• [^] # Re: bof

    Posté par . En réponse au journal "En France, les inventeurs peu reconnus et mal payés". Évalué à 5.

    Ce que je dis ne vas pas à l'encontre. Voici l'explication que je sous-entendais.

    Considérons cette structure hiérarchique d'entreprise fictive :

    Actionnaires (A) => Big Boss (B) => Chef d'Equipe (C) => Grouillot (et merde, c'est pas D mais G)

    Maintenant, les chiffres sont fictifs, mais pas le principe :

    (A) dit à (B) : "Je veux 15% de rentabilité minimum ou je retire mes billes et vous êtes tous au chômage."
    (B) dit à (C) : "Il faut qu'on gagne au moins 20% de rentabilité sinon je te vire." Il faut bien vivre quand on est (B), et puis il faut aussi mettre des sous de côté pour l'entreprise et donner des fois des miettes aux employés en plus de la somme pharamineuse qu'on leur verse tous les mois.
    (C) dit à (G) : "On doit gagner au moins 20%, je sais que ça va être dûr, mais vous être des kadors, des dûrs, des marines du code. S'il le faut on fera des journées de 20h de travail mais on va y arriver. Et si on y arrive, il y aura un bonus."
    (G) dit : "Ouais, super un bonus !" si c'est un bleu, et "(des journées de 20h, super j'ai trop de moule, je vais pouvoir rester au boulot au lieu de rentrer à la maison, de toute façon le bébé fait ses nuits en ce moment donc même avec un matelas d'appoint le bureau c'est plus calme)" si c'est un vétéran qui a une famille et qui ne peut donc pas par conséquent démissionner n'importe quand.

    Ainsi commence un projet de merde.

    Bon, on met en avance rapide pour le début du projet...

    ...Voilà, on arrive près de la fin.

    (G) cravache comme un malade en pédalant dans la semoule parce qu'il a les boules de perdre son boulot si c'est un bleu, ou prends les choses relax depuis qu'il a pris les devants et commencé à chercher un nouveau boulot si c'est un vétéran. Les (G) bleus n'ayant pas beaucoup d'expérience, ils sont globalement mort de trouille d'avoir merdé, les (G) vétérants ont pris sur eux de former les bleus et ont fait quelques nuits blanches, ceux qui ont encore un peu de sens de l'éthique sont un peu saumâtre que ça ne soit pas vraiment un bon résultat, mais l'un dans l'autre ils sont payé assez pour fermer les yeux.

    (C) est passé sur un autre projet à mi-temps, et reste de temps en temps le soir pour voir où en sont les travaux des (G) bleus, sachant que les (G) vétérans finiront leur partie dans les temps, ont pris une partie du boulot des bleus en main et lui ont assuré que ça aura globalement l'air de fonctionner pendant la démo le temps que le client signe la validation pour un prolongement au contrat. (C) se sent un peu stressé, mais ça va aller, elle sait déjà lequel des (G) vétérans vont partir de toute façon donc que l'on peut virer, et ceux des (G) bleus on va promouvoir parce qu'ils ont pigé comment nettoyer correctement les bottes avec la langue.

    (B) est content, tout s'est bien passé et le client prolonge le contrat, donc il va encore y avoir de la marge à se faire. On va faire un cadeau super aux (G) que l'on ne va pas 'laisser partir', du genre une belle clef USB de 1Go avec le logo de l'entreprise qui s'allume quand elle est branchée. Ah, et (C) a vraiment bien mérité, on ferait bien de lui donner une bonne part de gâteau pour le garder, c'est un bon p'tit gars ce (C). Un jour, peut-être, il aura tout ce que j'ai. Disons 10% de son salaire en bonus sur ce projet.

    (A) n'est pas content, il n'y a pas eu plus de 15%, mais bon, vu la crise et tout c'est pas une bonne raison pour virer un bon (B). D'autant que (B) a annoncé qu'il allait virer quelques (G)s, ça devrait faire monter le cours de l'action...

    Ok, c'est schématique mais je crois que vous avez compris le principe :
    (A) est irresponsable (c'est pas moi qui le dit, c'est Ambrose)
    (B) est responsable devant (A), heureusement il donne généralement satisfaction parce que ce n'est pas lui qui assume les conséquences de ses décisions
    (C) est responsable, en tant que fusible de (B) ou simplement pour ses propres décisions ; mais comme (B), il ne doit assumer que si les (G) n'amortissent pas les conséquences d'une mauvaise gestion de se part
    (G) est l'amortisseur des décisions de (A), (B) et (C) ; pas de pouvoir de décision, au grand maximum un contre-pouvoir par la lutte syndicale mais c'est supposer qu'ils ne se comportent pas comme des individus, et n'ont pas tendance à s'entre-flageller ("Oh, les (G) bleus c'est des glandus ils savent rien faire bien faut toujours repasser derrière", "Ah les (G) vétérans m'énervent, ils parlent de haut et font comme s'ils connaissaient tout mais en fait ils connaissent rien aux nouvelles technos et restent pas tard le soir")

    Bref, pour que ça remonte jusqu'à (B), il faut que la merde n'ait pas été avalée (de gré ou de force) par les (C) et les (G), et les (G) sont généralement ceux qui profitent le moins des bons résultats d'une entreprise avec une structure pyramidale de ce style.

    Donc, oui, globalement, si quelqu'un subit la pression et n'en voit que rarement les fruits dans notre monde d'entreprise capitalistes très très libérales économiquement parlant, c'est bien les techos, qui sont la grosse majorité des grouillots de base.

    Je remercie sincèrement Karl Marx pour avoir dit la même chose avec beaucoup plus de mots, d'exemples et d'arguments, et en Allemand s'il vous plait.