot inconnu est souvent simplement ignoré inconsciemment et je comprend le reste quand même (après avoir lu un livre entier, je peux te donner tous les détails mais je suis souvent incapable de donner le nom du héros). Si le mot est indispensable à la compréhension, ce n'est qu'après avoir "lu" toute la page que je me rend compte que je ne comprend pas ce que ça raconte (et il me faut une ou deux lectures de plus de la même page, il m'arrive même de revenir en arrière de quelques pages sur des livres de poche)

    Même quand je fais attention et que je déchiffre réellement mot à mot, un mot inconnu qui n'a pas une structure proche de d'un autre mot qui a un sens similaire (genre ton essémesse) me pose de gros problèmes. je peux passer une longue minute dessus parce que je ne suis pas formaté à le décomposer en lettres pour composer les syllabes et en syllabes pour reconnaître le mot (oui, c'est de la lecture globale que je fais, et pour 99% des cas c'est bien bien mieux, surtout si on respecte le français établi). "Motiser" passe à peu près même si ça m'agace, "essémesse" ne passe pas du tout.

    Je suppose que je ne dois pas être le seul, et que ça doit être vrai aussi à l'oral.


    Tout ça pour dire que la norme (orthographe et grammaire) sert à quelque chose. Elle permet de communiquer plus rapidement car tu envoies la même chose que tout le monde, d'une façon qui est attendue en face. Tu peux t'en détacher, surtout si c'est pour faire "comme tout le monde", mais si tu crées des choses trop différentes ou hors contexte, tu demandes à ton interlocuteur de s'adapter spécialement à ton cas, d'aborder ton message d'une nouvelle façon, différente. Ca lui prend du temps, c'est pénible (même quand c'est inconscient), et ce n'est pas bon pour la communication. Il est bien que la langue évolue, mais petit peu par petit peu. Il faut la "laisser faire", pas la forcer.